Patrick Carret (Fnep) : "Les écoles de production naissent de la volonté du terrain"

La Fédération nationale des écoles de production (Fnep) a commandité une étude visant à étalonner l’impact d’un modèle pédagogique unique fondé sur un concept simple : "faire pour apprendre". Son directeur général, Patrick Carret, décrypte pour Localtis les enseignements de cette étude.

Localtis - Pouvez-vous nous rappeler ce qui fait la spécificité des écoles de production ?

Patrick Carret - Les écoles de production mettent en œuvre une pédagogie simple que l’on peut résumer ainsi : faire pour apprendre. Ce sont des écoles qui forment des jeunes à partir de l’âge de 15 ans, essentiellement sur des métiers en tension, au niveau du CAP et/ou du bac pro. Pour ces jeunes, il s’agit d’un lieu unique de formation où l’on retrouve des ateliers identiques à ceux des entreprises locales. Des entreprises qui sont impliquées à travers des associations qui passent des commandes à l’école. Cela signifie que les jeunes vont apprendre leur futur métier au sein de l’école sur des commandes réelles. Et ça change tout ! On parle de jeunes qui sont le plus souvent fâchés avec le système d’éducation classique dans lequel ils n’ont pas réussi à s’épanouir, donc les confronter avec du concret les responsabilise du fait qu’on leur fait confiance.

Vous évoquez des commandes émanant d’entreprises locales. Comment cela fonctionne-t-il concrètement ?

Les entreprises impliquées fournissent un cahier des charges qui est non négociable. C’est cela, la pédagogie du "faire pour apprendre". C’est ce qui motive les jeunes, les remobilise en apprenant un métier à raison de 35h par semaine sur 40 semaines. Au total, ils passent les deux tiers de leur temps de formation en atelier.

Combien le réseau des écoles de production compte-t-il d’établissements à l’heure actuelle ?

Avant la loi de 2018 pour choisir son avenir professionnel, on dénombrait une vingtaine d’établissements en France métropolitaine. Aujourd’hui il en existe 77 dans lesquels sont scolarisés 2.300 élèves et nous espérons franchir la barre des 100 établissements d’ici 2028. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ces écoles naissent de la volonté du terrain avec en premier lieu des entreprises qui se manifestent afin de répondre à des difficultés de recrutement. Notre rôle consiste alors à les accompagner afin d’identifier d’autres professionnels qui sont confrontés aux mêmes problématiques. Une fois franchit cette étape, nous avons besoin d’une volonté des communes ou des intercommunalités pour favoriser l’implantation de ces écoles. Car l’enjeu au final est bien d’avoir un impact sur le territoire.

Cet impact, justement, qui est l’objet de l’étude que vous avez commandité, comment se mesure-t-il ?

À travers cette étude, nous avons cherché à mesurer l’impact des écoles de production sur les jeunes qui y sont formés, sur les familles et sur les formateurs eux-mêmes. C’est d’ailleurs la première fois que nous réalisons un tel travail avec l’ambition de mesurer l’an prochain l’impact sur les entreprises locales ainsi que sur les collectivités territoriales impliquées. Le premier enseignement est que les jeunes valident à 100% le "faire pour apprendre" : 91% d’entre eux nous disent que produire pour de vrais clients donne envie d’apprendre ; 95% apprécient que leurs maîtres-professeurs leur permettent de faire par eux-mêmes ; dans le même ordre d’idée, 92% nous disent qu’ils apprécient cette autonomie. En résumé, "faire pour apprendre" donne envie d’apprendre. S’agissant des parents, 96% estiment que leurs enfants se sentent bien dans une école de production et 90% d’entre aux reconnaissent même qu’ils échangent davantage avec leur enfant. Très sincèrement, on ne s’attendait pas à des impacts aussi forts sur les familles. Enfin, du côté des maîtres-professeurs, 98% d’entre eux se sentent reconnus par les élèves et 96% apprécient tout particulièrement d’être acteurs de l’évolution de ces jeunes.

 

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