Parcoursup s'ouvre… sur des universités sous pression : les établissements alertent sur une situation devenue critique

Alors que la phase de vœux Parcoursup débute pour près d'un million de candidats, plusieurs universités rappellent, dans une série de prises de parole relayées par France Universités, la dégradation de leurs moyens face à une hausse continue des effectifs. De Montpellier à Poitiers en passant par Strasbourg, La Lorraine ou Toulon, les présidences alertent sur un modèle à bout de souffle au moment même où les jeunes s'apprêtent à formuler leurs choix d'orientation.

L'ouverture ce lundi 19 janvier 2026 de la plateforme Parcoursup, qui doit accueillir environ 1 million de candidats, replonge le système dans son rituel annuel : dix vœux maximum jusqu'au 12 mars, puis confirmation jusqu'au 1er avril. Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, assure que "c'est une plateforme qui fonctionne", en rappelant que "deux tiers des candidats obtiennent une proposition dès le premier jour". Il a également tenté de dédramatiser la procédure sur franceinfo : "Vous n'êtes pas en train de jouer votre vie… Vous avez le droit de vous tromper et de vous réorienter." 

Appel à "un débat sur le rôle de l'enseignement supérieur public"

Mais derrière cette mécanique bien rodée, un constat s'impose : les universités publiques, qui accueillent l'essentiel des nouveaux étudiants, se trouvent dans une situation qu'elles jugent désormais critique. France Universités publie en effet, à l'occasion des vœux 2026, une série d'entretiens dans la presse régionale où cinq présidents détaillent les défis auxquels leurs établissements sont confrontés.

À Montpellier, Philippe Augé évoque sans détour le besoin "d'un budget" et "d'un peu plus de considération", tout en appelant à "un débat sur le rôle de l'enseignement supérieur public". À Strasbourg, Frédérique Berrod met en avant l'ouverture de nouveaux équipements, mais souligne en creux l'ampleur des attentes pour améliorer les conditions de vie étudiante. En Lorraine, Hélène Boulanger insiste sur la nécessité de cohérence et de courage pour maintenir une université capable d'émanciper les jeunes. À Toulon, Xavier Leroux rappelle que formation et recherche demeurent l'ADN de l'établissement, malgré les contraintes. À Poitiers, Virginie Laval admet une situation financière "fragile", tout en lançant plusieurs chantiers structurants pour 2026. 
Dans une vidéo devenue virale, en fin d'année 2025, l'Université Savoie Mont Blanc a simulé la fermeture de son campus pour évoquer des subventions en berne ces dernières années. L'objectif : attirer l'attention avec humour pour alerter sur des subventions qu'elle juge insuffisantes... 

Cinq régions, un même signal d'alarme

Autant de témoignages qui dressent un tableau convergent : la croissance continue des effectifs ne s'accompagne pas de moyens à la hauteur. Ces alertes prennent un relief particulier alors que les chiffres les plus récents confirment la dynamique de fond : à la rentrée 2024, 26.500 étudiants supplémentaires sont arrivés dans les universités publiques, soit "l'équivalent d'une université entière accueillie en plus en une seule année", souligne France Universités. Une récente note statistique de la Depp, publiée à la rentrée 2025, le confirme : la progression est plus forte dans le public que dans le privé, et elle s'inscrit dans la durée.

Dans Midi Libre, Philippe Augé détaille une feuille de route marquée par la transition écologique, l'IA ou encore les conditions de vie étudiante — autant de domaines exigeant des investissements que les établissements ne parviennent plus à assumer seuls. Dans les Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA), Frédérique Berrod rappelle l'importance des infrastructures sportives et de vie étudiante, indispensables pour répondre à l'afflux de publics aux profils de plus en plus diversifiés. L'Est Républicain relaie les propos d'Hélène Boulanger sur le rôle central de l'université comme espace de savoirs et de recherche, menacé selon elle par des arbitrages budgétaires récurrents. Dans Var-Matin, Xavier Leroux insiste sur la contribution de l'université de Toulon au territoire, alors que plusieurs formations peinent à absorber les promotions entrantes. Enfin, La Nouvelle République rapporte les inquiétudes de Virginie Laval face à des marges de manœuvre financières qui se réduisent d'année en année.

Partout, la même conviction revient : l'université constitue "un pilier stratégique pour le pays, pour la jeunesse, pour la recherche et pour l'avenir". Mais sans un changement d'échelle du financement, préviennent les présidences, cette dynamique pourrait se retourner contre les établissements.
À l'heure où Parcoursup interroge ses futurs étudiants sur leurs choix d'orientation, les universités rappellent que leur mission – former, accompagner, ouvrir des parcours – ne pourra être maintenue sans un renforcement significatif des moyens. La procédure d'admission peut bien fonctionner ; c'est l'accueil, demain, de ces centaines de milliers de jeunes qui pose désormais question. 
"Ce budget doit donner une priorité à la jeunesse [...]", a promis le Premier ministre à l'occasion de son allocution sur le projet de loi de finances vendredi 16 janvier 2026, soulignant que "les universités et les organismes de recherche verront également leurs moyens renforcés pour respecter les engagements de la programmation pour la recherche qui a été votée par le Parlement". 

 

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