Municipales : les nuances politiques attribuées aux candidats dans les communes de 3.500 habitants et plus

Dans une circulaire, le ministère de l'Intérieur précise les critères selon lesquels les préfets vont attribuer une nuance politique aux candidats et aux listes qui concourront aux municipales dans les villes de 3.500 habitants et plus, ainsi que dans les communes chefs-lieux d'arrondissement. Une nouvelle fois, la grille de nuances qu'ils devront suivre fait polémique.

À peine plus d'un mois avant le premier tour des municipales, le ministère de l'Intérieur a rendu public une circulaire aux préfets, très politique, sur l'attribution des nuances aux candidats et aux listes qui seront en lice. Ces nuances seront utilisées d'abord pour la publication des candidatures et, ensuite, pour celle des résultats. L'enjeu est élevé pour le ministère : leur attribution est "un préalable essentiel à l'analyse électorale et à la lisibilité des résultats des élections pour les citoyens". 

La nuance politique se distingue de l'étiquette politique, rappelle-t-il. La première est attribuée par le préfet de manière "discrétionnaire", tandis que la seconde est "librement choisie" par le candidat, au moment de la déclaration de sa candidature, pour lui-même et la liste qu'il conduit. La nuance peut donc différer de l'étiquette déclarée par les candidats.

Les nuances seront attribuées aux candidats et aux listes qui se présentent dans les communes d'au moins 3.500 habitants, ainsi que dans les communes chefs-lieux d'arrondissement. Ainsi, après avoir amené le seuil à 1.000 habitants (pour les municipales de 2014), puis l'avoir remonté à 9.000 habitants (en 2020), le ministère revient à la pratique qui a été celle de 2008.

Nuance "divers"

Les préfets sont appelés à attribuer une nuance aux candidats en se référant à une grille de 26 nuances "correspondant aux principales formations et sensibilités politiques" (par exemple COM pour le Parti communiste, PLP pour Place publique, MDM pour le Modem, etc.).

Et pour choisir la nuance qui sera décernée à un candidat, ils observeront si ce dernier a reçu un soutien officiel ou non de la part d'une formation politique. Par ailleurs, ils s'appuieront sur "un faisceau d'indices concordants prenant en compte l'étiquette déclarée par le candidat, le programme de campagne de la liste qu'il porte ou sur laquelle il figure, les prises de positions publiques du candidat, sa trajectoire politique, ou tout autre élément éclairant".

Alors que nombre de candidats ont choisi de se présenter sans aucune étiquette politique, y compris dans les grandes villes, les préfets sont incités à utiliser "avec mesure" la nuance "divers". Le ministère insiste : "Ni l'absence d'étiquette politique affichée par un candidat, ni la revendication d'une candidature 'sans étiquette', 'apolitique' ou encore 'citoyenne' ne suffisent à justifier l'attribution de [cette] nuance". Celle-ci sera réservée aux "candidats qui ne sont rattachables à aucun parti ou courant politique précis et identifiable".

Pour attribuer une nuance aux listes candidates, les préfets recourront à une grille de 25 références, qui là encore correspondent aux "principales formations et sensibilités politiques". "La nuance devra être attribuée à chaque liste d'abord sur la base des investitures officielles accordées par les partis politiques", précise le ministre de l'Intérieur. Par ailleurs, les représentants de l'État devront utiliser un "faisceau d'indices", peu ou prou semblable à celui qui leur permet d'attribuer des nuances aux candidats. 

LFI s'insurge

Les nuances politiques sont, enfin, regroupées en 12 blocs. Les candidats et listes rattachés à Renaissance, au Modem, à Horizons, au Parti radical, à l'UDI ou encore considérés comme "divers centre" relèvent ainsi du bloc du "centre". Sont classés dans le bloc de "gauche", les candidats et listes "divers gauche", ainsi que ceux investis ou soutenus par : le Parti communiste, le Parti socialiste, Générations, Place publique, le Parti radical de gauche, ou encore Les écologistes. De son côté, la France insoumise (LFI) n'est pas classée à "gauche", mais à "l'extrême gauche", ce qui a suscité la colère de Jean-Luc Mélenchon. Sur le réseau social X, le leader de LFI rappelle "qu'en 2020 et 2023, LFI était classée à gauche". Il dénonce une décision "à la Trump", prise par un ministre qui "truque les étiquettes politiques". 

Son parti a annoncé avoir saisi le Conseil d’État. Et il n'est pas impossible que ce dernier lui donne raison, si l'on se réfère à plusieurs précédents. Peu avant les législatives de juin 2022, le Conseil d'État, saisi par la gauche, a en effet enjoint au ministère de l'Intérieur d'inscrire la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) dans la grille des nuances pour les candidats, car celle-ci n'y figurait pas (voir notre article). De même, quelques semaines avant les municipales de 2020, la haute juridiction avait suspendu le classement de la nuance "Debout la France" dans le bloc "extrême droite", qui selon elle, ne "s'appuyait pas sur des indices objectifs" (voir notre article).

Les candidats aux municipales de 2026 peuvent demander la communication de la nuance qui leur a été attribuée. En cas de désaccord, ils peuvent aussi, "le cas échéant" et "en justifiant de leur identité", demander sa "rectification". Mais le ministre prévient : "Les rectifications de nuances doivent rester exceptionnelles et limitées aux cas où les informations concernant le candidat sont inexactes."

Référence : circulaire du 2 février 2026 relative à l’attribution des nuances aux candidats aux élections municipales, communautaires, métropolitaines de Lyon et d’arrondissements des 15 et 22 mars 2026.
 

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