Ventes HLM : la décrue se confirme en 2024

Trois ans après le pic post-pandémie, la vente de logements sociaux rentre dans le rang… mais sans corriger ses angles morts. Selon l’Ancols, en 2024, les cessions reculent encore et profitent d’abord à des acquéreurs extérieurs, loin de la cible prioritaire des locataires HLM. Entre pavillons anciens écoulés, géographie reléguée aux zones détendues et marché dominé par quelques acteurs, le modèle révèle ses limites plus qu’il ne répond à la promesse d’accession sociale.

Le marché de la vente de logements sociaux traverse une phase de normalisation après l'euphorie de l'immédiat après-crise sanitaire. Selon les dernières données de l’Ancols (Agence nationale de contrôle du logement social), l’année 2024 marque un nouveau repli pour les cessions de patrimoine à des acquéreurs privés. "Après un pic en 2021 à plus de 13.000 ventes, trois années consécutives de baisse ont été observées", ramenant le curseur à un peu plus de 10.000 unités vendues en 2024 (dont la quasi-totalité a été acquise par des particuliers).

Si, dans l'esprit du code de la construction, "les ventes HLM s’adressent prioritairement aux ménages locataires du parc social", l'examen du profil des acheteurs révèle un décalage entre l'intention législative et la réalité statistique. Les acheteurs ne provenant pas du parc social sont, de loin, les plus représentés avec 5.800 acquisitions, soit 59% des ventes aux personnes physiques. À l'inverse, les occupants actuels ou leurs proches n'ont représenté que 2.400 transactions, suivis par 1.800 autres locataires du parc. Une prédominance des acquéreurs extérieurs qui interroge sur la capacité réelle des ménages modestes déjà logés en HLM à franchir le pas de l'accession dans le contexte économique actuel.

Pavillons anciens contre habitats collectifs récents

Le portrait-robot du logement vendu est clair : il s'agit d'un bien de typologie familiale et, de manière disproportionnée, d'un habitat individuel. "Près de la moitié des ventes en 2024 concernent des maisons ou pavillons", alors que ce type de bien ne constitue que 15 % du stock total des bailleurs.

La question de l'âge du bâti est également centrale. L’Ancols note que les organismes se séparent majoritairement de leur patrimoine historique : environ 60% des logements vendus ont été construits avant 1990, avec un ancrage fort dans les programmes réalisés entre 1975 et 1990. À l'opposé, les logements récents (post-2000) sont largement préservés, ne représentant que 14% des ventes malgré leur poids croissant dans le parc global.

Géographie d'un marché en zones détendues

La vente HLM ne compense toutefois pas le manque d'offre dans les métropoles. Les données géographiques de l’Ancols confirment que les transactions évitent les secteurs les plus critiques : les zones tendues (A et A bis), qui concentrent pourtant 40% du parc social, ne pèsent que pour 23% des ventes. Le marché se déporte vers les zones B2 et C, soit des secteurs moins denses où la pression immobilière est moindre. Le constat est similaire pour les quartiers prioritaires (QPV) : bien qu'ils accueillent 31% du parc social, ils ne totalisent que 12% des ventes en 2024.

Une activité portée par les SA d'HLM

Enfin, tous les bailleurs ne participent pas à cet effort de vente avec la même intensité. Si 65% des organismes ont réalisé au moins une vente en 2024, l'activité est extrêmement polarisée : "10% des organismes réalisent à eux seuls près de la moitié des transactions", souligne l’Ancols.

Ce sont les sociétés anonymes d'HLM qui mènent la danse, assurant 67% des ventes. Les offices publics de l'habitat (OPH) suivent avec 27% des cessions, tandis que les sociétés d'économie mixte (SEM) et les coopératives restent très marginales dans ce processus de cession de patrimoine.

 

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