S’engager en faveur de la transition alimentaire : à la rencontre de la Ceinture Verte et de Yana Wassaï

[MOIS DE L'ESS] Enjeu d’actualité, la transition alimentaire est un concept transversal, aussi bien économique, social, qu’environnemental. L’ambition est multiple : limiter les impacts négatifs de nos modes d’alimentation et favoriser les circuits-courts, redonner plus d’autonomie alimentaire à notre pays et encourager une production respectueuse de l’environnement tout en préservant la biodiversité. Engagée pour des territoires plus inclusifs et durables, la Banque des Territoires soutient des projets visant à accélérer la transition vers une alimentation durable, saine et accessible à tous. Retour sur deux d’entre eux : la Ceinture Verte et Yana Wassaï.  

La Ceinture Verte est une association qui œuvre au développement de filières agricoles bio, locales et équitables. Pour en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre de son directeur général, Ivan Collombet.



Directeur général


 

  • Comment est née la Ceinture Verte ?

Avant la création de la Ceinture Verte j’étais déjà impliqué, aux côtés de Pierre Pezziardi (co-fondateur de la Ceinture Verte), sur les thématiques sociales. Je m’occupais d’un programme d’appui à la modernisation du service public, un incubateur au sein de l‘Etat dénommé Beta Gouv. L’ambition était de faire émerger des projets à fort impact conçus pour les services publics. En début d’année 2019, nous nous sommes plus particulièrement penchés sur des sujets de transition agroécologique. C’est de là qu’est née l’idée de la Ceinture Verte. Notre ambition était de favoriser l’installation en maraîchage biologique diversifié.

Maraîchage diversifié :
quésaco ?

Il s’agit de petites exploitations (2 hectares en moyenne) dans lesquelles sont cultivées la gamme complète de légumes, c’est-à-dire entre 30 et 70 légumes.

  • Pouvez-vous nous présenter la Ceinture Verte en quelques mots ?

Aujourd’hui l’installation agricole est un vrai parcours du combattant, notamment pour les personnes qui ne sont pas issues initialement de ce milieu alors même qu’elles représentent une bonne partie des porteurs de projets.

Notre mission est donc de les aider à s’installer dans de bonnes conditions. Le constat partagé aujourd’hui par tous les acteurs du milieu est sans appel : il y a un vrai défi aussi bien pour l’installation (trouver du foncier, obtenir des emprunts bancaires, compenser un faible investissement de départ, etc.) que pour la gestion des exploitations. C’est à ce double défi que la Ceinture Verte propose une solution.

Faciliter l'installation en maraîchage bio autour des agglomérations.

La Ceinture Verte

Le saviez-vous ?

 

Environ 2500 personnes se forment chaque année au brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BP REA). Moins de la moitié des personnes formées réussissent à s’installer.

Et pour ceux qui se lancent, c’est de nouveau moins de la moitié qui continue son activité après 5 ans. Le taux d’échec est assez important. Il y a une véritable volonté de consommer mieux, de « retour à la terre » mais finalement cette volonté se heurte à la réalité : la difficulté de lancer une exploitation agricole.

  • Concrètement comment aidez-vous les maraîchers ?

Nous avons mis en place des sociétés coopératives d’intérêt collectif qui vont acheter du foncier et aménager des sites (mettre des serres, organiser l’accès à l’eau, construire les bâtiments d’exploitation). Nous fournissons ainsi des terrains équipés aux maraîchers qui bénéficient également d’un accompagnement technique en contrepartie d’une cotisation. Les maraîchers, indépendants, intègrent un collectif : ils deviennent membres des sociétés coopératives d'intérêt collectif de la Ceinture Verte et participent ainsi à leur gouvernance.

Avec cette solution, la Ceinture Verte permet de lever les principaux freins à l’installation et lutte contre l’isolement des maraîchers. Ils ne sont plus seuls face à la gestion de leur exploitation (production, ventes et gestion des moyens humains et financiers).

Et les chiffres ?

Pour relocaliser 10% de la consommation de légumes frais autour d’une ville comme Pau ou Valence, ce sont 50 à 100 fermes maraîchères de 2 hectares qu’il faut créer.

  • Quel regard portez-vous sur l’accompagnement de la Banque des Territoires ?

