Municipales : un premier tour à géométrie très variable

Une faible participation (estimée à 58%), 93% des listes élues dès le premier tour (le plus souvent, mais pas toujours, parce qu'elles étaient seules en lice), des tractations et triangulaires (voire plus) en vue dans les plus grandes villes avec une montée des listes LFI et RN... Tels sont quelques points saillants du premier tour de ces élections municipales 2026. En notant que la plupart des présidents d'associations d'élus locaux s'en sortent bien.

Pas évident, alors que tombaient les résultats du premier tour de ces élections municipales 2026, d'en tirer quelques enseignements généraux. Guère de point commun en effet entre, d'une part, les enjeux qui agitaient les plateaux TV ce dimanche soir au sujet des tractations prêtes à se jouer dans les plus grandes villes du pays et, d'autre part, les neuf communes sur dix (93%) dans lesquelles les choses ont été définitivement actées dès ce dimanche – dans sept cas sur dix tout simplement parce qu'on n'y comptait qu'une seule liste. Ainsi, dans plus de 33.000 communes, on connaît aujourd'hui déjà le nom du futur maire.

"Fatigue démocratique" ?

Ce grand écart est aussi à prendre en compte si l'on se penche sur le taux de participation. Une participation estimée à 58% (le chiffre officiel n'avait pas encore été publié par le ministère de l'Intérieur). Un chiffre en hausse, certes, par rapport au plancher historique de mars 2020 (42,30%, sachant qu'on était alors en pleine pandémie), mais en baisse sensible par rapport aux élections de 2014 (63,55% au premier tour). "En dehors de 2020, on arrive à un record à la baisse sous la Ve République, marque d'une érosion lente depuis une quarantaine d'années", a souligné auprès de l'AFP François Kraus, directeur du pôle politique de l'Ifop.

Diverses explications ont été avancées par les sondeurs dimanche soir : "éloignement des Français par rapport à leur maire", campagne éclipsée par la situation internationale, "lassitude des citoyens [qui] s'accentue du fait de la crise politique et de l'instabilité depuis deux ans", "fatigue démocratique qui touche désormais aussi l'échelon local"… Peut-être. Mais il sera intéressant d'analyser les taux de participation en fonction notamment des strates démographiques, dans la mesure, donc, où la réforme du mode de scrutin a engendré "une réduction forte de l'offre dans les communes rurales" avec, outre les listes uniques, la fin du panachage.

D'autres disparités territoriales apparaissent aussi. Ainsi, à 17 heures dimanche, 72% des électeurs avaient voté en Corse-du-Sud par exemple, contre seulement 36,86% en Côte-d'Or. Le président de la Côte-d'Or et président de Départements de France, François Sauvadet, a d'ailleurs commenté la chose : "Il faudra analyser l’abstention pour un scrutin auquel les Français sont très attachés. Mais assurément les électeurs ont fait payer la réforme électorale et le scrutin de liste dans les communes de moins de 1.000 habitants. Elle a conduit à une absence de choix pour les électeurs dans 534 communes du département [sur 697] qui n’avaient qu’une seule liste."

Dans de grandes villes aussi

Dans un département tel que la Mayenne, ce sont 100% des communes dont les équipes municipales ont été élues dès le premier tour. Mais on frôle aussi les 100% dans certains départements plus urbains. Et un certain nombre de victoires dès le premier tour sont également à relever dans un certain nombre de grandes villes ou villes moyennes. Souvent des maires sortants.

On citera Saint-Denis, la deuxième ville d'Île-de-France, où la liste LFI-PCF, menée par Bally Bagayoko, s'est imposée avec 50,77% des voix face au maire socialiste sortant, Mathieu Hanotin (33%).

A Cannes, le maire LR David Lisnard – par ailleurs président de l'Association des maires de France – a gagné un troisième mandat sans aucune difficulté dans son fief de la Côte-d'Azur, avec 81% des voix (en 2020, ce fut avec 88%).

