Nouvelle-Calédonie : l'ouverture du corps électoral ne met pas fin aux dissensions
À quelques semaines des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie fixées au 28 juin après plusieurs reports, les députés ont définitivement adopté, mercredi 20 mai (par 386 voix contre 127), une proposition de loi organique permettant à environ 10.500 natifs de l’archipel jusqu'ici exclus de ce scrutin d’aller voter.
Déjà largement adoptée au Sénat, cette proposition de loi "portant régularisation des natifs dans le corps électoral pour les élections au congrès et aux assemblées de province de Nouvelle-Calédonie" votée dans l’urgence ne met cependant pas fin aux dissensions entre indépendantistes et non-indépendantistes, deux ans après les violences qui avaient éclaté en mai 2024, faisant 14 morts.
Le gouvernement a en effet échoué – à une voix près - à faire adopter un amendement qui aurait intégré également certains conjoints de citoyens calédoniens aux listes.
"Alors que nous, les non-indépendantistes, avons gagné trois référendums pour que la Calédonie reste française, nous allons aux élections avec un corps électoral qui est le plus restreint possible", a déclaré le député Nicolas Metzdorf (Ensemble pour la République). Or ce vote compromet la participation des non-indépendantistes aux discussions qui ont lieu parallèlement sur l'avenir institutionnel du "Caillou". "C’est sur cette promesse de l’État [de faire voter les natifs et leurs conjoints] que les non-indépendantistes se sont engagés à reprendre le dialogue après les élections provinciales", a-t-il ajouté. L'association Un coeur une voix, qui réclame de longue date un dégel total du corps électoral, a dénoncé dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux "une honte" et accusé les parlementaires d'avoir "bafoué les valeurs de la République", assurant vouloir attaquer "le décret de convocation des électeurs et même le résultat des élections".
Le député Emmanuel Tjibaou, représentant du principal parti indépendantiste (FLNKS), a lui confirmé la présence de son camp aux négociations, demandant "une discussion loyale" avec l'exécutif.
Pour rappel, le corps électoral de Nouvelle-Calédonie est gelé depuis les accords de Nouméa de 1998. La proposition de loi, portée par le sénateur Georges Naturel (LR, Nouvelle Calédonie) visait à une "régularisation" des natifs nés depuis lors et qui ont atteint la majorité.