Université d'été du centre-ville et du commerce : vers un internet de proximité

Sensibiliser et former davantage les commerçants au digital et les accompagner dans cette transition. C'est ce que propose le livre blanc du numérique de Centre-ville en mouvement remis le 7 juillet à Cédric O, secrétaire d'État chargé du numérique, durant la première université d'été du centre-ville et du commerce organisée à Pantin.  

La première université d'été du centre-ville et du commerce s'est tenue à la Cité fertile de Pantin les 6 et 7 juillet 2021. L'occasion pour Centre-ville en mouvement qui organisait l'événement de remettre officiellement le 7 juillet son livre blanc "À l'heure de la transformation numérique : quel cap pour demain ?" à Cédric O, secrétaire d'État chargé de la transition numérique et des communications électroniques. Fruit d'une quarantaine d'auditions menées auprès d'élus et de présidents de fédérations nationales, le livre blanc dresse le constat de l'appropriation, inégale, du digital par les commerçants, mettant en avant une fracture générationnelle, l'accès au numérique n'étant pas le même pour les plus jeunes que pour les seniors, et une fracture territoriale, la France n'étant pas couverte par la fibre de la même façon. Le document signale aussi des différences d'appropriation du digital entre les commerces franchisés, qui peuvent s'appuyer sur les moyens de leur maison-mère, et les commerces indépendants, "parfois seuls devant le développement du numérique", comme l'a souligné lors de la remise du livre blanc Constant Papillon-Amblard de Centre-ville en mouvement.
Au cœur des difficultés : le manque de convivialité, une méconnaissance des outils, un manque d'engouement et des régions et professions moins adaptées ou sujettes au numérique. "En France, on trouve encore de nombreuses zones blanches et rurales moins connectées dans lesquelles le numérique ne fait pas partie du quotidien à l'inverse de plus grandes villes, de métropoles", souligne ainsi le livre blanc.
Mais les faits sont là : le e-commerce se développe et la crise sanitaire a fortement accéléré le mouvement. D'après les données de la Banque des Territoires, 15% des ventes devraient être effectuées en ligne d'ici un an contre 12% aujourd'hui et 8,9% il y a encore un peu plus d'un an. "On ne peut pas aller contre une tendance de fond sociétale, mais il y a une responsabilité de l'État et des collectivités à donner à nos commerçants la capacité d'être performant, il faut voir comment on réinvente nos centres-villes et comment on accompagne nos commerçants pour repenser leur métier dans ce monde", a affirmé Cédric O durant la remise du livre blanc.

Sensibiliser et former les commerçants au numérique

Parmi les propositions de Centre-ville en mouvement : sensibiliser et former davantage les commerçants au numérique. "Nous préconisons que les commerçants et artisans soient accompagnés ; le formateur numérique doit pouvoir pousser la porte du commerce pour l'aider à lancer sa boutique en ligne, lui montrer comment prendre des clichés appropriés, comment publier sur les réseaux mais surtout comment utiliser par la suite les différents canaux numériques par lesquels il passera", précise le document, estimant qu'internet est comme "une deuxième boutique à tenir" pour un commerçant déjà surchargé de travail.
Pour soutenir la formation des commerçants et plus largement des Français dans l'utilisation des outils numériques, l'État a décidé, dans le cadre du plan de relance, avec la Banque des Territoires, de déployer 4.000 postes de conseillers numériques sur tout le territoire. Un peu moins de 3.000 d'entre eux ont été conventionnés, et plusieurs centaines sont en formation, d'après les informations de Cédric O.
Une aide de 500 euros a également été mise en place dans le cadre du plan de soutien à la numérisation des commerçants, artisans, professionnels de l'hôtellerie, de la restauration et des professions libérales. Les acteurs locaux, régions, mairies, chambres consulaires mènent aussi des actions pour aider les commerçants dans cette transition, comme la CCI Hérault qui s'est associée à divers acteurs pour mener une tournée numérique destinée à accompagner et former les commerçants et professionnels du tourisme. 200 rendez-vous individuels gratuits ont eu lieu permettant un suivi personnalisé et professionnalisant.
L'accompagnement à l'issue de la formation semble aussi indispensable, comme le détaille le livre blanc. "Le risque d'une formation qui ne bénéficierait pas ensuite d'un accompagnement devient bien souvent une coquille vide, avec des pages obsolètes qui finalement desservirait le commerçant ainsi que l'ensemble de la plateforme si la promotion se réalise sur une place de marché". Un accompagnement qui peut se faire par l'intermédiaire des jeunes, sous la forme d'une convention de stage ou d'un service civique, contractualisé par des collectivités.

L'internet de proximité pour rendre la numérisation plus humaine

Le livre blanc insiste sur cette nouvelle notion d'internet de proximité, permettant de "rendre la numérisation plus humaine". Un internet de proximité qui tient compte du local et met en relation des individus via des systèmes très simples : mise en place de circuits courts locaux, de drives locaux, regroupant commerçants, artisans, producteurs locaux, de services de livraison, comme à Dinan où la mairie prend en charge les frais de livraison pour les produits commandés chez les 120 commerçants du centre-ville proposant un accès numérique à leur boutique. "Ce qui fait la différence, c'est la co-construction et l'accompagnement par la collectivité, a assuré Cédric O, c'est la capacité de l'écosystème à s'emparer du projet local de e-commerce et à en faire son objet". Certaines collectivités ont pris les devants, mettant en place des plateformes de e-commerce locales. À Valenciennes, la plateforme rassemble 20.000 produits avec 30.000 vues par mois et un chiffre d'affaires pour 2020 à hauteur de 450.000 euros, réalisé uniquement par des commerçants indépendants, la plateforme n'acceptant pas les grandes enseignes. "Il est évident que ce développement de l'omnicanalité ne se fera pas en un jour", conclut Frédéric Chéreau, maire de Douai, dans le livre blanc : "Il est nécessaire que commerçants, artisans, professionnels soient suivis, épaulés et accompagnés, il faut que les collectivités fassent le maximum afin de les soutenir dans ce tournant, que les collectivités soient en quelque sorte le fer de lance de cette transformation numérique."