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Mobilité inclusive : des rencontres pour desserrer les freins

Les sixièmes rencontres de la mobilité inclusive, qui se sont déroulées le 5 février à Paris, ont été l'occasion de faire le point sur des solutions testées dans les territoires où les enjeux de transport sont à la charnière avec d'autres problématiques : difficultés à relier les lieux de vie et de services, accès à l'emploi et intégration sociale.

Conçues pour échanger sur un enjeu transversal, ces rencontres ont fait du chemin depuis leur première édition lancée en 2013 par une poignée d'acteurs dont Wimoov, qui assoit en parallèle son modèle (voir notre article du 23 juillet 2019) de plateforme traitant autant de déplacements, de moyens de locomotion que d'accès aux bassins et à la recherche d'emploi. L'association fut d'ailleurs à l'initiative, avec Total, du laboratoire de la mobilité inclusive (LMI) qui porte aujourd'hui cet événement où l'on croise des élus locaux - le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a fait le déplacement - des experts, des jeunes pousses, des acteurs de l'insertion sociale et des opérateurs de transport public.

Décloisonner et repartir des besoins

Pour ouvrir le bal, les directeurs généraux de la Croix-Rouge française (qui déploie un programme Mobilités avec la Fondation PSA) et Transdev ont croisé leurs réflexions. Actions et synergies se développent sans empêcher une liberté de ton. "La mobilité, contrairement à ce que l'on peut croire, ne s'améliore pas, les freins à lever restent nombreux", souligne ainsi Thomas Côte, fondateur de Wever. Cette start-up, qui a accueilli Transdev dans son capital, a changé de business model en passant du court-voiturage à l'accompagnement d'employeurs ayant besoin d'un plan de mobilité, grâce aux données recueillies auprès d'usagers. Elle sonde les entreprises en Nouvelle-Aquitaine, Île-de-France et Hauts-de-France pour le compte de Pôle emploi (en partenariat avec Transdev et le LMI). En Meurthe-et-Moselle, le pôle d’équilibre territorial et rural (PETR, projet Mobilis) du Pays du Lunévillois expérimente aussi, en complément des transports existants, des services solidaires en "repartant des besoins de ceux qui ont des problèmes pour se déplacer et des employeurs que nous rencontrons, l'hôpital par exemple, car chacun doit jouer le jeu", explique Odile Bégorre-Maire, directrice du pays. Le covoiturage domicile-travail testé par des habitants (avec Klaxit) y décolle un peu.

Difficultés du covoiturage

C'est moins le cas dans le sud-Avesnois (Nord) où six solutions - transport de proximité à la demande, location de vélos électriques, maison de la mobilité (offrant des services de garage solidaire et de prêt de véhicules), covoiturage, etc. - sont là aussi mises en place en partenariat avec Transdev, les collectivités (région, communauté de communes), les entreprises et Pôle emploi. "C'est le covoiturage qui prend le moins vite. Il nécessite un temps d'acculturation. Mais l'action dans son ensemble est bien pérennisée pour toute l'année", rassure Mickaël Hiraux, maire de Fourmies, siège de cette communauté de communes.
Des comcom qui, c'est l'un des apports de la loi d'orientation des mobilités (LOM), ont la possibilité de prendre la compétence mobilité. Les conseils communautaires ont jusqu'au 31 décembre prochain pour délibérer à ce sujet. "En mobilité solidaire, certaines exercent déjà des responsabilités sans être forcément AOM", précise Olivier Crépin, conseiller mobilité de l'Assemblée des communautés de France (ADCF). Un besoin remonte des comcom fédérées par ce réseau. "Celles qui récupéreront la compétence mobilité vont devoir monter en expertise et attirer de bons chef de projets", poursuit-il. De l'ingénierie pourra être mutualisée au sein des pôles territoriaux. Et du conseil en mobilité en s'appuyant sur les groupement d'employeurs. 

Adapter les solutions aux territoires peu denses

Dans la continuité d'un outil d'aide à cette prise de compétence (voir notre article du 24 janvier 2020), l'ADCF mène par ailleurs avec Transdev une étude sur les mobilités du quotidien dans les espaces de faible densité. Dans les territoires ruraux, malgré l'éclosion des plans de mobilité rurale, les progrès sont jugés lents par Cédric Szabo. Le directeur de l'Association des maires ruraux de France (AMRF) estime que les propositions faites dans le cadre de la mission Agenda rural ont été peu suivies d'effets. Il invite à réfléchir à l'intérêt d'y générer de la dé-mobilité "pour y relocaliser de l'activité, ce que le télétravail contribue à faire même s'il ne sauvera bien sûr pas la ruralité".
Un dernier dispositif facilement transposable a été mis en avant. Née dans le Tarn-et-Garonne, la solution Rézo Pouce revisite l'auto-stop et cible les zones peu denses, où les transports en commun sont quasi inexistants. L'abonnement varie, selon le profil de l'adhérent, de 2.500 à 10.000 euros. Issue de l'économie sociale et solidaire (ESS), elle essaime un peu partout : "Nous franchirons en fin d'année le cap des 2.000 communes adhérentes", conclut son fondateur Alain Jean. 

 

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