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Scolarité en milieu rural : la différenciation pour tracer un chemin d'avenir ?

Un colloque consacré à la différenciation territoriale scolaire a mis en exergue les difficultés de la jeunesse rurale à se réaliser pleinement. La réforme de l'éducation prioritaire mais aussi le futur projet de loi 3D pourraient permettre de construire des politiques spécifiques.

Lorsque l’on demande aux jeunes de 17 à 23 ans s’ils ont fait ou s’ils vont faire des études supérieures ambitieuses, on observe un écart de 20 points entre les jeunes des villes de moins de 20.000 habitants et ceux de l’agglomération parisienne. Ce constat dressé par Salomé Berlioux, présidente et fondatrice de l’association Chemins d’avenirs qui accompagne des jeunes issus de territoires ruraux dans leur orientation, résume à lui seul ce qui a conduit le député de Lot-et-Garonne Alexandre Freschi à organiser le 13 février dernier à l'Assemblée national un colloque intitulé "Différenciation territoriale scolaire, un levier d'émancipation pour la jeunesse rurale ?".

Nombreuses embûches

Au cours des échanges, un constat sans appel a été dressé :  1,6 million de jeunes âgés de 15 à 29 ans vivent aujourd'hui en zone rurale et, malgré leur fort potentiel, ils font face à d’importants défis pour se réaliser pleinement. Selon l'étude "Jeunes des villes, jeunes des champs : la lutte des classes n’est pas finie", réalisée par Salomé Berlioux, Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier auprès d'un panel d’individus âgés de 17 à 23 ans, 32% des jeunes en zones rurales n’ont jamais pratiqué d’activité extrascolaire pendant leur scolarité (contre 20% en région parisienne) et 42% de ces mêmes jeunes ruraux ont le sentiment de ne pas avoir assez d’informations pour s’orienter (contre 32% en région parisienne).
De façon plus précise, Salomé Berlioux relève les obstacles, d'ordre psychologique ou matériel, qui se dressent sur le chemin de la jeunesse rurale : autocensure, absence de modèles inspirants, absence de réseaux professionnels, problèmes de mobilité, difficultés financières, fracture digitale, etc. Pour cette jeune femme de 30 ans qui a grandi dans un hameau de l'Allier, "les jeunes font face à des injonctions contradictoires. D’une part, on attendra d’eux qu’ils se saisissent de toutes les opportunités que leur offrirait le XXI° siècle, études supérieures, départ à l’étranger, etc. D’autre part, il leur est implicitement demandé de rester sur leur territoire pour le 'redynamiser', chose que l’on n’attendra jamais d’un Parisien". Selon elle, "ce qu’il faut viser pour ces jeunes, c’est la réalisation de soi. Il faut leur donner les moyens de s’orienter vers un avenir qu’ils auront choisi, en parfaite connaissance de cause". 

Volontarisme politique

Intervenant en introduction des débats, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, avait reconnu que "les défis que rencontre le milieu rural appellent un volontarisme politique et sociétal fort". Pour lui, si "l’école rurale est efficace, ce n’est pas le cas du collège et on constate d’importantes inégalités entre élèves ruraux et citadins". D'où, sans doute, sa volonté affichée de mettre en œuvre les préconisations du rapport "Territoires et réussite" qui lui a été remis en novembre 2019 et qui prône une refonte de la carte de l'éducation prioritaire, notamment pour mieux prendre en compte la ruralité.
Co-auteur de ce rapport avec Ariane Azéma, Pierre Mathiot était présent au colloque Éducation et ruralités. Pour défendre l'idée de souplesse dans les politiques éducatives, il a rappelé que sept jeunes sur dix issus de milieux modestes ne bénéficiaient pas des politiques de l’éducation prioritaire et que les dispositifs propres à l’éducation prioritaire, déterminés à l’échelle nationale, étaient parfois complexes à adapter aux territoires. Pour le directeur de l’Institut d’études politiques de Lille, il serait utile de travailler les mécanismes de transition entre le collège, le lycée et l’université, mais aussi de remettre en cause la dichotomie souvent posée entre monde rural et monde urbain : "Nous avons des ruralités plurielles, Fontainebleau et Duras ne sont pas confrontés aux mêmes défis, et des urbanités diverses, Roubaix et Paris ne font pas face aux mêmes enjeux."

Politiques spécifiques

Différencier donc, mais comment ? Marie-Blanche Mauhourat, inspectrice générale de l’Éducation, a évoqué la mise en œuvre, au sein du ministère de l'Éducation, de travaux sur la typologie des ruralités scolaires pour mieux prendre en compte les spécificités de chaque type de ruralités et l'existence de l’indice d’éloignement des collèges, propre à élaborer des politiques pertinentes.
Invitée à clore les débats, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, a rappelé que "nos ruralités appellent des politiques spécifiques" et que le futur projet de loi 3D devrait apporter des solutions en matière de différenciation. Pour nourrir ce texte, le gouvernement pourra s'inspirer du rapport, attendu prochainement, sur l’orientation et l’égalité des chances des jeunes de la France périphérique que Jean-Michel Blanquer a commandé à Salomé Berlioux.

 

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