Municipales : un suspens somme toute limité…

Une note de la plateforme Place des élus revient sur les candidatures aux municipales, détaillant la proportion de communes qui ne comptent qu'une seule liste. Si la moyenne est de 68%, on atteint 82% parmi les communes de moins de 500 habitants. La part de maires sortants candidats à leur propre succession augmente quant à elle avec la taille de la commune.

La publication le 28 février par le ministère de l'Intérieur des candidatures aux municipales avait d'emblée permis d'établir certaines données : nombre total de listes en lice pour le premier tour ce 15 mars, parité, communes sans candidats, communes ne comptant qu'une seule liste… (voir notre article du 2 mars).

Les fichiers, disponibles sur data.gouv et exploitables par les outils d'IA (voir notre article du 4 mars), ont conduit certains observateurs à en tirer des statistiques complémentaires. Tel est le cas de la plateforme Place des élus, qui met en avant dans une courte note diffusée ce 10 mars le fait que "dans sept communes sur dix, le futur conseil municipal déjà connu avant le premier tour". Ce n'est pas un scoop, puisque cela correspond aux 68% des communes dans lesquelles une seule liste a été déposée. Mais cette proportion a de quoi marquer les esprits. On relèvera au passage que c'est sans compter les communes qui, bien que comptant plusieurs listes candidates, devraient voir l'une d'elles être élue dès le premier tour.

"Plus de 23.500 conseils municipaux seront élus dès le premier tour" et le maire sera très probablement celui qui la conduit, une fois élu par le conseil municipal", résume la note, détaillant les choses par strate : plus de huit communes de moins de 500 habitants sur dix (82%) ne comptent qu'une seule liste candidate ; une proportion qui passe à 65% pour les communes de 500 à 2.000 habitants, à 45% pour les communes de 2.000 à 3.000 habitants, à 32% pour les communes de 3.000 à 5.000 habitants… et qui tombe à 17% entre 5.000 et 10.000 habitants et à 4% entre 10.000 et 50.000 habitants. Au-delà de 50.000 habitants, on trouve partout au moins deux listes. Et même au moins six listes dans 60% d'entre elles, soit près de 200 villes. Dans ces grandes villes, ce sont "les configurations avec cinq listes ou davantage dominent" (90% au total). De quoi prédire nombre de triangulaires voire quadrangulaires lors du deuxième tour.

Place des élus s'est par ailleurs intéressée à la proportion d'élus sortants candidats à leur propre succession, pour constater que "près de six maires sortants sur dix (59,6%) conduisent une liste, tandis que 9% figurent sur une liste sans en être la tête" (une façon notamment de "passer le relais") et "31,4% choisissent de ne pas se représenter". Comme le suggère aussi une autre note récente, publiée cette fois par Sciences Po / Cevipof (voir pages 11-12), "le retrait des maires apparaît en grande partie lié à un effet générationnel : les maires qui ne se représentent pas ont en moyenne 67,9 ans, contre 61,8 ans pour ceux qui briguent un nouveau mandat".

Divers impacts pour le nouveau mode de scrutin

Autre facteur : la taille de la commune. Grosso modo, plus la commune est grande, plus le maire se représente. On passe ainsi de 56,6% de maires qui se représentent dans les communes de moins de 500 habitants à 86,7% dans les villes de plus de 50.000 habitants. Entre les deux, le pourcentage augmente de façon régulière au fil des strates démographiques (il est par exemple de 67% pour les villes de 3.000 à 5.000 habitants). La note de Sciences Po / Cevipof avance une explication : "Le changement de scrutin semble avoir eu un impact marqué sur la volonté de se représenter des maires sortants, en particulier pour les femmes où moins de la moitié d’entre elles seront encore candidates à leur succession dans les communes de moins de 500 habitants. Un score si faible n’avait jamais été observé auparavant, quelle que soit l’élection ou la tranche de population."

Au-delà des seuls maires, Place des élus s'intéresse aussi aux quelque 450.000 conseillers municipaux. Avec un constat qui pourrait à première vue surprendre : seulement la moitié des conseillers municipaux sortants se représentent. Cette moyenne ne cache cette fois pas de différences notables selon la taille de la commune. Et l'on constate que "contrairement à ce que l’on observe pour les maires, le retrait des conseillers municipaux apparaît moins fortement lié à l’âge". "Le renouvellement des équipes locales tient aussi à d’autres facteurs : disponibilité, changement de situation professionnelle ou personnelle, déménagement, voire insatisfactions", peut-on lire. Ne faudrait-il pas, pour les communes de moins de 1.000 habitants, évoquer là encore le nouveau mode de scrutin ? (qui a pu notamment conduire à écarter certains colistiers hommes en vertu de l'exigence de parité).

Dernier volet de la note : la coloration politique des listes. "À l’échelle nationale, 57% des Français vivent dans une commune où au moins une liste de gauche est présente, 48% dans une commune avec une liste de droite, 32% avec une liste centriste, 30% avec une liste d’extrême droite et 32% avec une liste d’extrême gauche". Et 31% avec une liste sans étiquette – sans détails donnés, malheureusement, en fonction de la strate. Un indice toutefois, qui ne surprendra guère : "Dans certaines régions à dominante rurale – comme la Bourgogne-Franche-Comté, la Normandie, le Centre-Val de Loire ou le Grand Est – les listes sans étiquette restent nombreuses. À l’inverse, en Île-de-France ou en Provence-Alpes-Côte d’Azur, régions à dominante urbaine, les élections sont nettement plus politisées."

 

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