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Pacte vert européen : l'équivalent du "premier homme sur la Lune" ?

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté, mercredi 11 décembre, son "pacte vert" qui vise à faire de l’Europe le premier continent "climatiquement neutre" d'ici à 2050. Cette "nouvelle stratégie de croissance", qui entend à la fois réduire les émissions et stimuler l’emploi et l’innovation, sera notamment accompagnée d’aides, à hauteur de 100 milliards d’euros, en faveur "des régions et des secteurs les plus en retard".

"Il est minuit moins cinq, mais il n’est pas trop tard", a lancé Ursula von der Leyen lors de la présentation ce mercredi après-midi au Parlement européen de son "pacte vert", adopté le matin même par le collège des commissaires européens. Ce pacte, qu’elle présentera jeudi au Conseil européen, constitue selon sa promotrice à la fois une "une vision" – celle d’être "le premier continent climatiquement neutre d'ici à 2050" – et "une feuille de route" pour atteindre cet objectif.

Il constitue également "la nouvelle stratégie de croissance" de l’Union, qui "rapporte davantage qu’elle ne retire", mais ambitionne "d’un côté de réduire les émissions" et de l’autre "de stimuler les emplois et l’innovation". Si la présidente de la Commission se dit "convaincue que les anciens modèles de croissance fondés sur les énergies fossiles et la pollution sont dépassés et déconnectés de notre planète", elle n’entend pas pour autant sacrifier à une politique de décroissance, désireuse au contraire de "réconcilier l’économie – la façon de produire, de consommer – avec la planète".

Une feuille de route "évolutive" de 50 mesures

Le feuille de route présentée comporte à ce jour une cinquantaine d’actions clés concernant de multiples secteurs : énergie, transports, agriculture, industrie, etc. Elle est "évolutive", la présidente confessant ne pas avoir encore "toutes les réponses", ce jour marquant seulement "le début du voyage", moment qu’elle a comparé au "premier homme sur la Lune" américain.

Parmi ces actions clés, on signalera notamment un appel de fonds pour soutenir le déploiement de points de recharge et de ravitaillement publics dans le cadre d’une infrastructure pour carburants alternatifs, la révision des lignes directrices concernant les aides d’État pertinentes, l’intégration des objectifs de développement durable dans le Semestre européen, une réforme de la législation relative aux déchets ou encore le réexamen du règlement sur l’utilisation des terres et leur changement d’affectation, des directives sur l’efficacité énergétique et sur les énergies renouvelables, une initiative "vague de rénovation" pour le secteur de la construction ou encore, à l’heure des arrêtés municipaux "anti-épandage", des mesures législatives visant à réduire de manière significative l’utilisation de pesticides chimiques. Mesure phare, la "première loi européenne sur le climat", qui rendra "irréversible la transition vers la neutralité climatique", sera présentée dans les 100 jours. Suivront encore la stratégie Biodiversité pour 2030, le plan d’action pour une économie circulaire, la nouvelle stratégie "De la ferme à la fourchette" pour une alimentation durable ou des mesures pour étendre les échanges de quotas d'émission à tous les secteurs concernés

100 milliards pour le mécanisme de transition juste

Comme elle l’a fait à Madrid le 2 décembre à l’occasion de la COP25, Ursula von der Leyen a par ailleurs de nouveau mis en garde sur le fait que "cette transition sera soit une réussite et juste pour chacun, soit un échec pour tous". Dans un élan quasi churchillien, la présidente a averti que cette transition sera "exigeante" et nécessitera "du temps, du soutien et de la solidarité". Aussi, afin de "s’assurer que personne ne reste à la traîne", elle a confirmé la mise en place dès le début 2020 d’un "mécanisme de transition juste", dont le "fonds pour une transition juste", qui sera présenté le 8 janvier et mobilisera investissements publics et privés, avec l’aide de la Banque européenne d’investissement, bientôt rebaptisée Banque européenne du climat. Un fonds pour lequel elle a avoué "avoir l’ambition de mobiliser 100 milliards d’euros précisément dirigés à l’attention des régions et les secteurs les plus vulnérables" dans les sept ans. Parmi elles, les régions charbonnières, Ursula von der Leyen citant en exemple la ville polonaise de Katovice, "capitale du charbon pendant plus d’un siècle" devenue "la capitale mondiale de l’action climatique" en accueillant la COP24. "Tout le monde en Europe peut faire partie de cette transition, qui ne concerne pas que le charbon ou les grandes industries", a-t-elle toutefois souligné, évoquant en particulier le cas des agriculteurs.

Les 100 milliards du fonds s’ajouteront aux 1.000 milliards d’euros sur dix ans du "plan d’investissement pour une Europe durable" déjà annoncés précédemment. À ceux qui jugeraient "ces coûts exorbitants", la présidente a évoqué en regard "celui de l’inaction, qui ne fait que croître", évoquant notamment le coût annuel des inondations (5 milliards d’euros) ou des sécheresses (10 milliards), dont les "agriculteurs sont les premiers à payer le prix". Un exemple sans doute pas pris au hasard à l’heure où s’opposent, dans le cadre des négociations du budget à long terme de l’Union, partisans des "politiques historiques", dont la politique agricole commune, et partisans des "nouvelles priorités", dont le climat.

 

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