Jean-Noël Escudié / P2C pour Localtis

Recul de la natalité : quelles conséquences pour les modes de garde ?

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Jeunesse, éducation et formation

En même temps que le lancement du recensement, le 17 janvier, l'Insee vient de publier le bilan démographique pour 2018 (voir notre article ci-dessous du 15 janvier 2019). Celui-ci montre une forte baisse de la natalité depuis quatre ans, qui ne manquera pas d'avoir un impact sur les modes de garde. Après avoir plafonné autour de deux enfants par femme en âge de procréer entre 2006 et 2014, l'indicateur conjoncturel de fécondité (somme des taux de fécondité par âge observés une année donnée) chute nettement depuis lors, pour atteindre 1,87 enfant en 2018, revenant ainsi à son niveau de 2002, avant le regain démographique des années 2000. La France reste néanmoins le pays de l'UE présentant la fécondité la plus élevée, avec la Suède et l'Irlande.

De façon logique, la natalité recule également, avec 758.000 naissances, soit 12.000 de moins qu’en 2017 (-1,5%). Ce nombre est également en baisse depuis quatre ans, même si celle-ci tend à ralentir : -20.000 naissances en 2015, -15.000 en 2016 et -14.000 en 2017. Plusieurs raisons expliquent ce recul : la croissance de l'âge moyen à la maternité (30,6 ans en 2018, contre 29,8 ans en 2008), mais aussi - avec le vieillissement de la population - la réduction relative du nombre des femmes de 15 à 50 ans (indice 100 en 1995, indice 97,3 en 2018). La baisse est plus prononcée encore pour les femmes de 20 à 40 ans (indice 100 en 1995 et 90,8 en 2018).

Des objectifs de création de places nettement plus modestes

En quatre ans (2015-2018), 62.000 naissances manquent ainsi à l'appel. Compte tenu de l'âge moyen d'entrée dans un mode de garde - et notamment en crèche -, l'impact d'une baisse de la natalité se fait sentir dès l'année suivante. Outre l'échec de la COG précédente de la Cnaf - avec son objectif non tenu de création de 275.000 modes de garde, dont 100.000 places en accueil collectif (voir notre article ci-dessous du 16 avril 2018) -, c'est peut-être ce mouvement de ralentissement sensible de la natalité qui explique l'objectif nettement plus modeste retenu pour la COG 2018-2022 (voir notre article ci-dessous du 21 septembre 2018). Celle-ci fixe en effet un objectif de création de 30.000 places en Eaje (établissements d'accueil du jeune enfant), dont "une part significative" dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Il reste néanmoins que le développement de l'offre de crèches ne vise pas seulement à accompagner les mouvements de la natalité. Il peut répondre aussi à des logiques de rééquilibrage territorial - l'un des objectifs majeurs de la COG 2018-2022 -, à des politiques de facilitation de l'accès des femmes au travail (notamment pour les familles monoparentales) ou encore à une volonté de désenclavement des quartiers. Enfin, si la baisse de la natalité se confirme, la pression pourrait également baisser au-delà des modes de garde de la petite enfance et s'étendre à l'école maternelle et primaire.

Haut de page