Remboursement des protections périodiques réutilisables : une mesure attendue pour 6,7 millions de femmes dès la rentrée universitaire
Le gouvernement a annoncé le 16 avril 2026 la prise en charge des protections périodiques réutilisables pour les femmes de moins de 26 ans et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S). Votée dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024, la mesure, qui concernera 6,7 millions de personnes, sera effective dès la rentrée universitaire. Si associations et syndicats étudiants saluent une avancée réelle, certains pointent ses limites.
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C'est une mesure sociale longtemps attendue qui vient de franchir une étape décisive. La publication du décret d'application, annoncée jeudi 16 avril 2026 par les ministères de la Santé et de l'Égalité femmes-hommes, rend désormais opérationnelle une disposition adoptée fin 2023 dans le budget de la Sécurité sociale. À compter de la prochaine rentrée universitaire - en septembre ou octobre 2026 -, les protections périodiques réutilisables commercialisées en pharmacie, comme les culottes menstruelles et les coupes menstruelles, seront remboursées pour les femmes de moins de 26 ans et, sans condition d'âge, pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire.
Le gouvernement chiffre à 6,7 millions le nombre de personnes concernées par ce dispositif, qui poursuit trois objectifs explicitement formulés : lutter contre la précarité menstruelle, soutenir le pouvoir d'achat en allégeant une dépense contrainte et encourager le recours à des protections réutilisables, jugées plus durables et moins nocives pour la santé.
Un double régime de prise en charge
Le dispositif prévoit une modulation du remboursement selon le profil des bénéficiaires.
Pour les assurées de moins de 26 ans, l'assurance maladie prendra en charge 60% du coût des protections éligibles, le solde devant être couvert par les complémentaires santé.
Pour les femmes bénéficiaires de la C2S - le mécanisme de protection complémentaire destiné aux personnes aux revenus modestes -, la prise en charge sera intégrale, à hauteur de 100%.
Les produits concernés seront définis dans un cahier des charges qui sera publié à la suite de l'avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Le ministère de la Santé a indiqué que seuls les produits réutilisables commercialisés en pharmacie sont pour l'heure visés, excluant ainsi les protections jetables.
1 personne sur 5 manque régulièrement de protections périodiques
L'ampleur de la précarité menstruelle justifie, selon les pouvoirs publics, l'urgence de cette réponse. Selon une étude de l'Ifop, 2,9 millions de personnes manquent régulièrement de protections périodiques, soit près d'1 personne sur 5. Et les difficultés de l'accessibilité aux protections menstruelles ne sont pas sans conséquences. En effet, près de 16% des femmes déclarent avoir déjà manqué le travail ou un rendez-vous, faute de protection adaptée ; 130.000 élèves ont déjà été amenées à manquer les cours pour cette même raison ; et près de 40% de joueuses amateurs ont manqué un match à cause de leurs règles. 60% des familles monoparentales déclarent restreindre leurs achats de produits d'hygiène pour des raisons budgétaires, contre 43% de l'ensemble des Français. Parmi les personnes en situation de précarité hygiénique, 46% disent perdre confiance en elles et un tiers se replient sur la sphère domestique.
Une autre étude réalisée en novembre 2025 pour l'association Dons solidaires sur un échantillon de 4.002 adultes indiquait qu'1 femme sur 10 recourt à des alternatives improvisées - coton, vieux vêtements - faute de moyens financiers.
Des voix pour saluer, d'autres pour nuancer
L'annonce a été reçue positivement par les acteurs du secteur, tout en suscitant des réserves sur sa portée réelle. Manon Moret, secrétaire générale de l'Unef, a salué la mesure, rappelant que selon la dernière étude de l'organisation, l'écart de coût de la vie entre les personnes menstruées et non menstruées atteint près de 285 euros par an. À Osez le féminisme, la porte-parole, Gaëlle d'Albenas, se dit "très contente" tout en regrettant que la mise en œuvre ait "tardé".
Certains syndicats étudiants tempèrent cependant leur enthousiasme. Pour l'Union étudiante, si la mesure "va dans le bon sens", le remboursement partiel pour les moins de 26 ans ne suffira pas à "mettre un terme à la précarité menstruelle". La représentante Île-de-France de l'organisation, Lenna Guerrier, estime qu'il s'agit "juste d'un pansement", déplorant également la limite d'âge à 26 ans, qui exclut de facto les femmes plus âgées en situation de précarité, sauf si elles bénéficient de la C2S.
Levier potentiel pour la réindustrialisation en France
Du côté des fabricants, la mesure est perçue comme une opportunité à double titre. Marion Goilav, co-fondatrice de la marque Elia, y voit une "avancée incroyable" pour les femmes, mais aussi un levier potentiel pour la réindustrialisation en France, soulignant que "l'attente de traçabilité des produits" crée un terrain favorable au développement d'une filière nationale. L'association Règles élémentaires, active dans la lutte contre la précarité menstruelle, salue pour sa part une "très bonne nouvelle", tout en indiquant qu'elle restera attentive aux modalités concrètes d'application.
La mise en œuvre effective de la mesure dépendra désormais de la publication du cahier des charges par l'Anses et des conditions de prise en charge fixées aux complémentaires santé. Le calendrier de la rentrée universitaire laisse plusieurs mois pour finaliser ces paramètres techniques, avant que les premières bénéficiaires puissent effectivement présenter leurs achats au remboursement en pharmacie.