Portrait des nouveaux présidents d'intercommunalité
Intercommunalités de France a analysé les résultats des élections des exécutifs communautaires, qui se sont déroulées après les municipales. L'étude publiée ce 6 mai livre les visages des 1.252 patrons des groupements de communes. Plus de la moitié étaient déjà à la tête de leur intercommunalité avant les municipales et près des deux tiers sont issus d’une autre commune que la ville-centre. On retiendra aussi la faible féminisation de la fonction (14,6% de femmes).
© Intercommunalités de France
Dans la foulée des élections municipales et communautaires des 15 et 22 mars, les nouveaux conseillers communautaires ont désigné dans une relative discrétion les exécutifs des 1.252 intercommunalités à fiscalité propre. Ce "troisième tour" s'est achevé le 24 avril, avec une exception notable, celle de Grenoble Alpes Métropole, où après une situation bloquée, le nouveau président, Guillaume Lissy a été élu le 30 avril.
Qui sont les nouveaux élus prenant les rênes de ces puissantes et jeunes institutions ? L'association qui les fédère, Intercommunalités de France, a réalisé un recensement exhaustif pour livrer, ce 6 mai, un portrait inédit. Rapports de force entre ville-centre et périphérie, sort des présidents sortants, poids des maires et des autres élus municipaux, place des femmes, étiquettes politiques… Ces questions sont passées au crible et l'impression qui ressort de l'analyse est celle d'une assez nette continuité.
Prime aux sortants
Ainsi, plus de la moitié (53,8%) des présidents sortants ont été reconduits à la tête de leur intercommunalité. "81% des présidents d’intercommunalité sortants étaient candidats sur une liste municipale" et, parmi eux, "les deux tiers" ont été réélus présidents, précise l'étude, en concluant que "la prime au sortant a bien fonctionné".
87,2% des présidents exercent le mandat de maire, soit une proportion stable par rapport à la précédente élection (2020). Les présidents des communautés de communes sont moins souvent maires (86,3%) que dans les territoires plus urbains que sont les communautés d'agglomération (90,7%) et les communautés urbaines et métropoles (91,4%). Là encore, on observe peu d'évolution par rapport à 2020.
Près de deux tiers (61%) des présidents sont issus d’une autre commune que la ville-centre. Cette proportion dépasse même légèrement 65% dans les régions Grand Est, Ile-de-France et Hauts-de-France. Dans ces régions, "il est moins aisé d'identifier des centralités fortes à l'échelle des intercommunalités, et (...) le terme de ville-centre est (...) moins significatif", détaille la note.
Une femme sur sept est présidente
Dans le détail, plus de la moitié (55%) des présidents d'intercommunalité sont maires d’une autre commune que celle dont la population est la plus élevée. En outre, 6% sont adjoints ou conseillers municipaux dans une autre commune. On saura aussi que parmi les 39% de présidents issus de la commune la plus peuplée, 32% sont maires et 7% sont adjoints ou conseillers municipaux.
Mais ces statistiques masquent des différences selon les caractéristiques des intercommunalités. Ainsi, parmi les présidents de communautés de communes, seuls 26,5% sont maires de la ville-centre, contre une proportion de 50,4% chez les présidents des communautés d'agglomération et 71,4% des présidents des communautés urbaines et métropoles. Ces résultats sont proches de ceux qui avaient été établis à l'issue des élections de 2020. Pour Intercommunalités de France, "cela laisse présager l’installation de traditions locales dans la personnalité qui peut ou non légitimement prétendre à la fonction de président de l’intercommunalité".
La continuité est également de mise lorsque l'on observe les résultats sous l'angle de la présence des femmes, bien qu'il faille souligner des progrès, comme choisit de le faire Intercommunalités de France, en parlant d'"un doublement en deux mandats". Aujourd'hui, 14,6% des présidents d'intercommunalité sont des femmes, contre 11,7% en 2020 et 7% en 2014. C'est encore peu, malgré l'extension cette année du scrutin de liste aux communes de moins de 1.000 habitants.
"Percée" de l'extrême droite
"La part des femmes maires ayant peu progressé (environ 23% cette année contre 20% en 2020), mécaniquement, le progrès à la tête des intercommunalités n’a pas pu être à la hauteur [des] attentes", analyse l'association. On observe cependant des différences assez nettes entre les régions. En Normandie et en Bretagne, "plus d’une présidence sur cinq est assurée par une femme (respectivement 27,5% et 20%). Mais cette proportion tombe à 8,7% dans le Grand Est et même à 5,3% en Corse.
Les enseignements tirés par l'étude sont également politiques. Avec le constat selon lequel les rapports de force sont globalement respectés. "La droite traditionnelle et le centre-droit conservent (…) la première place en nombre de présidents". En sachant que "la gauche, principalement les socialistes, en préside nettement moins, devant le centre". Et en relevant par ailleurs qu'"une part non-négligeable des présidents se déclarent sans étiquette ou divers, notamment dans les intercommunalités les plus rurales".
L’extrême droite réalise une "percée", puisqu'elle préside "13 intercommunalités, contre 4 auparavant, dont la métropole de Nice et la communauté urbaine de Perpignan", observe aussi l'étude. La France insoumise, quant à elle, préside désormais deux intercommunalités (l'établissement public territorial de Plaine Commune et la communauté d’agglomération de Creil).