A Perpignan, le maire sortant RN, Louis Aliot, a été réélu avec 50,6% des suffrages, dans un contexte de forte abstention, devançant très largement la candidate (Parti socialiste-Place publique) Agnès Langevine (15,9%), ainsi que le candidat de la droite Bruno Nougayrède (13,4%). Autre maire RN sortant reconduit dès le premier tour, avec 78% des voix : Steeve Briois à Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais (78%). Même chose à Fréjus pour David Rachline (51%).

A Béziers, le maire divers droite Robert Ménard a remporté la victoire pour un troisième mandat avec un score de 65,6%. A Calais, Natacha Bouchart, maire divers droite depuis 2008, a reçu 60% des voix.

Patrice Vergriete a été réélu sans difficulté à Dunkerque avec 64% des voix, un score similaire à celui de 2020. Maire depuis 2014, sa ville natale, cet ancien ministre du Logement d'Emmanuel Macron, ancien socialiste, menait cette année une liste d'union très large, du PCF jusqu'à LR.

A Meaux, sixième victoire pour l'ancien ministre Jean-François Copé, avec 63% des suffrages exprimés. Evry, dans l'Essonne, convoitée par LFI, a choisi de garder son maire sortant, l'ex-LR Stéphane Beaudet, qui se présentait sans étiquette (57% des voix). Stéphane Beaudet est également président de l'Association des maires d'Ile-de-France (Amif).

Vent favorable pour les présidents d'assos d'élus

Et si l'on s'intéresse aux dirigeants d'associations d'élus locaux, on saura que Gil Avérous, maire sortant de Châteauroux dans l'Indre et président de Villes de France, l'association représentant les villes moyennes, a obtenu pas moins de 68% des voix ce dimanche. Quant au président délégué de Villes de France, le maire sortant de Bourg-en-Bresse Jean-François Debat, qui était à la tête d'une liste d'union de la gauche, il s'est assuré un quatrième mandat dans cette ville de 45.000 habitants, avec plus de 55% des voix.

Même destinée pour le président de l'Association des petites villes de France (APVF), Christophe Bouillon, qui rafle plus de 81,72% des suffrages dès le premier tour à Barentin en Seine-Maritime.

Point de victoire au premier tour en revanche pour la présidente de France urbaine. La maire sortante de Nantes, Johanna Rolland, qui mène une liste d'union de la gauche hors-LFI, est arrivée en tête avec 35,2% des suffrages, mais talonnée par le candidat de la droite et du centre Foulques Chombart de Lauwe (LR, 33,7%).

Du côté de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), on saura que le ministre délégué en charge de la ruralité, Michel Fournier, qui présidait l'association jusqu'à sa nomination au gouvernement et n'a pas lâché sa casquette de maire, a été reconduit dans son village de Les Voivres avec 100% des voix… puisqu'il n'y avait pas d'autre liste candidate.

Réélection au premier tour également pour le président de l'Union nationale des centres communaux d'action sociale (Unccas), Luc Carvounas, qui a réuni dimanche 76% des voix dans sa commune d'Alfortville (Val-de-Marne).

S'agissant des figures du monde des collectivités, on n'aura pas manqué cette information : "Séisme à Issoudun", tel que le titre l'un des médias régionaux. Le socialiste André Laignel, maire d'Issoudun (Indre) depuis 1977, soit huit mandats, âgé de 83 ans, a obtenu 39,7% des suffrages exprimés, devancé par une liste transpartisane portée par Julien Dubot (45,7%). Il avait été réélu dès le premier tour en 2014, et encore très largement en 2020 année où il avait recueilli 74,60% des suffrages. Or, André Laignel, c'est l'indéboulonnable premier vice-président délégué de l'Association des maires de France (AMF) depuis 2008 et président du Comité des finances locales (CFL) depuis 2012.

A noter enfin : à Martres-Tolosane, le fief de la socialiste Carole Delga, la liste conduite par le maire PS sortant Loïc Gojard, sur laquelle figure la présidente de la région Occitanie - et présidente de l'association Régions de France -, a été battue dès le premier tour. Carole Delga a été maire de Martres-Tolosane avant de devenir ministre puis présidente de la région Occitanie. Elle restait conseillère municipale de la commune.

