Congrès des maires - Relance : les intercommunalités veulent préparer l'après "quoi qu'il en coûte"

L'affaire "Electrosteel", ce fabriquant indien de tuyauterie de canalisation qui vient de recevoir une aide de 4 millions d'euros dans le cadre du plan de relance, s'est invitée au congrès des maires, lors d'une séquence sur "les communes et leur intercommunalité, leviers majeurs de la relance". Malgré cet incident, les élus estiment que la crise a permis une meilleure articulation entre les collectivités en matière économique. Mais il faut à présent transformer l'essai.

Échange tendu mercredi 17 novembre entre le maire de Nancy, Mathieu Klein, et la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, au sujet d’une subvention de 4 millions d’euros accordée à l’indien Electrosteel dans le cadre du plan de relance, au nez et à la barbe de son concurrent français Saint-Gobain PAM. La séquence s’est déroulée lors du Congrès des maires où l’on devait célébrer les relations nouvelles entre les différents échelons de collectivités nouées pendant la crise, au profit de l’économie locale. D’ailleurs tout avait plutôt bien commencé. "On a réussi tous ensemble, départements, régions, chambres consulaires, intercommunalités, à être réactifs, imaginatifs, flexibles. Ce qu’on a réussi à faire dans l’urgence, pourquoi ne pourrait-on pas le faire en période normale ?", avait posé Alain Chrétien, maire de Vesoul, président de la communauté d’agglomération et coprésident de la commission développement économique et commerce de l’Association des maires de France (AMF).
La crise a apporté "un regard complètement différent des acteurs économiques sur les institutions que nous sommes", a appuyé Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d’Albi et présidente du Grand Albigeois, quand Mathieu Klein a fait valoir que sur les questions de mobilité, d’énergie ou d’alimentation, "les habitants n’ont que faire de nos limites administratives". Le Grand Nancy et le Sillon lorrain travaillent à une "articulation sur laquelle interviennent le département, la région…".

"Il faut penser déjà le coup d’après"

Alors si cette crise a eu des vertus, il faut transformer l’essai. "Il faut qu’on trouve comment remplacer le quoi qu’il en coûte", a  insisté Alain Chrétien. "Il faut penser déjà le coup d’après", a renchéri le maire et président de la communauté d’agglomération de Laval, Florian Bercault, élu d’un département – la Mayenne – particulièrement touché par l’épidémie, qui avait servi de terrain d’expérimentation aux tests à grande échelle et au port du masque en extérieur à l’été 2020. Dès la rentrée suivante, la communauté d’agglomération avait instauré une "conférence de relance" avec les acteurs économiques, avec comme première priorité le soutien au commerce de proximité et la mise en place de "tickets commerçants" : 25 euros de bons d’achat dont 5 pris en charge par la collectivité. Ciblé sur les commerces de moins de 5 salariés, cet outil a généré 2 millions d’euros de recettes. Sur le même modèle, des "tickets culture" et des "tickets sport" ont été créés pour maintenir le lien entre les habitants et les associations.

Deux questions taraudent les élus pour le développement économique : l’accès au foncier - avec le "ZAN" (zéro artificialisation nette) qui pointe son nez - et les besoins de formation. Les sites clés en main, le fonds friches, les foncières de revitalisation de la Banque des Territoires : tous ces outils sont appréciés. "On ne peut plus construire une entreprise, une usine, de la même manière qu’il y a un an : il va falloir densifier davantage, construire des usines à étages", a insisté le maire de Laval. "Les terres agricoles transformées en zones d'activité économique, c’est fini. C’est une espèce en voie de disparition", a déclaré Alain Chrétien. Seulement "l’aménagement de friches industrielles coûte cinq fois plus cher que de transformer une terre agricole. Les terres pas chères, facilement accessibles, c’est fini (…) la concurrence entre les territoires est de plus en plus forte", a-t-il poursuivi, insistant sur la nécessité de pouvoir verser des subventions aux industriels qui "ne sont pas des aménageurs du territoire, ni des philanthropes"… Pour gérer ces fortes tensions entre aménagement et contraintes économiques, il propose une grande réunion entre l’AMF et les différents réseaux consulaires (CCI, CMA, chambres d’agriculture).

