Pêche : la filière appelle les maires à soutenir le poisson français

À l’approche des élections municipales, France Terre de Pêches interpelle les élus locaux par l’intermédiaire de l’AMF (Association des maires de France), l’Anel (Association nationale des élus du littoral) et l’AMRF (Association des maires ruraux de France). Le collectif souhaite ainsi alerter sur les enjeux du modèle français de pêche et appelle les communes à agir, notamment en favorisant l’approvisionnement des cantines scolaires en poisson français.

La souveraineté alimentaire ne se joue pas uniquement dans les champs : elle est aussi maritime. C’est le message porté par le collectif France Terre de Pêches qui regroupe un millier d’entreprises de la filière. Pour l’organisation, renforcer cette souveraineté passe par une plus grande place des produits de la mer dans l’alimentation des Français et par une consommation accrue de poissons pêchés par des pêcheurs français. Aujourd’hui, près de 70% des produits de la mer consommés en France sont importés, alors même que le pays dispose du deuxième espace maritime mondial. "Les Français ne jurent que par le saumon, le cabillaud et les crevettes dans leurs assiettes, trois espèces qui ne se pêchent pas en France", souligne le collectif. À l’inverse, près de 75% des volumes débarqués par les pêcheurs français sont exportés.

Si les décisions structurantes pour la pêche se prennent le plus souvent à Bruxelles ou à Paris, les collectivités locales disposent elles aussi de leviers d’action estime France Terre de Pêches. Les maires, qu’ils dirigent de grandes villes ou des communes rurales pourraient, par exemple, favoriser l’approvisionnement en poisson français dans les cantines scolaires et plus largement dans la restauration collective. "Des initiatives locales montrent que ce modèle d’approvisionnement est possible ; les maires ont le pouvoir de le généraliser", affirme le collectif.

Des messages "anxiogènes ou approximatifs"

La filière souffrirait également de messages jugés "anxiogènes ou approximatifsvisant certaines pratiques de pêches – accusées de détruire les écosystèmes marins ou d’alimenter la surpêche – ou certains produits de la mer. Le thon est particulièrement ciblé, notamment en raison des inquiétudes liées à la présence de mercure et à la consommation par les femmes enceintes ou les enfants. "Certaines collectivités en viennent à interdire des produits comme le thon dans leurs cantines sur la base de ces affirmations exagérées ou trompeuses, alors même que les contrôles sanitaires européens sont parmi les plus stricts au monde", souligne l’organisation.

Pour peser à Bruxelles et se faire entendre, les pêcheurs français s’adressent donc aussi aux élus locaux. Dans un manifeste, le collectif formule huit propositions pour soutenir la transformation de la filière et renforcer sa compétitivité. Parmi les priorités figure la mise en œuvre d’une politique ambitieuse de modernisation des navires afin de renforcer les capacités de production et de défendre les droits de pêche français, ainsi que la souveraineté alimentaire nationale. Le collectif appelle également à mieux intégrer les activités de pêche dans le développement de l’éolien en mer, "en veillant à une cohabitation harmonieuse bénéficiant à la fois à la transition énergétique et à la pérennité de la pêche". Il plaide aussi pour "une surveillance rigoureuse et transparentedes réglementations relatives aux aires marines protégées, afin de concilier protection du patrimoine naturel et maintien d’une pêche durable.

Enfin, France Terre de Pêches met l’accent sur la transmission du métier de marin-pêcheur. Trois propositions visent à adapter la formation pour faciliter l’accès aux embarquements, à renforcer l’accompagnement et les perspectives d’évolution de carrière, et à simplifier les conditions d’accès des marins extracommunautaires aux flottes européennes.

Xavier Bertrand alerte sur la situation des pêcheurs de maquereau

Dans un courrier adressé au gouvernement, le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, alerte sur le "choc brutal" vécu par les pêcheurs de maquereau. En cause : la décision par les Vingt-Sept, mi-décembre, d’abaisser de 70% sur les six premiers mois de l’année les quotas de pêche par rapport à l’année précédente, afin de reconstituer les stocks qui se sont effondrés dans l’Atlantique nord. "Sans précédent par son ampleur", cette réduction "fragilise profondément l’équilibre économique de nombreuses entreprises" pour lesquels le maquereau représente plus de 40% du chiffre d’affaires annuel, s’inquiète l’élu dans ce courrier cosigné par sa vice-présidente chargée notamment de la pêche, Marie-Sophie Lesne. "Après une baisse de 25% liée au Brexit, puis une nouvelle diminution de 30% l’an dernier, le passage à moins de 70% cette année crée un choc brutal qui met en péril la viabilité même des armements, en particulier les navires de 18 à 25 mètres fortement dépendants de cette espèce", développent les deux élus. Selon eux, les conséquences sont d’ores et déjà visibles : "tension de trésoreries majeurs", "absence totale de perspective d’investissement pour 2026", "départ des équipages vers d’autres secteurs"…

Ils dénoncent aussi la concurrence déloyale venue des États côtiers qui ont passé des accords pluriannuels sans l’Union européenne. "Ce qui accroît nos dépendances aux importations" et "soulève un enjeu majeur de souveraineté alimentaire", fustigent-ils, demandant un "réengagement immédiat" des négociations avec ces États accusés de surpêche.

Si la baisse de 70% des captures provient d’un avis du Comité international pour l’exploration de la mer (Ciem), un scénario alternatif de 48% "compatible à la fois avec la durabilité du stock et la préservation du tissu économique" était envisageable, rappellent-ils. 

M.T.

 

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