Quand les librairies rurales jouent un rôle de "quasi-service public"

Une étude de la Fédération interrégionale du livre et de la lecture présente la réalité des librairies rurales. Implantées prioritairement dans des régions touristiques, elles affichent des activités qui, selon leurs propriétaires, en font l'équivalent des services publics culturels de proximité.

Les libraires sont bien présentes dans les campagnes françaises, où elles jouent un rôle social au-delà d'une simple présence commerciale, selon une étude économique inédite commanditée par la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (Fill) et parue début juin.

On y apprend tout d'abord que 817 librairies sont implantées en territoire rural, soit environ 30% des librairies métropolitaines. Si cette présence est conforme au poids démographique des territoires ruraux (33% de la population française), elle n'en souligne pas moins la rareté d'une telle implantation : seules 3% des communes rurales disposent d'une librairie.

Les territoires touristiques mieux servis 

Mais toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne. Ainsi la Bretagne compte 105 librairies rurales pour un taux de couverture de 10% de ses communes rurales. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, ce sont 6% des communes rurales qui disposent d'une librairie. À l'inverse, 1% des communes rurales du Grand Est proposent un tel commerce. Explication : "Les résidences secondaires représentent un moteur économique majeur" pour les librairies. Or si la Bretagne et Provence-Alpes-Côte d'Azur comptent respectivement 12% et 14% de résidences secondaires, ce taux est inférieur à 4% dans le Grand Est. Autre donnée importante en termes d'implantation : 66% des libraires ruraux évoluent dans une zone touristique, essentiellement à la campagne, près de chemins de randonnée ou de monuments classés. 

Un "phare" dans la nuit culturelle ?

Au-delà de cette diversité, l'étude met en exergue certains éléments communs : la librairie rurale apparaît "comme un commerce, un service culturel, un tiers-lieu implicite et parfois un 'amortisseur social'". Mieux, les librairies se "perçoivent, dans de nombreux cas, comme des 'phares', des points d'ancrage dans la vie des habitants, jouant un rôle de quasi-service public". 

Ce "quasi-service public" prend la forme d'"une offre d'animations diversifiée" et d'"un engagement notable" de la part des libraires. Mais également de partenariats privilégiés, puisque 93% des librairies rurales disent travailler avec les bibliothèques de leur territoire, et en moyenne avec au moins cinq médiathèques. On constate une proportion équivalente de libraires travaillant avec les établissements scolaires, ainsi qu'avec "l'ensemble des structures locales". Et si 60% des librairies rurales disent travailler avec les services culturels de la ville, elles indiquent que c'est avec eux que les relations sont "les plus compliquées" (14% de mauvaises relations, 40% de "normales" et 46% de "bonnes").

Toujours à propos des relations avec les collectivités, l'étude précise que si les structures régionales du livre (SRL) et les intercommunalités "semblent bien repérées par les librairies" – et c'est avec elles que les relations sont les meilleures –, à l'inverse, les conseils régionaux, départementaux et les directions régionales des affaires culturelles (Drac) ne sont cités que par une minorité de libraires (entre 24% et 34%). 

Des aides publiques méconnues 

Côté aides publiques, si 20% des librairies rurales bénéficient de subventions du Centre national du livre au titre du label LIR (Librairie indépendante de référence), ce taux est beaucoup plus élevé chez les librairies ayant le plus gros chiffre d'affaires. En outre, une librairie LIR sur deux a obtenu une exonération de CET (contribution économique territoriale) suite à sa labellisation. On remarque encore que lorsqu'elles demandent l'exonération de la CET, les librairies non labellisées LIR l'obtiennent à près de 60%, ce qui dénote "une sous-exploitation du dispositif", pointe l'étude.

Encore plus méconnu est le dispositif Darcos – qui permet aux communes et aux intercommunalités d'attribuer des subventions aux librairies indépendantes –, puisque seuls 6% des librairies l'ont sollicité auprès de leur commune. Globalement, les politiques publiques sont jugées "encore insuffisamment adaptées".

En définitive, la viabilité économique des librairies rurales tient d'abord dans une rentabilité moyenne "plutôt flatteuse" (2,3% du chiffre d'affaires). Mais celle-ci est avant tout due à des rémunérations des gérants basses, voire inexistantes et à des charges de fonctionnement sensiblement plus faibles. D'ailleurs, elles se sont parfois implantées "par opportunité" : soutien d'une collectivité – notamment pour des investissements dans des travaux ou en matériel informatique – ou prix du foncier. L'analyse économique met finalement en évidence "une fragilité économique marquée", surtout pour les plus petites structures.

 

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