La Banque des Territoires nous a accompagné dans la création de notre seconde coopérative à Valence-Romans (la Ceinture Verte Drôme). Avec un prêt de 240 000 € sur une période de 10 ans, elle s’est engagée à nos côtés pour relever le défi du renouvellement des générations agricoles et accélérer la relocalisation alimentaire. Initialement le projet de coopérative dans la Drôme s’inscrivait dans le programme « Territoires d’innovation » porté par la Banque des Territoires et le Secrétariat général pour l’investissement.

Notre partenariat s’inscrit dans une ambition partagée d’aller vers une agriculture durable et de favoriser la transition alimentaire et les circuits-courts de proximité. 

Ivan Collombet, directeur général de la Ceinture Verte

Au-delà de l’antenne locale, nous avons été soutenus pour déployer ce modèle de coopérative à une échelle nationale afin de donner plus d’ampleur aux réussites territoriales et ainsi favoriser l’essaimage des projets sur les territoires. C’est dans cette optique qu’a été créée la Ceinture Verte au niveau national. L’ambition : favoriser l’unité de groupes entre les différentes coopératives.

  • Et demain ? Des ambitions ?

Aujourd’hui nous avons 3 coopératives en place à Pau, Valence et Limoges et aussi une association de préfiguration au Havre depuis peu.

Notre objectif est d’avoir de l’impact sur les territoires et pour cela il faut que les maraîchers s’y retrouvent. Les premiers chiffres sont plutôt positifs pour le moment.

Notre action s’articule autour de 2 axes :

  1. Installation : faire en sorte que cela marche mieux pour les maraîchers déjà installés
  2. Appui aux territoires : accompagner les territoires qui le souhaitent pour mettre en œuvre et adapter le dispositif à leurs spécificités

 

La Banque des Territoires soutient des projets qui concilient efficacité économique et impact social. Elle a ainsi investi 585 000 € dans Yana Wassaï, entreprise de transformation agroalimentaire et de valorisation de produits agricoles en Guyane. Rencontre avec Dave Drelin, président fondateur de Yana Wassaï et Ismaël Ouanes, chargé de développement territorial de la direction régionale Antilles-Guyane de la Banque des Territoires.

 

Président fondateur


 

 

Chargé de développement territorial, direction régionale Antilles-Guyane 


 

  • Comment est née Yana Wassaï ?

Dave Drelin :  Yana Wassaï est une entreprise spécialisée dans la transformation et la conservation de fruits, notamment le wassaï. C’est en échangeant sur les potentialités du marché avec mon père et un ami associé que l’idée est née il y a 6 ans de mettre en place et de structurer la filière du wassaï en Guyane.

Produit traditionnel, le wassaï est consommé quotidiennement par les guyanais mais avant la création de Yana Wassaï il n’existait pas de filière structurée autour de sa production, sa transformation et sa commercialisation. Pour structurer la filière, nous avons donc fédéré des agriculteurs locaux regroupés au sein de la coopérative Bio Savane avec laquelle nous avons établi un partenariat. Nous avons également bénéficié du soutien et de l’accompagnement de la Banque des Territoires.

Aujourd’hui nous sommes plusieurs associés guyanais et les embauches s’effectuent au niveau local. Nous regroupons des agriculteurs professionnels mais pas seulement. Nous fédérons avant tout des personnes qui se sentent concernées par le projet.

Le saviez-vous ?

 

Le wassaï est connu pour ses propriétés antioxydantes et énergisantes. Il aiderait à lutter contre certains cancers et, du fait de ses propriétés, on le présente comme un « superfruit » riche en nutriments.

  • Pouvez-vous nous présenter Yana Wassaï en quelques mots ?

Dave Drelin : avec Yana Wassaï nous proposons des fruits issus d’une production 100% amazonienne à destination des marchés de l’agroalimentaire, de la cosmétique et de la nutraceutique (compléments alimentaires). Nous nous positionnons comme un acteur majeur de la transformation agroalimentaire et de la valorisation de produits agricoles en Guyane. Notre philosophie s’incarne dans le respect environnemental et la promotion de la biodiversité locale.