"Je veux stopper l’hypermétropolisation"

Virginie Carolo-Lutrot, maire de Port-Jérôme-sur-Seine et présidente de la communauté d’agglomération Caux Seine Agglo, semble avoir trouvé une solution : un "fonds de compensation agricole" financé par les industriels eux-mêmes pour porter des projets d’économie circulaire, des circuits courts. Selon elle, les élus ne sont pas là pour "vendre des mètres carrés" mais pour travailler à des stratégies de long terme. "On implante des entreprises nouvelles que si elles apportent une valeur ajoutée par rapport aux entreprises existantes", dans une logique d’interdépendance entre elles. L’objectif est de constituer un "écosystème", comme ce que fait Anvers, à la fois modèle et concurrente.

Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, a voulu rassurer les maires au sujet du ZAN. "Il faut un objectif de ZAN fixé au niveau régional, dans le Sraddet, mais il ne doit pas s’appliquer de manière uniforme ; des territoires doivent pouvoir se développer." "Je veux stopper l’hypermétropolisation", a-t-elle martelé, rappelant que l’AMF et Régions de France portaient un amendement pour reporter d’un an la déclinaison du ZAN dans les documents de planifications (Sraddet, Scot, PLU) afin de laisser plus de temps aux élus pour se coordonner (voir notre article du 15 novembre 2021). "Le bon binôme au niveau local c’est la région et l’intercommunalité, il permet d’avoir une opérationnalité et de pouvoir toucher l’ensemble des entreprises", a aussi affirmé Carole Delga. "Je veux couper la tête à l’idée que les régions sont trop grandes. C’est là que le pont avec les intercommunalités est indispensable pour pouvoir toucher les chefs d’entreprise." "Ce couple doit perdurer pour soutenir la reprise à travers la problématique de la main d’œuvre, de la formation, de l’orientation", a-t-elle également développé. "Il y a un an, les entreprises se posaient la question des carnets de commande à remplir. Aujourd’hui, c’est : comment je fais pour répondre à mon carnet de commande et aux embauches."

"Protéger au sens de la souveraineté économique"

Sans doute l’effet de la campagne électorale approchante : le ton consensuel du débat a subitement changé avec la venue de la ministre Agnès Pannier-Runacher. Mathieu Klein a d'emblée soulevé le sujet d’Electrosteel, évoquant un sentiment de "deux poids deux mesures" entre les faveurs obtenues par le fabriquant indien de tuyaux de canalisation et le sort réservé aux fleurons hexagonaux lorsqu’ils "s’aventurent à l’international". L’arrivée de ce concurrent menace directement Saint-Gobain PAM et son site de Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle, alors qu’il fallait le "protéger au sens de la souveraineté économique", a défendu l’élu. Aujourd’hui, la filiale d’Electrosteel basée à Arles importe des tuyaux fabriqués en Inde. Le projet de "relocalisation" financé dans le cadre de France Relance prévoit d’y installer une nouvelle usine pour les produire directement en France, a précisé la ministre. Sans cela, le projet serait parti "en Italie, en Suisse ou en Allemagne", a-t-elle argué. Une affaire qui tombe mal au moment où le gouvernement communique abondamment sur l’effet du plan de relance sur les relocalisations.
Carole Delga a pour sa part dénoncé la menace qui pèse sur les dotations aux collectivités au moment où elles doivent soutenir l’investissement. Mais elle s’est fait rattraper par la patrouille. Entre 2013 et 2017, le gouvernement auquel elle participait a raboté la DGF de 10 milliards d’euros "sans concertation", lui a aimablement rappelé Alain Chrétien.

 

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