Un climat de campagne "compliqué", une suite qui l'est parfois également

Le ministre de l'Intérieur a fait état d'une campagne électorale parfois "très dure", recensant "plus de 120 faits judiciarisés" jusqu'ici. Dans certaines villes, le climat de l'après-campagne se fait tout aussi agité. 

"L'organisation matérielle des élections [municipales] s'est bien passée. Le climat a parfois été un peu compliqué", a résumé, ce 25 mars, le ministre de l'Intérieur au sortir du Conseil des ministres. Répondant peu après, lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée, au député Nicolas Tryzna (DR, Val-de-Marne), qui évoquait le cas de candidats placés sous protection policière "à Gentilly, à Colombes, à Creil tant les menaces pesant sur eux étaient graves", Laurent Nuñez s'est fait plus précis : "La campagne a parfois été très dure, très difficile, et nous enregistrons au ministère de l'Intérieur à date plus de 120 faits judiciarisés dans le cadre de cette campagne. C'est beaucoup plus que les autres années." 

Des élus menacés

Un climat délétère qui a parfois également entouré la proclamation des résultats, comme le relevait aussi Nicolas Tryzna : "Des scènes de tension et des désordres ont éclaté à Vaulx-en-Velin, au Blanc-Mesnil, à Roubaix, à Saint-Denis, à Mantes-la-Jolie. Pire, des membres de leur famille [des maires sortants] ont été hués, insultés, molestés, par des militants et ont été contraints de quitter les lieux sous protection policière." "Je les condamne fermement. L'ensemble du gouvernement les condamne très fermement, c'est absolument inacceptable", lui a répondu Laurent Nuñez. 

Un ministre qui a par ailleurs précisé qu'il serait "extrêmement attentif", en sa qualité de "patron des préfets qui exercent le contrôle de légalité, aux décisions qui pourront être prises par un certain nombre de municipalités dont les maires ont pu tenir des propos qui ont pu légitimement choquer" […], "sur l'application un peu curieuse qu'ils allaient faire des lois de la République […]. On a entendu un maire s'en prendre très directement aux agents territoriaux aux agents municipaux au mépris de l'application même du statut de la fonction publique territoriale […]. Les propos qui ont pu être tenus sur des agents municipaux qui auraient vocation à prendre la porte parce qu’ils n’ont pas partagé telle ou telle option, sont évidemment tout à fait inappropriés et seront scrutés avec la plus grande attention", a-t-il prévenu. 

Les agents menacés ?

Laurent Nuñez visait ici le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko qui, lors du conseil municipal d'installation de la nouvelle équipe, le 21 mars, a indiqué aux agents communaux "qui vont tenter de remettre un programme qui a été battu dans les urnes" qu'il n'aura "pas d'autres solutions que […] de [s']en séparer, bien sûr avec le cadre légal qui s'impose". Ce qui vient de valoir à l'élu l'envoi d'un courrier, rendu public, par le ministre de la Fonction publique, David Amiel, dans lequel ce dernier indique qu'"aucune autorité municipale ne peut légalement laisser entendre que la situation d'agents communaux, leur affectation ou leur maintien en fonctions pourraient dépendre de leur adhésion, réelle ou supposée, aux orientations politiques de l'exécutif municipal". Il y rappelle encore que toute décision "d'écarter un agent pour des motifs politiques serait entachée d'illégalité et pourrait être suspendue ou annulée par le juge administratif".

Vote avec les pieds ?

Reste que les agents pourraient aussi partir d'eux-mêmes. C'est ce que préconise ainsi le syndicat de défense des policiers municipaux qui, dans un communiqué du 23 mars, "appelle en toute responsabilité les policiers municipaux à faire tout leur possible pour quitter les [villes remportées par LFI]", motif pris en l'espèce des "déclarations répétées de LFI, particulièrement hostiles aux forces de l'ordre en général, et aux policiers municipaux en particulier". En juillet dernier, la présidente du groupe LFI-NFP à l'Assemblée, Mathilde Panot, avait indiqué que son parti était favorable à la dissolution des polices municipales pour les "réintégrer dans la police nationale", et à tout le moins hostile à leur armement. Or l'on sait que ce dernier constitue un des éléments susceptibles d'attirer les agents de police municipale, que les villes peinent par ailleurs à recruter. Sur France 2, ce 24 mars, Bally Bagayoko a toutefois indiqué vouloir "entrer dans un processus de désarmement, mais c'est pas l'urgence. Quand je parle de désarmement, c'est d'abord les LBD (lanceurs de balles de défense) […]. Les armes à feu, pour l'instant, nous les gardons […]. Nous allons piano piano". 

L'AFP rapporte que "90 demandes de mutations" auraient déjà été faites au sein du service de police municipale de la ville. Ce qui paraît peu probable matériellement, puisque la mutation suppose d'avoir déjà obtenu l'accord de la commune d'accueil. Mais vu les tensions sur le métier, il n'est pas douteux que les villes candidates ne tarderont guère à se manifester. Ce qu'a déjà fait le nouveau maire de Nice : "La police municipale de Nice a besoin de renforts. Nous serons fiers d’accueillir les agents de Saint-Denis […]", a-t-il déclaré sur X.

 

 

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis