Une étude propose des pistes pour développer les trajets en vélo en zone rurale au moindre coût

Bien déployé dans les grandes villes, le vélo comme mode de de transport du quotidien reste peu présent dans les territoires ruraux et périurbains, faute notamment d'infrastructures sécurisées. Pour tenter de remédier à cette situation, un rapport publié ce 14 janvier par la Fondation pour la nature et l’homme (FNH) propose une méthode prospective pour bâtir un réseau cyclable structurant dans les territoires peu denses. Fondé sur l’étude de trois d’entre eux, ce travail montre que seul 3,5% du réseau suffirait pour connecter les territoires à vélo, dont la moitié ne nécessiterait aucun aménagement complémentaire.

"Dans les territoires périurbains et ruraux, une réalité s’impose : près de 15 millions de personnes se trouvent aujourd’hui en situation de précarité-mobilité", rappelle la Fondation pour la nature et l’homme (FNH) dans son étude sur la mobilité à vélo publiée ce 14 janvier. "L’organisation spatiale et l’absence d’alternatives crédibles à la voiture individuelle, telles que les transports collectifs et les mobilités actives, ont en effet conduit à une dépendance structurelle à l’automobile", ajoute la FNH. Une dépendance que l'association refuse de voir comme une fatalité, dès lors que l’on repense le partage de l’espace public. "Le vélo, qui apparaît comme une solution sur les courtes distances, reste sous-utilisé faute d’infrastructures sécurisées et de moyens financiers", estime-t-elle.

Une estimation fine fondée sur des données de l'IGN

Avec le cabinet Vizea, elle a modélisé une méthode consistant d’abord à estimer la part du réseau routier français pouvant être réallouée au vélo, ainsi que le potentiel de réaffectation des voiries dans les territoires périurbains et ruraux. L'objectif étant de construire un réseau cyclable capable de desservir "les pôles structurants" - les lieux d'emplois ou de services -, en privilégiant le plus possible une réaffectation de voiries existantes, pour limiter les coûts et l'artificialisation des sols. Pour bâtir ce réseau, les auteurs de l’étude se sont appuyés sur les données de l'IGN issues de la BD Topo (des cartes à une échelle très fine), qui détaillent les portions de voies destinées aux automobiles, piétons, cycles, animaux.

Ont été sélectionnés les tronçons indispensables pour relier les pôles d'activités, circulables mais aujourd'hui sans aménagement cyclable, situés hors des zones urbaines, dont la vitesse est inférieure à 60 km/heure (pour sécuriser les cyclistes) et qui comptent une ou deux chaussées en intégrant les chemins, les routes empierrées et les sentiers.

Ce modèle de "réseau cyclable efficace" a été testé sur trois territoires – la communauté de communes de Puisaye-Forterre en Bourgogne-Franche-Comté, l’agglomération de Blois Agglopolys en Centre-Val de Loire et la communauté de communes du Grand Cubzaguais en Nouvelle-Aquitaine.

3,5% du réseau routier mobilisable pour le vélo

Résultat : avec plus de 3 millions de km de voiries sur la France métropolitaine, 68% de ce réseau pourrait être dédié au vélo. En moyenne, estime l’étude, il suffirait de mobiliser environ 3,5% du réseau routier pour donner durablement plus de place au vélo. Les itinéraires se répartiraient alors de la manière suivante : 50% de tronçons de voirie réaffectables en l’état, ne nécessitant aucun aménagement complémentaire ; 25% d’infrastructures déjà existantes, à valoriser ou à connecter au réseau ; 25% d’aménagements plus lourds, comme le revêtement de chemins, la transformation de tronçons de départementale ou la création de zones 30 en centre-bourg.

Un coût d'aménagement moins élevé que des pistes cyclables classiques

Le coût d’un tel réseau – qui représenterait 40 fois moins d’artificialisation des sols que l’aménagement de pistes cyclables classiques, fait valoir l'étude - est évalué entre 12 et 18 milliards d’euros (contre 54 et 108 milliards d’euros pour des pistes cyclables classiques).

Enfin, souligne la FNH, la création d’un réseau cyclable continu et sécurisé favoriserait un report modal significatif. "Pour atteindre l’objectif de 12% de déplacements à vélo, fixé par la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 2), il suffirait que 50% des actifs dont le trajet domicile-travail est inférieur à 5 km adoptent le vélo, avance-t-elle. À la clé : une réduction estimée à 1,2 million de tonnes équivalent CO₂ par an, soit l’équivalent des émissions annuelles de plus de 600.000 voitures à essence."

 

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