Un nouveau brevet national pour relancer les vocations en faveur des métiers d'art
Un décret porte création du brevet national des métiers d'art afin de renforcer l'attractivité de cette filière touchée par le vieillissement de ses professionnels. Cette réforme de la formation prend place dans un plan plus vaste où les régions, à travers les campus des métiers et des qualifications d'excellence, jouent un rôle actif.
© Patrick ALLARD-REA/ campus des métiers du cuir et du textile en Nouvelle-Aquitaine
C'est un texte qui pourrait bouleverser le monde discret des métiers d'art. Au Journal officiel du 14 février 2026 paraissait un décret portant création du brevet national des métiers d'art (BNMA). Son but ? Répondre aux besoins de recrutements de la filière et renforcer son attractivité auprès des jeunes. Car si l'artisanat d'art incarne un savoir-faire français d'exception, ses 60.000 entreprises doivent aujourd'hui faire face à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée alors même que sa croissance est soutenue. En cause : une pyramide des âges vieillissante qui entraîne le départ à la retraite de nombreux professionnels.
Avec la création du BNMA, le ministère de l'Éducation nationale entend diversifier les voies d'accès aux métiers d'art. Dès la rentrée 2026, deux parcours seront possibles pour les élèves. D'une part, le parcours actuel, qui vise d'abord l'obtention d'un CAP en deux ans, suivi de deux années de formation en BNMA. D'autre part, un nouveau "parcours intégré" par le biais d'un cycle de trois ans préparant directement au BNMA dès la sortie de la classe de troisième. Sa mise en œuvre sera progressive afin, selon un communiqué du ministère, de "garantir la qualité des formations proposées". Le BNMA pourra être préparé par la voie scolaire, par l'apprentissage ou par la formation professionnelle continue. Il permettra en outre une poursuite d'études dans l'enseignement supérieur, au même titre que le baccalauréat professionnel.
Inquiétudes sur le temps d'enseignement
De plus, selon une réponse ministérielle à une série de questions parlementaires récentes portant sur la création du BNMA – notamment celle de Jérôme Darras, sénateur du Pas-de-Calais, et celle d'Hervé Maurey, sénateur de l'Eure –, les titulaires du BNMA pourront parachever leur formation par un certificat de spécialisation d'un an, notamment en apprentissage. Contrairement aux craintes exprimées par les parlementaires – qui estiment que la réforme va se traduire par une réduction importante des volumes horaires d'enseignement en remplaçant le cursus CAP+BEP actuel en quatre ans par un cursus en trois ans, faisant porter la charge de l'apprentissage sur des entreprises "qui n'ont ni les moyens ni le temps de combler les lacunes de la formation initiale" –, le ministère de l'Éducation nationale juge que "ce parcours, structuré sur quatre années autour d'un BNMA et d'un certificat de spécialisation, permet donc aux jeunes de bénéficier d'un renforcement de leur formation professionnelle".
Quatre premières spécialités seront ouvertes à la rentrée prochaine : ébénisterie, bijouterie, maroquinerie et horlogerie. Cette carte des formations, précise encore le ministère, a été construite "en lien étroit avec les régions et les professionnels du secteur, afin de répondre aux besoins en emploi de chaque territoire". Et les professionnels sont "associés aux travaux de rédaction en cours des référentiels de chaque spécialité de BNMA, afin de répondre pleinement aux besoins en matière de compétences, dans le respect du cadre réglementaire des niveaux de qualification et de l'ambition d'excellence de cette filière".
En lien avec les régions
Quant à l'implication des régions dans la promotion des métiers d'art, elle n'est pas nouvelle : ces dernières font déjà partie, depuis de nombreuses années, des commissions d'attribution du label "Campus des métiers et des qualifications d'excellence", qui regroupent des établissements d'enseignement secondaire et supérieur, dont certains sont spécialisés dans les métiers d'art, à l'image du campus des métiers du cuir et du textile en Nouvelle-Aquitaine, du campus des métiers de la maroquinerie et des métiers d'art en Bourgogne-Franche-Comté, du campus des métiers et des qualifications d'excellence en réhabilitation du patrimoine bâti en Grand-Est ou encore du campus des métiers et des qualifications d'excellence des métiers d'art et du design - manufactures des Gobelins et du campus patrimoine et artisanat d'excellence en Île-de-France.
La création du BNMA est une étape supplémentaire dans le soutien aux métiers d'art. En 2023, la ministre de la Culture et la ministre déléguée chargée de l'artisanat avaient présenté une stratégie nationale visant à mieux préserver et à transmettre ces métiers. Ce plan, doté de 340 millions d'euros sur trois ans, mettait déjà l'accent sur l'orientation et la formation des jeunes et annonçait la création d'un comité interministériel chargé d'engager la réflexion sur certains diplômes et de mieux répondre aux aspirations des jeunes et aux besoins des entreprises.