Population : top départ pour le recensement

La campagne annuelle de recensement de la population, qui doit notamment permettre d'établir de nombreuses statistiques utiles aux politiques publiques, débute ce 15 janvier. Et comme l'an dernier, c'est sur fond de polémique. Certaines organisations appellent à ne pas répondre à une question "dangereuse" et "inutile", selon elles, sur le lieu de naissance des parents. 24.000 agents recenseurs sont mobilisés par les communes. Et 254 communes font cette année appel à La Poste. L'Insee a par ailleurs publié le bilan démographique 2025. La France compte désormais 69,1 millions d'habitants. Le nombre de décès a été supérieur à celui des naissances.

Le recensement de la population débutera ce 15 janvier dans 8.000 communes, grâce au partenariat entre l'Insee et, sur le terrain, les communes, qui emploient pour l'occasion 24.000 agents recenseurs.

La "plus grande enquête statistique" de France concerne cette année 7.000 communes de moins de 10.000 habitants - où l'ensemble de la population sera recensé – et un millier de communes de plus de 10.000 habitants, dans lesquelles 8% des logements ont été tirés au sort et prendront part à l'opération.

Seuls deux départements suivent un calendrier différent : Mayotte - où un recensement exhaustif, qui a débuté le 27 novembre dernier, touche à sa fin - et La Réunion, où la collecte démarrera le 29 janvier.

Au total, 9 millions de personnes vivant dans quelque 5 millions de logements sont appelées à remplir le questionnaire de l'enquête de recensement. Une démarche obligatoire que la plupart accompliront (le défaut de réponse se limite à environ 4% chaque année) et ce, principalement via internet – l'an dernier, plus de 70% des personnes avaient choisi ce canal. Trois volets sont à remplir, respectivement sur le logement occupé, les personnes qui y résident, leurs liens et, enfin, leurs caractéristiques.

"Large concertation"

Le questionnaire diffusé cette année est "identique à celui de l'année dernière", ont indiqué les représentants de l'Insee, lors d'une conférence de presse, ce 13 janvier. Il inclut donc les items ajoutés à l'occasion de la collecte de 2025, qui concernaient les thèmes du télétravail, du handicap (limitations dans les activités quotidiennes) et des origines des parents. Sur ce sujet, les personnes dont l'un des parents, ou les deux, sont nés à l'étranger, sont invitées à déclarer le pays d'origine de celui-ci ou ceux-ci. Un choix contre lequel plusieurs organisations - dont la CGT, la Ligue des droits de l'homme (LDH) et le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) - avaient protesté il y a un an (voir notre article).

À la veille du lancement du recensement pour 2026, les mêmes acteurs montent de nouveau au créneau. La question sur le lieu de naissance des parents "est dangereuse", car elle "est plébiscitée par l’extrême-droite", s'alarment-ils dans un communiqué de presse. Elle "est inutile", complètent-ils, car "au moment du recensement de l’an dernier, le ministre de l’Intérieur a indiqué qu’il ne voulait pas qu’elle soit utilisée pour des politiques de lutte contre les discriminations". Lors d'une conférence de presse qu'elles tiendront ce 14 janvier en présence de chercheurs et de représentants des syndicats de l'Insee, les organisations appelleront à "ne pas répondre" à la question.

Cette dernière "a été introduite suite à une large concertation", qui a permis d'en débattre. Et qui s'est achevée par la conclusion "qu'il y avait un intérêt à [la] poser", rétorque Muriel Barlet, responsable du département de la démographie à l'Insee. "Les avantages - notamment la possibilité d'étudier les questions de ségrégation sur les marchés du logement et du travail - l'ont emporté", ajoute-t-elle. La question a donc fait son entrée dans le questionnaire du recensement, mais avec un caractère facultatif (comme pour celle sur le handicap), ainsi que l'a suggéré la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).

De nouvelles questions en 2027

La responsable de l'Insee se veut par ailleurs rassurante, rappelant que "le recensement est confidentiel" et "que les agents recenseurs et de l'Insee sont soumis au secret professionnel".

