Pollution atmosphérique - Qualité de l'air en France : le bilan fait état de fortes disparités d'exposition

Le bilan annuel de la qualité de l'air publié le 26 octobre par le ministère de la Transition écologique et solidaire confirme une baisse en France des émissions de la majorité des polluants, notamment ceux d'origine industrielle. Cinq polluants réglementés dépassent toujours les normes et touchent pour l'essentiel de grandes agglomérations. À l'échelle européenne, la pollution atmosphérique reste, comme insiste de son côté l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) dans un rapport publié ce 29 octobre, "un tueur invisible face auquel nous devons intensifier nos efforts pour agir sur ses causes".

Pour commencer, une bonne nouvelle : les données mobilisées pour ce bilan annuel, publié le 26 octobre par le ministère de la Transition écologique et solidaire, sont de plus en plus précises, mises à jour et à disposition par leurs producteurs (et donc contributeurs de ce bilan) que sont les associations agréées de surveillance de la qualité de l'air (Aasqa) et le centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa). Leur potentiel au niveau local reste sous-exploité mais reste un domaine à explorer.

Une baisse toute relative

L'estimation par le Citepa au niveau national et par secteur d'activité des quantités de polluants émises directement dans l'atmosphère donne des tendances. Ainsi les émissions des dioxyde de soufre provenant surtout de l'industrie ont chuté depuis 2000. Celles de monoxyde (NO) et dioxyde d'azote (NO2) aussi, notamment grâce "aux progrès réalisés dans le secteur du transport routier", observe le service de la donnée et des études statistiques (SDES) du ministère. Cependant celles de cadmium (Cd) induites par la production de zinc, l'incinération de déchets et la combustion de fioul ou de biomasse, ou d'autres polluants métalliques comme le cuivre, diminuent peu. De même pour les émissions d'ammoniac provenant essentiellement de l'agriculture.

Rural ou urbain, à chacun son polluant

Quant aux concentrations de polluants qui caractérisent la qualité de l'air que l'on respire, elles baissent modérément ou évoluent peu significativement. La proximité du trafic routier détermine, comme le bon sens l'indique, le niveau de concentration en NO2. De fait, les concentrations élevées sont localisées dans des zones urbanisées comme Paris, Lyon et la région marseillaise et d'autres situées près des grands axes routiers comme dans la vallée du Rhône. La concentration en ozone touche plutôt les zones rurales ou périurbaines. Les agglomérations de moyenne et petite taille sont ainsi plus touchées que les grandes par cette pollution. Ces dernières héritent en revanche d'une pollution aux particules fines PM10.

Triple peine

Le NO2, les PM10 sont, avec l'ozone (O3), les "trois polluants les plus problématiques en Europe", estime ce bilan. Ce que confirme l'inquiétant rapport sur la qualité de l'air publié ce 29 octobre par l'Agence européenne pour l'environnement. Selon l'AEE, les concentrations de particules fines ont été responsables en 2015 d'environ 422.000 décès prématurés dans les 41 pays d'Europe. Et cette pollution atmosphérique a aussi des "répercussions économiques considérables", y lit-on, avec une "réduction de l’espérance de vie, une augmentation des frais médicaux, l'abaissement de la productivité à cause des arrêts de travail et une incidence négative sur les écosystèmes". 

Disparités géographiques

Retour dans l'Hexagone : si globalement le nombre d'agglomérations en dépassement des normes pour ces trois polluants est en baisse, ce constat masque des disparités entre territoires. Lyon, Clermont-Ferrand, Rouen, Strasbourg, Marseille, Montpellier, Toulouse, Rennes, Nantes, Bordeaux, Orléans, une vingtaine d'entre elles cumulent de sept à dix-huit années de dépassement des normes pour le NO2. "Et huit agglos - Avignon, Beaucaire (Gard), Gérardmer (Vosges), Marseille-Aix-en-Provence, Montpellier, Mulhouse, Nice et Toulon - sont sujettes chaque année à des concentrations en ozone supérieures à la norme", complète ce bilan. Du fait de conditions météorologiques plus favorables à sa formation, ce quart sud-est de la France métropolitaine est le plus touché par les concentrations les plus élevées en ozone (voir ce bilan détaillé). "Il n'en demeure pas moins que toutes les régions sont susceptibles d'être ponctuellement concernées".

Pour les PM10 ce sont Paris, Sallanches (Haute-Savoie), Fort-de-France et Lyon qui cumulent le plus d'années de dépassement. De fortes concentrations en PM10 affectent aussi les Hauts-de-France et dans une moindre mesure la Normandie et le Grand Est. Des épisodes de pollution en particules sont également observés dans les outre-mer. "Par ailleurs l'année 2017 est marquée par deux épisodes de pollution d'ampleur nationale aux particules, en janvier et février, et par un épisode de pollution à l'O3 de plusieurs jours en juin". Au niveau européen, seuls quatre pays ne dépassent pas les normes pour les polluants précités.

Pollution de l'air dans la vallée de l'Arve : l'Autorité environnementale pointe un manque d'ambition 

L’Autorité environnementale (Ae) a rendu le 24 octobre un avis très critique sur le second plan de protection de l'atmosphère (PPA) de la vallée de l'Arve (Haute-Savoie). Visé par les procédures contentieuses européennes, ce territoire alpin connaît toujours, malgré l'infléchissement observé suite au premier PPA 2012-2016, des dépassements répétés des seuils de qualité de l’air. Ces émissions de polluants y sont marquées pour le transport routier et le chauffage au bois (28 % des maisons de la vallée sont chauffées au bois). L'Ae pointe les lacunes de l’évaluation environnementale et difficultés de ce nouveau projet de plan 2018-2023 élaboré par les services de l’État (Dreal Auvergne-Rhône-Alpes) à démontrer "une ambition à la hauteur de l’importance des enjeux sanitaires". Elle recommande aux acteurs impliqués de "se donner les moyens d’unir leurs efforts, dès à présent et en vue de la nouvelle période du plan". Son processus ouvert d’élaboration est salué mais sa cinquantaine d'actions peu hiérarchisées : "Leur niveau d’ambition peut être relevé (…) pour apporter une réponse congruente aux inquiétudes des habitants de la vallée, objectif que le premier PPA n’avait su atteindre". Le bilan du précédent plan sur lequel ce nouveau pourrait s'appuyer est lui-même incomplet : mesures non évaluées, données imprécises, etc. Quant à la mise en place d’une zone à faibles émissions (ZFE), sa réalisation paraît "à ce stade compromise, certains acteurs locaux conditionnant cette régulation des flux routiers à la prise en compte dans la ZFE des flux de transit (poids-lourds et véhicules légers)". Enfin, l'Ae s'étonne que la Dreal ait d'emblée écarté un scénario de réduction fondé sur les valeurs de recommandation de l’OMS, sans faire la démonstration qu'elles ne sont pas atteignables. Et ce alors même que "des marges de manœuvre existent par exemple dans le domaine des transports".

 

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