Ismaël Ouanes : le projet de Yana Wassaï est une grande première en Guyane. Aujourd’hui en Guyane, et c’est une spécificité du territoire, il y a peu de coordination et de regroupement entre les différents acteurs. La force de Yana Wassaï c’est justement de fédérer les acteurs. Nous avons dès lors soutenu ce projet et notre investissement a permis la construction et désormais l’exploitation d’une usine de transformation. Nous souhaitons ainsi contribuer aux côtés du porteur de projet à la structuration de la filière guyanaise et soutenir une transition alimentaire durable, favorisant des circuits-courts, bénéfique à l’emploi et au développement économique local.

Dave Drelin :  Il y a déjà eu en Guyane des tentatives de projets de structuration mais qui n’ont pas abouties par manque de coordination. Beaucoup de produits agricoles sont travaillés de façon artisanale alors qu’il y a un patrimoine exceptionnellement riche avec un vrai potentiel de professionnalisation. Notre défi était donc de valoriser cette filière et mettre ainsi en avant un produit endémique guyanais.

Zoom sur l'usine

  • Surface totale de 2 000 m²
  • Localisation : Montsinéry-Tonnegrande, commune rurale de la Communauté d’agglomération du Centre Littoral (CACL) située à une vingtaine de kilomètres de Cayenne.
  • Utilisation de matériaux respectueux de l’environnement :  systèmes de récupération de la chaleur émise par les groupes frigorifiques, éclairages solaires ou à faible consommation d’énergie.
  • Production : labélisée bio et commerce équitable, destinée en partie à une consommation locale (restaurations collectives, industriels, restaurants, etc.)
  • Emploi : création de plus de 200 emplois pour assurer la production, la recherche et le développement ou encore la logistique.
  • Quel regard portez-vous sur l’accompagnement de la Banque des Territoires ?

Dave Drelin : Au départ je cherchais un partenaire financier et finalement, et c'est ce qui m’a agréablement surpris, j’ai pu bénéficier d’un accompagnement plus poussé, pas seulement sur l’aspect financier. La Banque des Territoires c’est avant tout un partenaire. Au-delà du financier, elle nous a proposé son expertise. Une expertise qui nous a aidé à débloquer certaines situations et à faire avancer efficacement le projet. En somme, la Banque des Territoires a été un véritable facilitateur.

L’accompagnement de la Banque des Territoires est vraiment adapté aux spécificités du territoire. Cet accompagnement nous a permis de faire éclore le projet plus vite.

Dave Drelin
  • Comment et pourquoi la Banque des Territoires a-t-elle participé au développement de Yana Wassaï ?

Ismaël Ouanes : Notre investissement a permis la mise en place de l’usine de transformation agro-alimentaire.  C’est naturellement que nous nous sommes engagés aux côtés de Yana Wassaï dans une logique de développement du territoire, plus inclusif et plus durable. Nous avons su proposer une offre souple et flexible, adaptée au territoire et, en tant que tiers de confiance, nous avons pu rassurer les partenaires financeurs pour conforter leurs accords. Cette relation de confiance a été un véritable atout pour faciliter l’avancée du projet.

La transition écologique et énergétique des territoires est une priorité pour la Banque des Territoires.

Ismaël Ouanes
  • Et demain ? Des ambitions sur cette thématique ?

Dave Drelin : Nous souhaiterions que le projet puisse être source d’inspiration et amener à d’autres initiatives sur le territoire. Yana Wassaï, c’est une première, cela concerne le wassai mais nous allons aussi structurer d’autres filières annexes. L’ambition est « de faire tourner » l’usine toute l’année, il y a donc d’autres fruits qui vont être produits.

Ismaël Ouanes : La Guyane présente des opportunités immenses qui restent encore à développer. Nous souhaiterions accompagner d’autres projets de ce type. Cette thématique est en effet un véritable enjeu sur le territoire d’autant plus que la Guyane n’est pas auto-suffisante alimentairement parlant. Ce type de projet dynamise tout le secteur local. C’est un projet « inspirant » et porteur d’opportunités.


 

Pour un système alimentaire plus durable et résilient

La crise sanitaire a été source de prises de conscience quant à nos modes de consommation et de production. Entre autonomie alimentaire, impacts du changement climatique, préservation des ressources, plus juste rémunération des agriculteurs, il est essentiel de trouver des solutions durables et adaptées.

La Banque des Territoires a ainsi lancé un appel à manifestation d’intérêt doté d’une enveloppe de 23 millions d’euros pour les trois prochaines années.