Au cours du recensement mené en 2025, "un peu plus de 80% de personnes ont répondu à la question sur l'origine des parents", selon Muriel Barlet, qui conclut à un "taux de réponse relativement bon". "La proportion de non-réponses" est "très différente" selon le canal utilisé par les personnes, détaillait l'Insee lors d'une récente réunion du bureau du conseil national de l’information statistique (Cnis). Pour le premier parent, elle est de "8% sur internet et 52% sur papier", tandis que pour le deuxième parent, elle s'élève à "11% sur internet et 56% sur papier", indique la communication de l'organisme chargé des statistiques.

L'an prochain, le questionnaire servant au recensement évoluera encore et, cette fois, a priori sans déclencher de polémique. Les questions portant sur le logement seront "modifiées", a fait savoir l'Insee. De nouvelles questions "permettront notamment de mieux apprécier l'adaptation des logements au changement climatique et leur accessibilité dans un contexte de vieillissement de la population".

› Recensement par La Poste dans plus de 200 communes

"254 communes seront accompagnées par La Poste pour effectuer leurs opérations de recensement", a-t-on appris auprès du groupe chargé de la distribution du courrier. Ces communes ont contractualisé avec l'entreprise publique, comme les y autorise un décret du 4 décembre 2024. Ce texte offre la possibilité aux communes et aux intercommunalités – lorsque celles-ci sont compétentes – de "recourir à un opérateur économique pour la réalisation des opérations de recensement". Il généralise une expérimentation menée entre 2022 et 2024, dont le bilan a été jugé globalement positif, à la fois par l'Insee et les communes. 

Compte tenu du caractère tardif de la publication du texte, seulement 38 communes avaient confié la collecte à des facteurs à l'occasion du recensement de 2025. Pour la campagne 2026, les communes disposaient d'une plus grande visibilité. D'où la moisson de contrats (254) signés par des communes avec la Poste. Le groupe détaillera prochainement le nom des villes qui ont fait le choix de s'appuyer sur son expérience.

 

En France, désormais 69,1 millions d'habitants, plus de décès que de naissances

La France, qui compte désormais 69,1 millions d'habitants, a franchi en 2025 un cap symbolique : le nombre de décès a été supérieur à celui des naissances, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au 1er janvier 2026, 69,1 millions de personnes vivaient en France, dont 2,3 millions dans les cinq départements d'outre-mer, a indiqué l'Insee ce mardi 13 janvier.

La population a augmenté de 0,25% par rapport à l'an dernier, à "un rythme un peu moins rapide que celui observé ces deux dernières années", a précisé Sylvie Le Minez, cheffe de l'unité des études démographiques et sociales, lors de la conférence de presse de l'Insee. Mais pour la première fois depuis 1944, cette croissance de la population est uniquement liée au solde migratoire, estimé à +176.000 personnes, soit la différence entre le nombre de personnes entrées et sorties du territoire. Le solde naturel, qui correspond à la différence entre les naissances et décès, est lui devenu négatif : -6.000 personnes. Une situation qui s'explique par deux facteurs : le recul des naissances et la hausse des décès. "Ce qui frappe, c'est à quel point, en quelques années, le solde naturel a diminué en raison de la diminution rapide des naissances", a souligné Sylvie Le Minez. Ce solde était encore de +200.000 personnes en 2015.

