Le projet RECITAL : l’IA comme vecteur d’économies d’énergie à Noisy-le-Grand
Le projet RECITAL est une initiative menée par la ville de Noisy-le-Grand visant à diminuer significativement la consommation énergétique et l'empreinte carbone de ses 200 bâtiments publics grâce notamment à l’intelligence artificielle.
© RECITAL
En bref
Frise chronologique
Chiffres clés
Bâtiments publics 200
Coût du projet sur 3 ans 2,2 M€
Dépenses énergétiques d’ici 2026 et moins 50 % à horizon 2030 -20 %
A retenir
Combinaison de travaux de rénovation et d’intelligence artificielle pour optimiser les dépenses énergétiques de 200 bâtiments publics à Noisy-le-Grand
L’intelligence artificielle croise données énergétiques, météo et urbanisme pour piloter la consommation en temps réel et guider les décisions de réno
Identification de 173 actions d’optimisation, générant -10 % de dépenses sans investissement majeur, et -10 % supplémentaires prévus pour 2,5 M€ sur 2
Montage du projet
- Coût total de l'opération : 2,2 M€
- Subvention France 2030 : 1,1 M€
Le projet RECITAL : une réponse concrète aux enjeux énergétiques et financiers de Noisy-le-Grand
RECITAL, acronyme de Réduction Énergétique à Court Terme, Immédiate et à Long Terme, est né d'un double impératif pour Noisy-le-Grand : maîtriser ses finances publiques et réduire son empreinte carbone. Pour y répondre, la ville s'appuie sur un levier d'action direct : ses 200 bâtiments publics, avec des objectifs d'économies clairs : -20 % de consommation énergétique d'ici 2026 , -50 % d'ici 2030.
Plutôt que de financer un programme de rénovation intégrale estimé à 80 millions d'euros, la ville opte pour une approche hybride à une trentaine de millions d'euros, combinant travaux ciblés et intelligence artificielle. Une décision ancrée dans la rentabilité globale du projet et dans une trajectoire alignée avec les objectifs de développement durable.
De l'appel à projets DIAT à la mise en œuvre : la construction du projet RECITAL
Une mise à l'agenda portée par l'expérience du terrain
Le projet RECITAL est mis à l'agenda par une équipe aux profils complémentaires : Philippe Sajhau, Directeur de la ville intelligente de l'innovation et de la donnée à Noisy-le-Grand, fort d'une expérience en efficacité énergétique et transition numérique (notamment chez IBM et au sein de la ville de Nogent-sur-Marne), et un DGA convaincu que les méthodes traditionnelles de gestion du patrimoine bâti ont atteint leurs limites.
Dès l'été 2022, la ville répond à l'appel à projets DIAT (Démonstrateurs d' IA frugale au service de la transition écologique des territoires), lancé par l'État dans le cadre du programme France 2030 et opéré par la Banque des Territoires. Neuf consortiums sont en lice. En août 2023, Noisy-le-Grand est désignée parmi les quatre lauréats en France, reconnaissance qui valide la cohérence de sa démarche.
Un dialogue compétitif pour choisir le bon consortium
En parallèle, la ville engage une procédure de dialogue compétitif et sécurisé dès 2023. Un prestataire est retenu à l'été parmi neuf candidats. Les critères de sélection placent l'éthique de la donnée et la frugalité algorithmique au même niveau que la performance technique. Une exigence alignée avec les fondamentaux du DIAT, garante de la cohérence environnementale du dispositif retenu.
Intelligence artificielle et données croisées : le moteur du projet RECITAL
Un pilotage énergétique en temps réel grâce à l'IA
Le projet s’appuie sur plusieurs types de données :
- celles collectées via les systèmes énergétiques existants (consommation, équipements, historique des maintenances) ;
- les open data (météo, urbanisme, topographie) ;
- celles des fournisseurs d’énergie.
L' intelligence artificielle analyse ces flux pour ajuster la consommation en temps réel, cartographier les gisements d'économies et orienter les priorités de rénovation. Un système de gestion énergétique centralisé agrège l'ensemble dans un tableau de bord opérationnel.
Une IA frugale, éthique et responsable
L’un des trois critères majeurs de la réponse à la consultation était celui de démontrer que la solution d’IA sera frugale, tant sur les moyens utilisés, que sur les données qui vont servir à l'entraînement ou à l’instanciation de la solution.
Chaque réponse de consortium a été évaluée sur sa capacité à limiter les ressources mobilisées pour l'entraînement et l'instanciation des modèles, ainsi que sur ses engagements concrets en matière d'IA éthique et responsable. Le résultat : une solution sobre techniquement, efficace opérationnellement, et cohérente avec les ambitions environnementales du projet.
Conduite du changement : impliquer les agents et sensibiliser les citoyens
Le projet RECITAL ne se limite pas à un déploiement technologique. La conduite du changement adresse deux publics : les agents municipaux et les citoyens.
Du côté des équipes, le principal frein tient à l'intégration des outils numériques dans les pratiques métier. Un accompagnement ciblé permet de lever cet écart et de rendre les solutions pleinement efficaces.
Du côté des citoyens, la démarche repose sur la pédagogie. Peu sensibles aux coûts énergétiques dans un premier temps, ils deviennent des relais naturels dès lors qu'on leur expose les impacts concrets sur les finances publiques locales. Des nudges et des ajustements pratiques sur l'usage des équipements complètent le dispositif pour ancrer les comportements sobres.
Premiers résultats et perspectives : vers les objectifs de développement durable
Des économies déjà tangibles sans investissement majeur
- 173 actions d'optimisation identifiées, générant -10 % de consommation énergétique sans budget additionnel ;
- 10 % d'économies supplémentaires atteignables avec un investissement de 2,5 millions d'euros sur les 22 premiers bâtiments ciblés.
Ces chiffres valident l'approche hybride adoptée, posant les bases d’une transition écologique progressive et financièrement maîtrisée.
Un modèle reproductible sur d’autres territoires
La méthodologie développée par Noisy-le-Grand repose sur trois piliers :
- un diagnostic systématique de la consommation des bâtiments ;
- des simulations thermiques pour prioriser les investissements ;
- une gestion centralisée des données dans un outil partagé.
Elle s'adapte à d'autres collectivités, sous réserve d'ajuster les caractéristiques locales des bâtiments et les données disponibles. Ce qui rend ce modèle véritablement transférable, c'est moins la solution technologique en elle-même que l'approche collaborative qui la sous-tend. Fédérer élus, prestataires et équipes municipales autour d'un objectif commun reste la condition du succès dans un projet d'optimisation énergétique territoriale.
Un financement maîtrisé pour une rentabilité globale optimisée
Le budget total du projet RECITAL s'établit à 2,2 millions d'euros, financé à parts égales entre une subvention de la Banque des Territoires dans le cadre du programme France 2030 et les fonds propres de la ville. Le consortium s'est engagé à respecter cette enveloppe, et aucun dépassement n'a été constaté à ce jour.
Le cadre du DIAT préconisait une approche où chaque acteur du consortium – start-up, grand groupe et ville – sollicitait directement la Banque des Territoires pour son propre financement. Noisy-le-Grand a fait le choix de centraliser l'ensemble du pilotage financier, évitant ainsi la multiplication des interlocuteurs et la fragmentation des flux. Une décision qui a simplifié la gouvernance, réduit la charge administrative et maintenu le projet dans ses délais et son enveloppe budgétaire.
Les premiers résultats du projet sont très encourageants : 173 actions d’optimisation ont déjà été identifiées, permettant de réduire de 10 % la consommation énergétique. Et ce, sans nécessiter d’investissement majeur.