Amazon continue de tisser sa toile en France
Amazon a annoncé l'implantation de trois nouveaux sites en France lors du sommet Choose France qui s'est tenu le 1er juin 2026. Depuis 2010, l'entreprise dit avoir investi plus de 30 milliards d'euros dans l'économie française avec plus de 25.000 salariés en CDI répartis sur plus de 35 sites. Les élus locaux se réjouissent des retombées économiques pour leurs territoires, mais côté syndicats et habitants, on se montre nettement plus réservés.
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Trois nouveaux sites, 1.000 emplois en CDI en perspective, en plus des 7.000 déjà promis… Amazon a frappé fort à l'occasion de la neuvième édition de Choose France qui s'est tenue le 1er juin 2026. Des projets qui font partie des 93 milliards d'euros d'investissement (des chiffres largement gonflés par le poids des centres de données, Localtis y reviendra) et des plus de 15.000 emplois annoncés par le chef de l'État, dont c'était la dernière édition. Les trois nouveaux centres d'Amazon seront situés en Île-de-France, dans les Pays de la Loire et dans la région Nouvelle-Aquitaine.
Ces annonces s'inscrivent dans le cadre du grand plan d'investissement de 15 milliards d'euros annoncé par l'entreprise en mai dernier. "En implantant des sites au plus près des bassins de consommation, nous créons des emplois de qualité localement, réduisons les délais de livraison, diminuons notre empreinte environnementale et contribuons directement à la vitalité économique des régions française", indique Jean-Baptiste Thomas, directeur général d'Amazon en France dans un communiqué du 1er juin.
30 milliards d'euros investis depuis 2010
Globalement, l'entreprise se présente comme le premier investisseur privé et le premier créateur net d'emplois directs en France depuis 2010, avec plus de 30 milliards d'euros investis dans l'économie française et plus de 25.000 salariés en CDI répartis sur plus de 35 sites. Des arguments en matière d'emplois et d'activités qui séduisent les élus dans une conjoncture morose. Dans le Grand Est notamment, l'entreprise a investi plus d'1,5 milliard d'euros depuis 2010 et emploie plusieurs milliers de salariés en CDI répartis dans son centre de distribution à Augny, près de Metz, et ses deux agences de livraison à Woippy et Strasbourg. Le nouveau centre de distribution à Ensisheim, annoncé en avril 2026, devrait ouvrir fin 2027. Il représente plus de 250 millions d'euros d'investissement et devrait créer 2.000 emplois en CDI supplémentaires. "Un signal fort pour notre territoire, se réjouissait Michel Habig, maire d'Ensisheim et président de la communauté de communes de Centre Haut-Rhin, au moment de cette annonce. Une opportunité considérable pour nos concitoyens, pour les entreprises, les commerçants locaux, et plus largement pour l'ensemble du Haut-Rhin", qui "générera des recettes fiscales importantes pour notre collectivité".
"Cela n'a pas été facile au départ"
À Woippy, le géant américain du e-commerce s'est installé sur l'ancienne base aérienne de Frescaty près de Metz, avec une agence de livraison de quelque 11.000 m2 inaugurée en juillet 2019. L'agence réceptionne des colis en provenance des centres de tri et des centres de distribution d'Amazon situés dans toute la France. Elle est chargée des livraisons aux clients finaux, sur les 30 derniers kilomètres. "On est sur 4.000 emplois Amazon et près de 600 emplois indirects en matière de sécurité, entretien", détaille le maire de Woippy, Cédric Gouth, qui a dû faire face au départ de 2.000 militaires et leur famille et qui s'est battu pour attirer Amazon sur son territoire. "Quand Amazon est venu chercher un lieu, on n'était pas les seuls à être intéressés, l'Allemagne l'était aussi, explique Cédric Gouth. On a travaillé sur la formation, sur l'emploi, avec les missions locales, sur le transport, cela n'a pas été facile au départ." Et selon le maire, les choses se passent plutôt bien.
La région Grand Est n'a pas été sollicitée sur ces dossiers, ni par l'entreprise, ni par les collectivités, mais elle voit d’un bon œil ces investissements dans la logistique. "On a beaucoup de logisticiens dans la région, qui font travailler les entreprises du coin, les industriels. Ce n'est pas tous les jours qu'on accueille Amazon, qui est dans une logique d'expansion, mais à chaque fois c'est minimum 2.000 emplois donc ça fait beaucoup de bruit", explique à Localtis Camille Petitjean, conseillère économie, innovation et réindustrialisation à la région Grand Est, qui assure n'avoir eu à ce stade aucun écho négatif au sujet de ces implantations.
Mobilisation des habitants
Du côté des syndicats, le regard est bien plus critique. "Le maire ou l'élu d'une collectivité se félicite de la venue d'Amazon et de l'ouverture d'un grand site car cela crée des emplois, explique Aline Leroux, secrétaire générale de la CGT Moselle. On ne peut pas dire le contraire, mais beaucoup de choses sont passées sous silence. Cela crée des emplois, mais quels emplois ? De gens non qualifiés, très mal payés, à peine au-dessus du smic, avec des conditions de travail pas terribles." Autre point important : "Il y a beaucoup de 'turnover', car les emplois sont mal payés et souvent occupés par des étudiants ou des personnes en réinsertion ou reconversion, les gens s'en vont vite", fait valoir la représentante syndicale.
Les habitants se plaignent aussi de l'implantation des sites et de leurs conséquences, notamment en matière de trafic routier. Des mobilisations s'organisent régulièrement pour contrer les projets de l'entreprise et dénoncer les "externalités négatives " (pollution, bruit, concurrence pour le commerce de proximité…).
Exemple à Derval, petite commune de 4.000 habitants située au nord du département de Loire-Atlantique, où l'implantation d'un entrepôt d'Amazon avait avorté en 2020 en raison de l'opposition de collectifs de citoyens et de riverains qui s'inquiétaient de l'augmentation du trafic routier et des effets négatifs pour le commerce local.
"La tendance sera à une diminution très importante de l'emploi "
Cela n'a pas empêché Amazon, lors du sommet Choose France, d'annoncer la construction d'un nouveau centre de distribution dans la même commune. Le projet, qui devrait sortir de terre d'ici 2027, représente un investissement de plus de 100 millions d'euros et devrait créer plus de mille emplois en CDI.
Selon Alain Thalineau, sociologue, qui animait le collectif "Amazon ni ici ni ailleurs" à Montbert (Loire-Atlantique) - autre projet abandonné en 2021 -, "plus Amazon a d'entrepôts, plus il y a de l'emplois, mais sur chaque entrepôt, la tendance, en lien avec le développement de l'intelligence artificielle, sera une diminution très importante de l'emploi, tout particulièrement pour les postes les moins qualifiés". En conséquence, le sociologue estime que l'expansion de l'entreprise n'est pas véritablement un atout de développement pour les territoires ruraux qui ont une population moins diplômée que les zones urbaines. "Les communes auront en revanche contribué à l'installation d'une entreprise internationale, qui est maîtresse dans l'évasion fiscale et dans le non-respect du droit du travail, insiste Alain Thalineau. Bien sûr il y aura de nouveaux emplois mais pas autant que les élus le pensent, et ils auront aussi à gérer les impacts environnementaux liés à la circulation."