Municipales : l'environnement reste "une préoccupation majeure" des électeurs, selon une étude
L'environnement est une préoccupation majeure des Français pour les municipales et, si la sécurité est leur priorité numéro un, près de la moitié (45%) l'associent à la sécurité environnementale et sanitaire, selon une étude publiée ce 3 février par l’Institut Terram et l’ONG Project Tempo.
© Institut Terram et Adobe stock
"Six ans après les élections municipales de 2020, l’écologie locale apparaît à la fois solidement ancrée dans les attentes citoyennes et profondément reconfigurée dans ses modalités", relève l’étude copubliée ce 3 février par l’Institut Terram, think tank dédié aux territoires, et l'ONG Project Tempo, spécialiste des questions environnementales.
Une action municipale reconnue mais jugée insuffisante face aux défis à relever
L’enquête, réalisée par Antoine Bristielle, docteur en science politique et directeur France de l’ONG Project Tempo, dresse d’abord le bilan du mandat 2020-2026 et constate que l’action environnementale des municipalités sortantes bénéficie d’un niveau élevé de satisfaction. Plus de sept Français sur dix (71%) se déclarent ainsi satisfaits de l’action de leur maire en matière d’écologie, dont 10% se disent "tout à fait satisfaits" et 61% "plutôt satisfaits".
Mais face à l’ampleur des défis, l’action municipale est jugée insuffisante. À peine un tiers des Français (32%) estiment que leur commune est aujourd’hui en avance en matière de protection de l’environnement. Cette proportion tombe à 27% concernant la réduction des pollutions et à 24% pour l’adaptation aux risques climatiques, comme les inondations ou les canicules. Même sur des politiques historiquement investies par les collectivités, la perception d’une commune "en avance" reste minoritaire : 37% pour les transports durables, 41% pour la préservation des espaces naturels, souligne l’étude.
Différenciation territoriale des préoccupations
L’étude met aussi en évidence une forte différenciation territoriale des préoccupations environnementales. Deux tiers des Français (66%) déclarent avoir déjà ressenti dans leur commune les effets du changement climatique, mais cette proportion varie selon la taille des communes : 55% dans les communes rurales, contre 70% dans les villes de plus de 100.000 habitants et 68% dans l’agglomération parisienne. "Cette expérience différenciée structure la hiérarchie des inquiétudes locales", note l’auteur de l’étude. Ainsi, dans les communes rurales, la qualité de l’eau arrive en tête des préoccupations (43%), loin devant la pollution de l’air (28%) ou la pollution sonore (20%). La quantité d’eau disponible inquiète également près d’un quart des habitants de ces communes (24%).
À l’inverse, dans les grandes agglomérations, les inquiétudes se concentrent sur la pollution de l’air (44%), la pollution sonore (35%), l’urbanisation excessive (35%) et la chaleur excessive (29%). "Ces écarts confirment que l’écologie municipale ne peut être pensée de manière uniforme, estime Antoine Bristielle. Elle s’ancre dans des expériences locales du risque, façonnées par le degré d’urbanisation, la densité des infrastructures et la dépendance aux ressources naturelles."
Extension du domaine de la sécurité
Si la sécurité arrive en tête des priorités assignées à l’action municipale - elle est citée par plus de quatre Français sur dix (41%) parmi les enjeux prioritaires du prochain mandat, loin devant la circulation et le stationnement (29%), le logement (28%), les commerces et le dynamisme économique local (28%) ou encore la réduction des pollutions (27%) -, "cette centralité ne se réduit pas à une conception strictement policière", souligne l’auteur de l’étude. "Si la sécurité liée à la délinquance et aux incivilités reste dominante (64%), elle coexiste avec d’autres dimensions tout aussi structurantes : sécurité routière (54%), sécurité économique et sociale (50%) et, fait notable, sécurité environnementale et sanitaire (45%)", ajoute-t-il. Plus d’un tiers des répondants (34%) associent également la sécurité à l’état des bâtiments et des infrastructures. Pour Antoine Bristielle, "cette conception élargie de la sécurité constitue un point de bascule. Loin d’entrer en concurrence avec la sécurité, l’écologie en devient l’un des ressorts centraux".
Pas de marginalisation électorale de l'écologie
L’auteur de l’enquête réfute l’idée de marginalisation électorale de l’écologie. Pour les trois quarts (74%) des personnes interrogées, les propositions environnementales des candidats aux municipales auront une place importante dans leur choix de vote. Cette préoccupation concerne aussi bien les jeunes (76% des 18-24 ans) que les seniors (67% des 65 ans et plus). Loin de se limiter aux grandes villes (78%), cette attente est aussi majoritaire dans les territoires ruraux (62%) et les villes moyennes (74%). Elle traverse les clivages sociaux - les catégories socioprofessionnelles modestes se montrent même légèrement plus attentives aux enjeux environnementaux (78 %) que les catégories favorisées (76%) - et tous les électorats (88% des électeurs se déclarant proches des Écologistes, 70% des sympathisants du Rassemblement national).
Soutien massif aux politiques environnementales locales
L’étude met également en évidence un soutien massif aux principales politiques environnementales locales. Encourager la rénovation thermique des bâtiments recueille l’adhésion de 88% des Français ; le développement du tri et de la réduction des déchets, 87% ; la plantation d’arbres, 87% ; et le développement des transports en commun, 85%. À l’heure des débats sur la place des voitures dans l’espace public et de la controverse sur les zones à faibles émissions (ZFE), des mesures comme la limitation de la circulation automobile (57%) ou la transformation de places de stationnement en espaces verts (52%) restent majoritairement soutenues. La seule disposition ne recueillant pas l’adhésion d’une majorité absolue de répondants est l’installation de nouvelles éoliennes sur le territoire communal (49%). "Ce résultat ne saurait toutefois être interprété comme un rejet massif, insiste Antoine Bristielle : il traduit plutôt une division de l’opinion, près d’un Français sur deux se déclarant favorable à cette option", prévient-il.
Financement : un "point de tension" potentiel
La question du financement constitue toutefois un "point de tension", relève l’auteur de l’étude. Un tiers des Français (35%) seulement se déclarent favorables à une hausse modérée des impôts locaux pour financer la transition écologique. En revanche, près des deux tiers (65%) soutiennent des politiques environnementales financées par la réorientation des dépenses municipales existantes. "L’acceptabilité de l’écologie municipale apparaît ainsi moins dépendante de son contenu que de la lisibilité et de la justice perçue de son financement", analyse Antoine Bristielle.
Enfin, près de sept Français sur dix (69%) estiment que la politique environnementale doit être pensée comme une politique transversale, intégrée à l’ensemble des décisions publiques locales, et non comme un secteur autonome. "L’écologie est désormais attendue comme un principe structurant de l’action municipale, capable d’articuler sécurité, développement économique, justice sociale et protection du cadre de vie", commente l’auteur de l’étude. L’écologie municipale ne se joue donc selon lui "ni sur le terrain de la symbolique, ni sur celui de l’affichage partisan" mais "se mesure à sa capacité à protéger, à durer et à s’adapter aux territoires". "Une écologie du ‘tenir’, plus que du ‘montrer’, appelée à devenir l’un des critères centraux de crédibilité de l’action publique locale", conclut-il.