Ouverture à la concurrence des TER : la région Paca écarte la SNCF au profit de Transdev sur la ligne Marseille-Nice

Pour la première fois, la SNCF est sur le point de perdre une ligne de TER en France, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur ayant proposé à ses élus de choisir Transdev pour exploiter la liaison Marseille-Nice.

Initiée en février 2020, la procédure d'ouverture à la concurrence des TER de Provence-Alpes-Côte d'Azur va prendre fin le 29 octobre prochain par le vote des élus régionaux en Assemblée plénière. S'ils confirment le choix qui leur est proposé, la SNCF va pour la première fois dans le cadre d'une telle procédure perdre l'exploitation d'une ligne ferroviaire – la ligne Marseille-Nice via Toulon, en l'occurrence –, au profit de Transdev, co-détenue par la Caisse des Dépôts et le groupe Rethmann.
"SNCF Voyageurs souhaite le meilleur succès à Transdev, dans l'intérêt des voyageurs et du développement du transport ferroviaire dans la région", a réagi la SNCF dans un communiqué ce 7 septembre, actant ainsi la perte du marché. "Ce choix marque (...) la concrétisation de l'ouverture à la concurrence à laquelle nous nous préparons de longue date, où nos autorités organisatrices ont la liberté de choisir d'autres opérateurs que nous", affirme Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, cité dans le communiqué.
Outre l'opérateur public historique SNCF et Transdev,  Thello, filiale de la compagnie publique des chemins de fer italienne Trenitalia était également en lice pour remporter la liaison Marseille-Nice, qui concerne 10% du trafic régional en nombre de trains proposés. Le contrat de concession de 10 ans est estimé à 870 millions d'euros. Avec l'offre de Transdev, "dès 2025, le trafic sera doublé" passant de sept allers-retours quotidiens à 14, selon la région, pour "un prix équivalent".

Les lignes "Azur" maintenues dans le giron de la SNCF

La région a par ailleurs proposé que la SNCF conserve l'exploitation des lignes "Azur" incluant les liaisons entre Les Arcs/Draguignan et Vintimille (Italie), ainsi que Nice-Tende et enfin Cannes-Grasse où l'entreprise publique était seule en lice. Ce deuxième lot représente 23% du trafic régional et le contrat, également de 10 ans, est estimé à 1,5 milliard d'euros. De 69 allers-retours quotidiens, l'offre bondira à 120, affirme la région.
L'exploitation doit débuter en décembre 2024 pour ce deuxième lot et en juillet 2025 pour Marseille-Toulon-Nice, le temps d'acheter des trains et de construire des ateliers.
L'ouverture à la concurrence "permettra d'améliorer très significativement l'offre pour les usagers", s'est félicitée la région dirigée par Renaud Muselier (Les Républicains). "On va avoir des prix 'canonissimes'" proposés par les opérateurs publics ou privés, français ou étrangers, qui répondront à ces appels d'offres", s'était enthousiasmé le président de Région lors du lancement de l'ouverture à la concurrence. "On va avoir les trains à l'heure, on va avoir des rabais, avec une qualité de service !", promettait-il.

Décision "historique"

"C'est historique dans le monde ferroviaire, c'est la première fois qu'un lot de cette importance serait accordé à un autre opérateur que la SNCF", a confié à l'AFP Philippe Tabarot, sénateur LR des Alpes-Maritimes et ex-vice-président chargé des transports à la région Paca, qui a géré ce dossier jusqu'aux dernières élections régionales, en juin. "Nous ne sommes pas étonnés car cela démontre la volonté de la région de donner à la concurrence les marchés les plus profitables", a réagi auprès de l'AFP Jean-Marie Valencia, responsable communication pour CGT Cheminots Paca qualifiant lui aussi "d'historique" cette décision. "Nous sommes inquiets car ce ne sera pas sans coût pour les cheminots", s'est-il alarmé. "Nous sommes attristés de cette décision car cela va entraîner le transfert de 166 agents" de la SNCF vers Transdev, a souligné de son côté Didier Mathis, secrétaire général de l'Unsa ferroviaire, deuxième syndicat à la SNCF. "Cette décision n'est pas du tout une surprise, car la Région Sud aurait été embêtée si elle avait retenu deux fois la SNCF dans les deux appels d'offres, alors qu'elle disait être mécontente de la SNCF. La Région aurait perdu toute crédibilité", a-t-il ajouté.
Quatre autres régions de France ont également annoncé leur volonté d'expérimenter l'ouverture à la concurrence de leur TER : le Grand-Est, les Hauts-de-France, l'Ile-de-France et les Pays de la Loire.
 

 

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