Agitation du côté des métropoles…

Dans les trois plus grandes villes de France, la gauche sortante fait de bons résultats : le socialiste Emmanuel Grégoire largement devant Rachida Dati dans la capitale, le maire proche du PS Benoît Payan en tête à Marseille, et l'écologiste Grégory Doucet, lui aussi sortant, au coude-à-coude avec Jean-Michel Aulas.  Le Parti socialiste arrive largement en tête aussi à Rennes, Strasbourg et Montpellier.

Ailleurs, le Rassemblement national s'installe dans le paysage municipal. Avec ses alliés, ils sont en tête dans au moins 58 communes, contre onze seulement au premier tour de 2020. A Toulon, la députée RN Laure Lavalette est largement en tête mais avec peu de réserves de voix.

La France insoumise crée la sensation dans plusieurs villes. A Toulouse, le député insoumis François Piquemal parvient à passer devant son rival socialiste François Briançon, tous deux largement derrière le maire sortant Jean-Luc Moudenc. A Roubaix, le député LFI David Guiraud a pris une sérieuse option sur la mairie avec 45% des voix.

Dans la plupart des principales villes du pays donc, les incertitudes demeurent. Triangulaires, quadrangulaires voire quinquangulaires sont envisageables. Les partis ont peu de temps pour affiner leur stratégie en vue du second tour. Les tractations s'annonçaient donc serrées dès ce lundi matin et jusqu'à mardi 18 heures seulement, dernier délai pour déposer ses listes en préfecture. A ce moment-là, les têtes de listes ayant obtenu plus de 10% des voix devront avoir décidé si elles se maintiennent, fusionnent ou se désistent.

A Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire a certes largement distancé sa concurrente de droite Rachida Dati d'au moins dix points et semble en mesure de permettre à la gauche hors-LFI de conserver la capitale. Mais la candidate Insoumise Sophia Chikirou, qui a passé le cap des 10%, se maintiendra, a-t-elle assuré. En face, le candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel va lui aussi devoir décider s'il répond à l'appel au "rassemblement" lancé par Rachida Dati. Sarah Knafo (Reconquête), qui atteint tout juste les 10% requis pour se maintenir, a elle déjà promis de "faire barrage à la gauche".

Pour la gauche, la situation est plus complexe encore à Marseille, où le sortant Benoît Payan, au coude-à-coude avec Franck Allisio (RN), a affirmé qu'il n'était "pas question de faire la moindre tambouille avec qui que ce soit". Une position jugée "irresponsable" par l'Insoumis Sébastien Delogu, lui aussi qualifié, qui plaide pour un "front antifasciste".

A Lyon, LFI espère une "fusion technique", susceptible de permettre à l'écologiste sortant Grégory Doucet de croire à une "remontada" face à l'ancien patron du club de foot de la ville, Jean-Michel Aulas.

A Lille, le maire socialiste Arnaud Deslandes, héritier de Martine Aubry, est au coude-à-coude autour de 25% avec la candidate LFI Lahouaria Addouche. Les Ecologistes, qui sont partis de leur côté, auront un rôle d'arbitre.

Et puis il y a le cas de Nice, où Eric Ciotti, allié au RN, est en ballottage favorable, avec 43% des voix, loin devant son ancien mentor, Christian Estrosi (Horizons), qui pointe à 30,92% des voix à l'issue d'une campagne âpre qui a viré au rocambolesque. Malgré ses appels à un barrage face à l'extrême droite dans la cinquième ville de France, le maire sortant, en lice pour un quatrième mandat et réélu avec près de 60% des voix en 2020, ne devrait pas pouvoir compter sur un éventuel retrait de la gauche.

On notera au passage que dans bien des cas, que ce soit à Lille, à Lyon ou ailleurs, sondages et autres pronostics avaient quelque peu fait fausse route. La prudence sera donc de mise jusqu'à dimanche prochain. Sans oublier qu'après ce deuxième tour, il y aura le "troisième tour", celui dont personne n'a parlé ce dimanche : la séance d'installation des conseils communautaires (le 17 ou le 24 avril, selon que tous les maires de l'EPCI ont été élus dès le premier tour ou pas) pour l'élection des présidents d'intercommunalités.

 

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