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Retour en classe après le 11 mai : les élus locaux se posent beaucoup de questions

Les présidents de l'Association des maires de France, de l'Assemblée des départements de France et de Régions de France ont évoqué ce 16 avril lors d'une audition sénatoriale tout ce que peut impliquer pour les collectivités un retour des élèves dans leurs établissements scolaires à partir du 11 mai. Certains maires, à l'instar de celui de Montpellier, disent d'ailleurs s'opposer à ce retour qu'ils jugent "déraisonnable". Tous les élus locaux comptent a minima à la fois sur un cadrage national et sur des groupes de travail territoriaux. Les échanges avec le ministre de l'Education ont en tout cas déjà commencé. Le Premier ministre présentera un "plan" d'ici moins de deux semaines.

"Après la concertation, il y aura le discours du Premier ministre, puis nous aurons deux semaines pour nous préparer. Il y aura une dimension expérimentale pendant ces deux semaines. Nous pourrons expérimenter, dans certains endroits, certaines approches. Et ce sera intéressant de le faire avec des collectivités volontaires. Ce qui est certain, c'est que l'objectif est d'arriver à accompagner nos élèves de la mi-mai jusqu'à la fin juin. Selon des modalités qui sont totalement inédites, que nous sommes en train d'inventer. Ce ne sera pas la classe comme avant (…). Sur le plan des bâtiments, la perspective c'est d'ouvrir [l'ensemble des établissements]. Sur la question des activités périscolaires, là encore ça se discute, mais à mes yeux il est souhaitable que nous puissions soulager l'école d'un certain nombre d'élèves pendant qu'il y a classe, précisément parce que nous allons faire des petits groupes. J'ai par exemple évoqué avec la ministre des Sports la possibilité d'avoir des activités sportives correspondant aux règles sanitaires pour les élèves, et ainsi la possibilité d'avoir moins d'élèves à la fois à l'école. En matière d'équipements, là aussi ça se discute avec les collectivités locales (…). Il y aura bien entendu, avant le 11, du nettoyage (…). Chacun des points fait l'objet d'une expertise, nous les discutons avec nos interlocuteurs et c'est cela qui fera l'objet du plan du Premier ministre."

Voilà ce qu'a déclaré Jean-Michel Blanquer mercredi 16 avril au Sénat lors des questions au gouvernement, face à des sénateurs l'interrogeant sur la perspective d'une réouverture des établissements scolaires à partir du 11 mai, tel qu'annoncée par Emmanuel Macron dans son allocution télévisée du 13 avril. Une réouverture qui, on le sait, a d'emblée suscité beaucoup de questionnements et de commentaires, y compris de la part des collectivités qui seront forcément impliquées dans l'organisation d'un retour à l'école. Ainsi, l'Association des maires de France (AMF) a dès le lendemain demandé à ce que soit établi "un protocole d'organisation harmonisé avec l'ensemble des communes" afin de garantir la sécurité des élèves et des personnels des écoles.

"Des remontées très fortes" des maires...

En tout cas, la concertation souhaitée a commencé puisqu'un échange a eu lieu le 15 avril entre le ministre de l'Education nationale et les représentants des élus locaux. "Nous avons échangé hier avec Jean-Michel Blanquer. Il est vrai que j'ai senti beaucoup d'incertitudes…", a témoigné ce 16 avril Dominique Bussereau, le président de l'Assemblée des départements de France (ADF).

Celui-ci était auditionné ce jeudi après-midi, aux côtés du président de l'AMF et de son homologue de Régions de France, par la délégation sénatoriale aux collectivités, sous la houlette de Jean-Marie Bockel. Cette "rentrée" scolaire du 11 mai a naturellement fait partie des nombreux sujets évoqués par les présidents des trois associations d'élus lors de cette "table-ronde" en visioconférence organisée sous l'intitulé "Les collectivités territoriales face à  l’épidémie de Covid-19" *.

