Prévention du terrorisme - "Nous, élus de banlieue, savons où sont les enjeux du possible"

Quelques jours après les attentats à Charlie Hebdo, à Montrouge et à la porte de Vincennes, l'association d'élus Ville et Banlieue fait lucidement le lien avec ce qui se vit dans les grands quartiers d'habitat social. Elle en a identifié les enjeux. Ils sont ceux bien connus de toute politique de la ville qui se respecte : économiques, sociaux, sanitaires, urbains, éducatifs, sécuritaires...

"Notre République sait désormais qu'elle est vulnérable. Forte autant que vulnérable. Et qu'elle peut basculer, dangereusement et peut-être irrémédiablement", écrit Ville & Banlieue, dans un communiqué de presse titré "Banlieues : les jours d'après" et diffusé le 12 janvier 2015.
Pour l'association des élus de communes et intercommunalités concernés par les grands quartiers d'habitat social, l'heure n'est pas seulement aux grands discours, mais à la lucidité car "les banlieues, sont en première ligne. Cette tragédie nationale le rappelle avec brutalité : elles sont aujourd'hui plus que jamais et plus que tout autre territoire, le révélateur et le théâtre de nos fractures, de nos impuissances, contradictions et faiblesses".
Entre les lignes, on lit : territoires où se concentrent les produits de la misère. Là où, plus que partout ailleurs, on vit plus de violence, plus d'économie illégale (drogues, armes… notamment), plus de chômage, plus de mal-logement, plus d'incivilités, plus d'intolérance… Et plus d'attrait pour l'islamisme radical.

Sur tous les fronts de la politique de la ville

Alors, "nous, élus de banlieue, savons où sont les enjeux du possible", disent-ils. Pas de scoop : les enjeux sont ceux de la politique de la ville. A la différence qu'il faudrait en démultiplier l'ambition proportionnellement au traumatisme que viennent de subir les citoyens de France.
Il s'agit de mener des politiques de long terme sur tous les fronts : "rebrancher d'urgence l'économie sur l'utilité sociale et environnementale" ; développer la participation citoyenne et "donner les moyens de faire ensemble" ; combattre la misère et le mal-logement ; poursuivre la rénovation urbaine "bien sûr" ; "surtout intensifier, amplifier la tâche jamais terminée de l'éducation, avec l'Education nationale et avec les familles dont la confiance et la coopération doivent être systématiquement recherchées" ; combattre "l'obscurantisme et les fanatismes" ; "faire comprendre et partager le trésor de la laïcité qui protège les croyances autant qu'elle préserve de leurs débordements" ; enseigner à l'école de la République les religions et les cultures de tous ; punir "sans complaisance ni culpabilité, et d'où qu'ils viennent, le sexisme, les préjugés racistes et les discriminations" ; apprendre "ensemble" la légalité, rappeler chacun "à ses devoirs, à l'impératif de civilité et de civisme" ; apporter des moyens à la santé mentale et combattre les toxicomanies ; refuser la banalisation des violences autant que la prolifération des armes ; garantir la présence des services publics en soutenant leurs agents de terrain (médiateurs, travailleurs sociaux, enseignants, policiers, gardiens d'immeubles, professionnels de santé, …) ; travailler "partout" avec les associations locales à la culture, à la tolérance et au désenclavement des esprits ; "redonner confiance et place à tous, en offrant aux énergies disponibles les débouchés qu'elles méritent" ; réintroduire l'éducation populaire "qui permet l'émancipation des individus".
Pas question en revanche, comme le propose Malek Boutih, député PS de l'Essonne (et ancien dirigeant de SOS racisme), d'appeler à "la mise sous tutelle d'un certain nombre de zones par la gestion directe de l'Etat".

Mardi à la Ville, Jeudi à l'Education, Vendredi à la Jeunesse

Reçue mardi 13 janvier par Myriam El Khomri, Ville & Banlieue dit avoir bénéficié d'une véritable "écoute" de la secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville sur "la situation des banlieues et de ses habitants après les tragiques événements de la semaine passée".
L'association des élus de banlieue est aussi à l'agenda de Patrick Kanner. Elle rencontrera vendredi 16 janvier le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, dans le cadre d'une réunion avec d'autres "têtes de réseau des associations politique de la ville".
A Najat Vallaud-Belkacem, qui les recevra jeudi 15 janvier dans le cadre de la "grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République" que la ministre de l'Education nationale engage cette semaine, les élus de Ville & Banlieue insisteront certainement sur ce qu'ils entendent par "intensifier, amplifier la tâche jamais terminée de l'éducation, avec l'Education nationale" (voir aussi notre article de ce jour sur le discours de la ministre aux recteurs, ce mardi 13 janvier 2015).
Tout cela laisse augurer une inclinaison des contenus des contrats de ville, dont les négociations sont en cours dans les territoires.

 

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