Plus de 16% de ménages agricoles en situation de pauvreté
Les écarts de revenus entre les ménages agricoles sont plus marqués que dans le reste de la population, montre une étude de l'Insee. Les revenus des plus aisés sont 4 fois plus importants que les plus modestes. Des écarts fortement liés aux productions et aux spécialisations des régions.
© IGN_ INSEE 2026/ Sources : Agreste, Recensement agricole 2020 ; DGFiP ; Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2020.
"Il faut nous donner de la rentabilité." Au terme d’une table ronde organisée mercredi 22 avril dans l’Allier par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sur le thème de la "simplification" des procédures, le représentant local de la Coordination rurale a souhaité élargir la focale sur la question des revenus. "Si c’est un métier qui permet de gagner sa vie, il n’y aura pas de problème" de renouvellement des générations. Sous-entendu : c’est loin d’être le cas. "Avec 90 heures de travail par semaine, ce n’est pas un métier, c’est un sacerdoce." Une étude de l’Insee, menée en partenariat avec Agreste, éclaire à cet égard sur les écarts de revenus particulièrement marqués dans le secteur agricole. Le niveau de vie médian des personnes appartenant aux ménages agricoles s’élève à 22.700 euros par an, soit un niveau très proche de celui des ménages actifs (22.800), selon cette étude qui porte sur les chiffres du recensement agricole de 2020. Le pays comportait alors 400.000 ménages agricoles, c’est-à-dire comportant au moins un exploitant en son sein (hors Guadeloupe, Guyane et Mayotte). Seulement, les écarts sont criants entre les foyers les plus aisés - concentrés dans les régions spécialisées dans les grandes cultures, la viticulture ou l’élevage de granivores (porcs, volailles) -, et les plus modestes des régions d’élevages de bovins, d’ovins ou de caprins.
Des revenus qui peuvent fortement varier selon les années
Le niveau de vie des 10% des ménages agricoles les plus aisés est ainsi 4,1 fois plus important que celui des 10% les plus modestes (44.200 euros contre 10.700), un ratio qui est de 3,3 pour l’ensemble des ménages actifs. Les ménages agricoles les plus aisés ont même des revenus supérieurs de 3.200 euros par rapport aux plus aisés des autres ménages d’actifs.
L’écart est particulièrement marqué en Corse, en Martinique ou à La Réunion (5,7), du fait de la part importante de ménages de faibles revenus. Il est aussi important dans les régions où, à l’inverse, la part de hauts revenus est importante, dans les régions de grandes cultures, comme le Bassin parisien, ou des régions viticoles comme la vallée du Rhône, le bordelais, l’arc méditerranée… Les écarts de revenus sont en revanche plus resserrés en Champagne.
L’étude rappelle cependant l’exposition des exploitations aux aléas économiques. Leurs résultats "peuvent fortement varier selon les années". Ceux des exploitations en grandes cultures et en viticulture "se sont avérés particulièrement sensibles aux conditions climatiques et au contexte économique et géopolitique international ces dernières années".
Un taux de pauvreté supérieur à la moyenne des actifs
Autre enseignement de l’étude : 16,3% des ménages agricoles sont en situation de pauvreté, soit 3,5 points de plus que l’ensemble des ménages actifs. En toute logique, c’est à La Réunion, en Martinique et en Corse que le nombre de ménages agricoles en situation de pauvreté est le plus important avec des taux respectivement de 42,1%, 31,4% et 30%. Il n’y a qu’en Île-de-France, dans les Hauts-de- France et dans le Grand Est que la part des ménages agricoles en situation de pauvreté n’est pas supérieure à celle de l’ensemble des actifs.
Né du mouvement de contestation agricole du début d’année, le projet de loi d’urgence agricole attendu au Parlement début mai comporte quelques dispositions sur la question de revenus : limitation à quatre mois des négociations commerciales entre organisations de producteurs et acheteurs, extension à toutes les filières du mécanisme de "tunnel de prix" déjà en vigueur pour le secteur bovin (à savoir un prix plancher pour éviter les ventes à perte)... Il reprend aussi l'idée de "contrats d'avenir" défendue par Jeunes agriculteurs, à travers les "projets d'avenir agricole".