Le sujet suscite "des remontées très fortes" des maires auprès de l'AMF, a fait savoir son président, François Baroin, évoquant les nombreuses questions pratiques qui se posent pour les élus locaux : quels horaires ? quid du périscolaire ? Oui, "il y a déjà des discussions avec l'Education nationale", a-t-il confirmé, insistant sur le terme "national" – autrement dit d'une compétence de l'Etat. Et pourtant, a-t-il rappelé, tant de briques du puzzle reposeront sur les collectivités : les Atsem, "l'avant et l'après" avec la gestion du flux des parents devant l'école, les repas, les pauses…

François Baroin a également fait savoir qu'une "motion" devrait vraisemblablement être présentée "à l'instigation du maire de Montpellier" afin de s'opposer à la réouverture des écoles le 11 mai.

... dont certains s'opposent

"Le risque est pour nous trop important. Comment faire avec les parents qui amènent les enfants à l'école ? Comment faire avec les enseignants ? Comment gérer la cuisine centrale ?", s'interroge en effet Philippe Saurel, maire et président de la métropole montpelliéraine. "On entend tout et son contraire de la part des autorités. Dans cette épidémie, une partie n'est pas connue et échappe à la connaissance scientifique. La priorité doit d'abord être donnée à la maîtrise de l'épidémie. La réouverture des crèches et des écoles est déraisonnable", a-t-il déclaré ce 16 avril à l'AFP, après une interview accordée la veille à la Gazette de Montpellier. "Je ne peux, légalement, pas décider de la fermeture des écoles comme des bureaux de vote", reconnaît Philippe Saurel, qui s'était déjà opposé à la tenue du premier tour des municipales. Mais "ces sujets ne me sont pas inconnus", ajoute-t-il, rappelant qu'il est chirurgien-dentiste, président du conseil de surveillance du CHU de Montpellier et titulaire d'un certificat de bactériologie. Il compte d'ailleurs également plaider pour une non-réouverture des écoles ce samedi lors de la réunion hebdomadaire en visioconférence de France urbaine.

Même tonalité, par exemple, à Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes, où la municipalité entend n'accueillir "aucun des enfants qui lui seraient confiés dans ses locaux tant que cela présentera un risque sanitaire pour eux comme pour les agents municipaux qui y travaillent", tel que l'a écrit le maire, Lionnel Lucas, dans un courrier adressé aux habitants. "En tout état de cause, il ne saurait être question de proposer une restauration collective, lieu de promiscuité par excellence", ajoute-t-il.

Pour des "task forces" départementales

Pour sa part, le président de l'AMF continue de préconiser a minima l'élaboration d'un "protocole". Ainsi que d'un "guide de bonnes pratiques". Plusieurs sénateurs l'avaient interrogé là-dessus. "Peut-on envisager, en tout cas pour les maires, un guide pour les éclairer et les rassurer ?", s'était ainsi demandé Mathieu Darnaud (Ardèche). "Un protocole national aiderait les collectivités à se dépatouiller", avait abondé Françoise Gatel (Ille-et-Vilaine). La sénatrice a d'ailleurs indiqué avoir demandé au préfet de son département la mise en place d'une "task force départementale" avec, notamment, le Dasen, ainsi qu'une importante "communication auprès des familles".

Dominique Bussereau adhère largement à cette idée de "task forces" départementales. Il a pour sa part proposé à Jean-Michel Blanquer la constitution d'un "groupe de travail" auquel participeraient plusieurs DGS de départements afin d'aboutir à une "charte" sur la réouverture des collèges. En relevant que la partie transports scolaires devra être étudiée avec les régions.

Du côté de Régions de France justement, la tonalité est la même. Oui il faut que des "groupes de travail" préparent tout cela. Et se posent toutes les questions. Cantine, transports scolaires… Mais aussi voire surtout : "Est-ce que cela se fera avec des masques ? Et des blouses ?", illustre Renaud Muselier. Et le président de la région Paca de mettre en exergue l'enjeu spécifique des lycées professionnels, là où les problèmes de décrochage pendant le confinement est le plus prégnant. "Il faudra commencer par ceux-là", a-t-il jugé.
 

*. Parmi les autres sujets abordés lors de cette réunion : l'étape du déconfinement, les commandes de masques, les tests, les municipales, les finances locales, les relations avec l'Etat (préfets, ARS…), le soutien à l'économie, le médicosocial, ce que donne à voir la crise en termes de décentralisation et de répartition des compétences… Localtis y reviendra dans sa prochaine édition.

 

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