Santé sexuelle : la nouvelle feuille de route d'ici 2030 finalement dévoilée
De l'avortement à la lutte contre le sida, le ministère de la Santé a dévoilé ce lundi 7 septembre sa troisième feuille de route pour la stratégie nationale de santé sexuelle d'ici 2030, attendue de longue date par les acteurs du secteur.
© Nicolas DUPREY- CD 78 CC BY-NC-ND 2.0
"Prévenir plus tôt et mieux", favoriser un accès aux soins "plus simple, plus lisible et plus équitable", accélérer la lutte contre le VIH, les IST et les hépatites virales, garantir l'accès à la contraception et à l'IVG, lutter contre les inégalités figurent dans les priorités, résume la direction générale de la santé dans un communiqué. Ambition affichée : "garantir à toutes et tous un accès effectif à la santé sexuelle tout au long de la vie".
Depuis 2017, il y a eu plusieurs avancées, souligne le ministère : premier programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), inscription dans la Constitution de la liberté de recourir à l'IVG, accès au dépistage du VIH et des IST sans ordonnance et pris en charge intégralement pour les moins de 26 ans...
"Des défis persistent toutefois", reconnaît-il : "des inégalités sociales et territoriales, les évolutions des pratiques, les transformations liées au numérique".
Attendue depuis plus de six mois, la feuille de route pour la santé sexuelle fait des jeunes l'une des cibles prioritaires, avec notamment la poursuite du déploiement du programme Evars et une accentuation de la lutte contre la désinformation.
Dans ses nouveautés, la feuille de route, qui prévoit 22 actions, intègre un volet sur le "chemsex" - consommation de produits psychoactifs en contexte sexuel -, à l'interface de la santé sexuelle, de l'addictologie et de la santé mentale.
Côté contraception et IVG, l'objectif est de rendre les parcours plus lisibles et fluides, selon le ministère.
La France maintient aussi l'objectif d'éliminer la transmission du VIH à l'horizon 2030, en combinant le dépistage, la prévention, la prophylaxie pré-exposition (PrEP), et en élargissant la palette de professionnels pouvant prescrire un traitement post-exposition (TPE). Le ministère promet globalement "une attention renforcée aux publics les plus exposés" : jeunes, personnes en situation de précarité, de handicap, LGBT+, migrantes, prostituées.
La feuille de route prévoit entre autres le développement de centres de santé et de médiation en santé sexuelle, destinés notamment aux populations particulièrement exposées au VIH ou éloignées du système de soins.
"La déclinaison territoriale de l'ensemble de ces actions sera essentielle à leur réussite. Chaque territoire devra adapter les orientations nationales aux besoins spécifiques de ses populations et au tissu des actrices et acteurs de proximité. Les comités de coordination régionale de la santé sexuelle (CoReSS), issus de l'élargissement des missions des CoReVIH, joueront un rôle majeur dans cette mise en œuvre : animation régionale, coordination des actrices et acteurs institutionnels, associatifs et communautaires, adaptation des actions aux contextes locaux", écrivent les deux co-présidents du comité de pilotage de la feuille de route. Lesquels souhaitent notamment "une meilleure lisibilité de l'offre proposée, notamment dans les CeGIDD et les centres de santé sexuelle" (CCS, ex-centres de planification).
La stratégie, souligne le ministère, mobilisera "les secteurs de la santé, de l’éducation, de la cohésion sociale, de la jeunesse et de la justice, ainsi que les acteurs associatifs et les collectivités territoriales".
Les 22 actions
Axe 1 - Promotion de la santé sexuelle, information et formation
- Promouvoir la santé sexuelle auprès des jeunes
- Faire évoluer la formation et les compétences professionnelles des acteurs en santé sexuelle
- Lutter contre la désinformation en santé sexuelle
- Améliorer l'accessibilité universelle des outils de prévention et en santé sexuelle
- Promouvoir la santé sexuelle en ESSMS
Axe 2 - Amélioration des parcours, du dépistage, de la prévention biomédicale et de la prise en charge
- Améliorer les stratégies de dépistage VIH, IST, hépatites virales et déployer des stratégies innovantes
- Évaluer et optimiser le dispositif "Mon test IST"
- Améliorer l’accès à L’IVG
- Améliorer l’accès à la contraception
- Accompagner le déploiement de la PrEP à longue durée d’action et améliorer l’accès au traitement post exposition au VIH
- Renforcer et améliorer l’offre en santé sexuelle, ainsi que sa lisibilité au niveau national
- Élargir la consultation longue de santé sexuelle aux personnes de plus de 26 ans
- Améliorer le continuum de prise en soins des hépatites virales
- Optimiser le parcours des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et accompagner le vieillissement
- Améliorer l’accès à la prévention et aux soins des personnes trans
- Renforcer la prévention, la recherche et la visibilité de la santé sexuelle des femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes (FSF) et des femmes bisexuelles
Axe 3 - "Chemsex" - une réponse politique attendue
- Renforcer la communication, la prévention et la réduction des risques dans le contexte du "chemsex" et renforcer les compétences professionnelles
- Structurer des parcours de soins protégés, pluridisciplinaires et intégrés pour les personnes concernées par le "chemsex "
Axe 4 - Amélioration des connaissances pour l’action publique en santé sexuelle
- Structurer la recherche en santé sexuelle
- Mettre en place un cadre d’évaluation des politiques publiques en santé sexuelle
Axe 5 - Territoires ultramarins
- Renforcer l’intégration régionale des territoires ultramarins
- Soutenir les territoires ultramarins dans la déclinaison d’actions spécifiques adaptées à leurs enjeux en santé sexuelle