Municipales : les conseils municipaux accueillent plus de femmes, mais les jeunes et les ouvriers y restent rares

A l'issue des municipales du mois dernier, le nombre de femmes a progressé dans les conseils municipaux, y compris aux fonctions de maire (22,8%). Mais les jeunes et certaines catégories populaires (en particulier les ouvriers) demeurent très minoritaires dans ces assemblées, qui, donc, globalement, ne sont pas vraiment à l'image de la population française. C'est ce qui ressort d'un "portrait des élus municipaux", réalisé à l'occasion du "challenge open data dédié aux élections municipales". L'événement était organisé par la plateforme data.gouv.fr.

Jusqu'au 13 avril, la plateforme data.gouv.fr organisait un "défi open data" visant à promouvoir l'analyse des "caractéristiques des élus municipaux" issus des scrutins des 15 et 22 mars. Parmi les contributions mises en avant, figure celle de Raymond Gadji. Ce "data analyst" a dressé un portrait des élus municipaux à partir du Répertoire national des élus, publié par le ministère de l'Intérieur. Plusieurs enseignements forts peuvent être tirés de ses travaux statistiques.

D'abord dans le domaine de la parité. Après le scrutin des 15 et 22 mars, les conseils municipaux ont tenu leurs premières séances, avec un nombre de femmes en nette augmentation. Elles sont désormais 48,1% parmi les conseillers municipaux, un résultat qui se rapproche de leur proportion dans la population française (51,6%). L'extension du scrutin de liste paritaire aux communes de moins de 1.000 habitants par la loi du 21 mai 2025 a de facto eu pour effet d'accroître leur présence. Elles n'étaient que 42,4% dans les assemblées municipales élues en 2020, un résultat qui marquait déjà un progrès (+2,5% par rapport à 2019), selon une étude de la Direction générale des collectivités locales (DGCL) parue en septembre 2020. Les femmes portant l'écharpe de maire sont également plus nombreuses, mais leur effectif demeure relativement faible (22,8% contre 19,8% en 2020). Même les départements où la présence de femmes est la plus forte parmi les maires (Hauts-de-Seine, Nièvre, Yvelines, Loiret) ne comptent qu'à peine plus de 30% de femmes parmi les premiers magistrats.

53% des maires ont 60 ans ou plus

L'âge moyen des conseillers municipaux s'élève à 52,6 ans, tandis que celui des maires s'approche de 60 ans. Il est exactement de 59,2 ans. 52,9% des maires ont 60 ans ou plus. Autant dire, donc, que beaucoup sont à la retraite. On notera que les femmes maires sont en moyenne un peu plus jeunes (57,5 ans). On ne compte que 4% de personnes de moins de 30 ans parmi les conseillers et seulement 0,5% chez les maires.

Autre enseignement : plusieurs catégories socioprofessionnelles demeurent sous-représentées dans les conseils municipaux. L'écart est particulièrement important pour les ouvriers, qui représentent 17,5% de la population active, selon l'Insee, mais seulement 5% des conseillers municipaux et 2,9% des maires. Les employés sont également en retrait par rapport à leur poids : 15,4% parmi les conseillers municipaux et 10,4% parmi les maires, contre 24,3% au sein de la population active.

28,4% des maires sont des cadres

Le constat est identique pour les professions intermédiaires, qui elles aussi forment un quart des actifs. Ceux qui appartiennent à cette catégorie sont 16,2% chez les conseillers et 11,8% chez les maires. A l'opposé, les artisans et commerçants et les agriculteurs sont nettement sur-représentés parmi les élus municipaux (respectivement 19,5% et 8,3%). Chez les maires, les agriculteurs sont particulièrement nombreux (16,2%), alors que le poids de ceux-ci dans la population active est limité à 1,3%. A noter aussi que 28,4% des maires relèvent de la catégorie des cadres et professions intellectuelles.

Les élections municipales ont vu l'émergence d'élus ayant "des liens" avec "l'immigration", indique aussi le "portrait", qui établit une liste de 15 maires ayant des origines étrangères. 12 ont été élus en Ile-de-France, particulièrement en Seine-Saint-Denis (6), précise-t-elle en s'appuyant sur des "sources journalistiques publiques". Les électeurs de Saint-Denis ont ainsi permis à Bally Bagayoko, de devenir maire de la deuxième ville francilienne. Né en France, cet élu est issu d'une famille malienne.

Des conseils peu représentatifs

Au total, "les élus municipaux ressemblent-ils aux habitants qu'ils représentent ?", interroge l'enquête statistique. Pour répondre, son auteur a bâti un "indice de représentativité démocratique" (IRD) pour chaque commune. Le score mesure "l'écart" entre le profil des élus et le profil de la population issu du recensement de la population de 2022. Avec des pondérations différentes pour le genre (40%), l'âge (35%) et la catégorie socioprofessionnelle (25%). Un score de 100 signifiant que les élus sont "le miroir parfait de leur population" et à l'opposé, un score de 0 reflétant le fait que "les élus ne ressemblent pas du tout à leurs administrés".

De l'analyse de 32.354 communes, il ressort un IRD moyen de 49,1 sur 100. C'est sur le critère de l'âge - avec un IRD de 41,1 - que l'écart entre élus et population est "le plus marqué", conclut l'étude.

Moins de 1% des conseils municipaux sont considérés comme "très représentatifs" (IRD supérieur ou égal à 75) et 22% comme représentatifs (IRD compris entre 60 et 74). Près de 39% sont rangés dans la catégorie des conseils "peu représentatifs" (IRD inférieur à 45).

 

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