Michel Tendil / Localtis

Agriculture bio : le gouvernement entend ramener les aides à la conversion de cinq à trois ans

Environnement

Développement économique

Le chef de l'État a confirmé, jeudi, l'intention du gouvernement de ramener les aides à la conversion en bio de cinq à trois ans. 

Nouveau coup dur pour l’agriculture bio : après s’être désengagé des aides au maintien à l’agriculture biologique en 2017, l’État envisage de limiter à trois ans au lieu de cinq actuellement son soutien aux aides à la conversion. C’est ce qu’a confirmé le président de la République, Emmanuel Macron, jeudi 6 mars, lors d'une séance du Grand Débat organisé à Gréoux-les-Bains sur le thème de la transition écologique. "Je considère que ce que l’on doit à notre agriculture c’est que chacun vive du prix payé, indépendamment des aides, et sans les aides", a soutenu le chef de l’État, quatre jours après les déclarations du ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume qui, dans un entretien à l’AFP, annonçait cette décision. "Nous avons pris la décision [d'accompagner les producteurs] pendant trois ans au lieu de cinq, pour avoir plus de producteurs" biologiques, avait dit le ministre. "Si un jeune tient les trois premières années, il est bien parti", avait-il argué, en clôture du Salon de l’agriculture. 

Inquiétudes de la Fnab

Une décision qui paraît contradictoire avec les engagements du gouvernement de parvenir à 15% de surface agricole utile en bio en 2022 contre 6,5% aujourd’hui. Et qui inquiète la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) qui avait déjà eu vent d’un tel projet en 2017. "À l'époque le ministre Stéphane Travert avait nié avoir l'intention de supprimer les aides conversion mais n'avait jamais répondu sur la réduction de la durée de soutien, pourtant la consigne n'a jamais été passée sur les territoires", fait savoir Guillaume Riou, président de la Fnab, dans un communiqué du 8 mars. "Le marché ne remplacera jamais l'État dans son rôle de protection, garant de la qualité de l'eau, de l'air, de la santé des consommateurs et des riverains, de la biodiversité", explique encore Guillaume Riou. "On ne peut pas en même temps dénoncer le déficit commercial sur l'agriculture biologique et couper les ailes au développement de la filière. Au mieux tout cela est incohérent, au pire c'est irresponsable", conclut le président de la Fnab.

Retards de versements

Les pouvoirs publics (État et régions) n’ont pas été en mesure de répondre à l’afflux de conversions en bio ces dernières années (un record de 6.200 conversions ont été enregistrées l’an dernier). Résultat : les versements accumulent les retards. "Les paiements de 2016/17 - c'est aberrant de dire cela - ne seront payés qu'au printemps 2019", avait reconnu le ministre à l'AFP, quelques jours après une action en justice intenté par des agriculteurs contre l'État pour recevoir leurs arriérés.
La Fnab rappelle que le gouvernement pouvait utiliser une partie des crédits du premier pilier de la PAC pour compenser le manque du second pilier auquel les aides au bio sont rattachées. Mais qu’il n’en a pas suffisamment profité. Alors qu’il pouvait aller "jusqu'à trois milliards d'euros", "seulement 650 millions d'euros ont été transférés", en 2018, "dont 47 pour l'agriculture biologique, alors qu'il manquait 470 millions d'euros pour honorer les engagements jusqu'en 2020".

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