Natalité - En 2025, 645.000 bébés ont vu le jour dans le pays, soit 2,1% de moins que l'année précédente, ce qui correspond au plus faible nombre sur un an depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour la quatrième année consécutive. Il s'agit même d'une chute de 24% par rapport à 2010, "année du dernier point haut des naissances".  La baisse des naissances est due au repli de la fécondité, soit le nombre d'enfants par femme. L'indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) a continué lui aussi de diminuer : il s'est établi à 1,56 enfant par femme, après 1,61 en 2024, soit le plus faible niveau depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Ce recul s'inscrit aussi dans une tendance de moyen terme : cet indice diminue depuis 2010, lorsqu'il s'élevait à 2,02 enfants par femme en France métropolitaine. Les démographes avancent diverses explications : les personnes ont d'autres aspirations que fonder une famille, sont freinées par des difficultés (à trouver un travail stable, à se loger) ou des craintes (conciliation vie professionnelle et familiale, incertitudes climatiques...). La crainte de manquer de moyens financiers est ressortie comme l'un des principaux freins au désir d'enfant lors d'une récente consultation citoyenne, menée dans le cadre d'une mission parlementaire sur la baisse de la natalité.

Des parents plus âgés - En 2025, l'âge conjoncturel moyen à l'accouchement poursuit sa hausse : il s'élève à 31,2 ans pour les femmes, contre 29,6 ans en 2005. Même tendance chez les hommes : l'âge moyen à la naissance d'un enfant est de 34,1 ans, contre 32,6 ans en 2005.

Décès - En parallèle de cette baisse des naissances, on observe une hausse des décès du fait de l'arrivée à des âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom. En 2025, 651.000 personnes sont décédées en France, ce qui représente une hausse de 1,5% par rapport à l'année précédente. Cette progression s'explique également par l'épidémie de grippe hivernale, "particulièrement virulente en janvier", selon l'Institut nationale de la statistique. Le solde naturel négatif a contribué à réduire la population de 0,01%.

Meilleure espérance de vie - En 2025, l'espérance de vie à la naissance s'élève à 85,9 ans pour les femmes et à 80,3 ans pour les hommes, un niveau "historiquement élevé". Elle a augmenté de +0,1 an pour chaque sexe. Depuis le milieu des années 1990, l'espérance de vie croît moins vite pour les femmes que pour les hommes, réduisant ainsi l'écart entre les deux sexes : il n'est plus que de 5,6 ans, contre 8,1 ans en 1995.

Presque autant de seniors que de jeunes - Conséquence de la baisse des naissances et de la hausse de l'espérance de vie : les personnes d'au moins 65 ans sont presque aussi nombreuses que celles de moins de 20 ans. Elles représentent respectivement 22,2% et 22,5% des habitants. En 2006, on comptait seulement 16,4% de personnes âgées de 65 ans et plus et 25,1% de moins de 20 ans.

Solde migratoire - S'agissant du solde migratoire (différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire français et le nombre de personnes qui en sont sorties), il comptabilise des immigrés (personnes nées étrangères à l'étranger et résidant en France qui pour certaines ont pu devenir françaises) et des non-immigrés (comme des personnes nées françaises à l'étranger). Aujourd'hui, "le solde migratoire qui est positif fait plus que compenser le solde naturel négatif", explique Gilles Pison, démographe, conseiller de la direction pour la communication scientifique à l'Ined (Institut national d'études démographiques). Et il "devrait continuer à le compenser", prédit le démographe. Le solde migratoire retenu pour 2025 est une estimation de l'Insee depuis le dernier recensement de 2022. Il est mesuré indirectement par la différence entre l'évolution du niveau de la population entre deux années successives et le solde naturel et les éventuels ajustements statistiques. Les entrées sur le territoire sont toutefois en baisse, selon les derniers chiffres de l'Insee.

Plus de mariages et de Pacs - En 2025, le nombre de mariages célébrés en France est estimé à 251.000, dont 244.000 entre personnes de sexe différent et 7.000 entre personnes de même sexe. Leur nombre a augmenté de 1,4% par rapport à l'année précédente, après +2,7% entre 2023 et 2024. Avant la crise sanitaire, la tendance était plutôt à la baisse, précise l'Insee, qui n'avance pas d'explication. En 2024, 197.200 pactes civils de solidarité (Pacs) ont été conclus, dont 186.800 entre personnes de sexe différent et 10.400 entre personnes de même sexe. Un nombre quasi stable par rapport à l'année précédente.

     Avec AFP

 

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