Ile-de-France

AFP

Vent de fronde en Île-de-France contre le CDG Express

Transport mobilité durable

Élus et usagers des transports franciliens redoutent que le projet de liaison rapide entre Paris et l'aéroport Charles-de-Gaulle ne se fasse au détriment du RER et des trajets du quotidien.

Vingt minutes pour relier Paris à l'aéroport Charles-de-Gaulle : les premiers coups de pelleteuse du CDG Express, qui doit être opérationnel pour les JO-2024, ont ravivé la colère d'élus de banlieue parisienne et d'usagers du RER contre le "train des riches". Les opposants craignent que ce projet à 1,8 milliard d'euros ne se fasse au détriment du RER B, deuxième ligne d'Europe en sous-investissement chronique, et de ses usagers. "Priorité au RER B et aux 900.000 personnes qui l'utilisent avant le CDG Express", implorent les élus franciliens dont les communes sont traversées par cette ligne.
Le CDG Express devra relier à compter du 1er janvier 2024 - quelques mois avant les JO - la gare de l'Est, au centre de Paris, au terminal 2 de l'aéroport de Roissy. Le trajet, sans arrêt, de 32 kilomètres coûtera 24 euros. "Nous allons voir des hommes d'affaires dans le train et nous on reste à quai", a récemment lancé un habitant de Seine-et-Marne à la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, favorable au projet, lors d'une réunion publique.
En guise d'apaisement, la présidente de la région la plus peuplée de France a rappelé que plus deux milliards d'euros avaient été mis sur la table pour moderniser les voies du RER B et commander des trains à deux étages, à l'horizon 2025-2029. Pour Aéroport de Paris, l'un des gestionnaires du CDG Express, le RER est "destiné au transport du quotidien" alors que "les passagers aériens ont des besoins particuliers", argumente Edward Arkwright, directeur général du groupe, qui précise qu'ADP va injecter 500 millions d'euros pour l'amélioration de la ligne B.
Mais l'opposition ne faiblit pas. "Vous avez les riches à qui on va faire une desserte spéciale (...) et en bout de chaîne, vous avez les habitants de Seine-Saint-Denis ou de Seine-et-Marne chez qui on fait passer des trains avec toutes les nuisances sans aucun des avantages", s'insurge Julien Bayou, conseiller régional d'Île-de-France et porte-parole d'Europe Écologie Les Verts, qui assure que c'est l'État qui "épongera" si la ligne n'est pas rentable. Selon cet élu, les dysfonctionnements actuels du RER B sont déjà un "facteur de discrimination" pour les habitants. D'après lui, quand un employeur voit un candidat d'une ville desservie par le train de banlieue, "il se dit à compétences égales, je vais en prendre un qui ne sera pas en retard une à deux fois par semaine".

"Risques d'incidents"

Avec un taux de ponctualité de 85,6%, le RER B est loin de l'objectif de 94% promis par la SNCF. Et les travaux du CDG Express auront "nécessairement un impact sur la qualité de service du quotidien sans apporter des améliorations visibles du RER B à court terme", selon le rapport du préfet de région Michel Cadot, consulté par l'AFP. L'objectif de mise en service pour les JO "impose de maximiser les travaux (...) et d'envisager des coupures longues (du réseau) sur deux étés consécutifs. Cette maximisation entraîne structurellement une augmentation forte des risques d'incidents", précise le rapport.
D'autant que sur l'axe nord de Paris circulent aussi le RER D (59 gares) et la ligne K (10 gares, 3 départements), soit plus de 1,5 million de Franciliens au quotidien, auxquels vont s'ajouter les 15 projets du Grand Paris Express. Devant cette fronde venue de banlieue, le gouvernement pourrait repousser le projet après les JO comme le demande Valérie Pécresse. La présidente de région a aussi demandé à l'État de créer "un fonds d'indemnisation" pour les usagers pénalisés par les travaux. Mais certains élus s'interrogent sur la nécessité même de ce train qui sera concurrencé dans quelques années par le RER B à deux étages et les lignes 15 et 17 du Grand Paris Express qui feront escale à La Défense et à Roissy.
De son côté, l'association "Non au CDG Express", qui a organisé des manifestations devant les premiers chantiers, propose d'augmenter la fréquence des trains sur la ligne K (Mitry-Claye-Gare du Nord) et la mise en place d'une navette reliant la gare à l'aéroport. "Notre solution est applicable dès maintenant et va coûter quelques millions contre 2 milliards dans 5 ans", explique Catherine Laussucq, vice-présidente du comité des usagers du RER B Nord. Et la grogne pourrait s'étendre aux habitants de l'Aisne (Hauts-de-France) qui verront leur ligne P amputée de 3 de ses 4 voies à la gare de l'Est à cause du CDG Express, selon les plans de SNCF Réseau.

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