Anne Gallo-Kerleau (FF Voile) : "On peut accompagner les territoires dans la démocratisation de la voile"

La Fédération française de voile (FFV) organise ce 5 février à Paris ses premières rencontres "Voile, collectivités et territoires". Pour Localtis, Anne Gallo-Kerleau, vice-présidente de la FFV chargée des territoires, mais aussi vice-présidente du conseil régional de Bretagne, revient sur les enjeux de ce rendez-vous.

Localtis Pourquoi organiser ces premières Rencontres "Voile, collectivités et territoires" et pourquoi maintenant ?

Anne Gallo-Kerleau Lors des dernières élections à la FFV, le président Jean-Luc Denéchau a nommé pour la première fois une vice-présidente chargée des relations avec les collectivités locales, fonction que j'occupe. Nous réfléchissons à la façon de contribuer au développement des territoires, parce qu'il existe un lien important et évident entre la fédération et les territoires. Et comme dans beaucoup de politiques publiques, il y a peut-être un manque de transversalité, un manque de coordination. Nous avons donc souhaité organiser un premier colloque et nous nous sommes posé la question de le faire maintenant ou plus tard, en raison des échéances municipales, puis nous nous sommes dit qu'il n'y avait jamais de bon moment. En tout cas, notre objectif a été atteint puisque nous avons cinquante-cinq inscrits alors que nous en espérions cinquante. Nous avons donc commencé à mobiliser les élus des territoires concernés par le nautisme, mais également les techniciens et directeurs de services, pour qu'ils puissent participer à notre journée. 

Comment va se dérouler cette journée ?

L'objectif de cette journée est d'être inspirante et de montrer qu'il y a des choses qui se pratiquent sur les territoires. On va parler de tout ce qui est institutionnel, de ce qui est permis au niveau gouvernance du sport, de tous les défis à relever. Cela sera orchestré par notre intervenant Patrick Bayeux, maître de conférence en gestion et droit du sport, qui a une très bonne connaissance des organisations publiques. L'idée est de voir de quelle manière les territoires peuvent mieux s'organiser et, pour ceux qui sont déjà bien organisés, de quelle manière on peut encore progresser. Ensuite, nous aurons le témoignage d'Anne Apprioual, maire de Lampaul-Ploudalmezeau et vice-présidente du Pays d’Iroise communauté (Finistère), sur le développement de l'attractivité de son territoire par la voile et les sports nautiques. Didier Codorniou, maire de Gruissan et premier vice-président de la région Occitanie, témoignera sur l'événementiel et les défis qui permettent d'augmenter la fréquentation en avant-saison. 

Qu'est-ce que la voile peut apporter à une collectivité ?

La pratique nautique porte énormément de valeurs importantes, notamment des valeurs de solidarité, d'entraide, d'engagement, de dépassement de soi, d'inclusion, de cohésion, tout ce dont nous avons besoin en ce moment. La fédération peut accompagner la structuration de l'offre, elle peut parler des nouvelles pratiques, des nouvelles tendances que nous pouvons développer. Il y a la voile en littoral mais aussi à l'intérieur, sur les lacs, sur les grandes étendues d'eau. On peut donc accompagner les territoires dans la démocratisation de la voile, dans la diversification de la pratique nautique, dans la proposition de valeurs, dans l'inclusion, la voile-handicap. Il y a beaucoup de choses à transmettre.

Dans la présentation de vos premières rencontres "Voile, collectivités et territoires", vous évoquez des inégalités territoriales. De quoi s'agit-il ?

Cela peut être des inégalités très importantes liées à l'éducation à la mer. Les publics qui sont plutôt éloignés n'ont pas forcément la même approche, la même accessibilité à la voile. Nous souhaitons permettre des dispositifs dans ce sens, autour de l'accès au bord de l'eau, pour amener la voile dans certains endroits. Je vous disais que tout ne se faisait pas sur le littoral, nous avons besoin de développer l'offre à l'intérieur en accompagnant les territoires. Ça peut être sur des canaux, ça peut être sur des lacs. Et si certains territoires sont assez grands, touristiquement parlant, pour pouvoir développer des structures ad hoc, d'autres sont moins équipés en ingénierie, or l'ingénierie est importante. À travers cette journée, nous souhaitons donc accompagner le développement des structures sportives, que les participants repartent avec une boîte à outils pour permettre à leur territoire de développer leur offre nautique, que ce soit en ingénierie, en structure ou en pratique. 

Comment avez-vous construit cette boîte à outils ?

Notre objectif est une vraie collaboration, car la voile s'adresse à tout le monde, aux visiteurs comme aux habitants. Nous souhaitons donc travailler en collaboration, nous souhaitons que les territoires remontent des informations à la fédération et que la fédération descende des informations, c'est une valeur ajoutée que nous allons pouvoir apporter à tout le monde. Donc le "livrable", c'est nous qui allons l'apporter dans un premier temps, à partir d'expériences inspirantes, à partir du retour des territoires qui ont mis en place certains dispositifs qui fonctionnent. 

Quelles contraintes ou freins la voile rencontre-t-elle aujourd'hui dans certains territoires ?

En règle générale, nous travaillons assez facilement en silo dans nos organisations. Donc des freins, il y en a. Des marges de progression, il y en a de chaque côté. Ce que nous voulons vraiment apporter, c'est de la valeur ajoutée dans un sens et dans l'autre. La voile n'est pas un sport forcément inaccessible, mais elle a parfois une image inaccessible. Il y a des personnes qui ne font pas le choix d'aller vers la voile alors que ce n'est pas plus cher de prendre une licence en voile que dans un autre sport. Les freins à la pratique nautique, c'est aussi l'accessibilité au bord de l'eau et nous avons parfois du mal à faire venir en école de voile des enfants qui n'habitent pas très loin. Quand c'est aux parents de faire vingt kilomètres aller et vingt kilomètres retour, il faut essayer de réorganiser les déplacements, de montrer que c'est quelque chose d'accessible. Je suis présidente d'une régie nautique et ce sont des difficultés qu'on peut rencontrer. 

En termes d'aménagement des ports de plaisance, des bords de plage, est-ce que certaines collectivités mettent à disposition plus facilement que d'autres des installations ? 

Oui, après, il y a des équipements plus simples que d'autres. Certaines bases nautiques sont plutôt accessibles, d'autres moins accessibles. Nous avons besoin que les bases nautiques fassent part des difficultés d'accès à leur collectivité. Il y a évidemment la question des marées qui jouent un grand rôle. On est sur des domaines publics maritimes précieux, préservés, et on a des relations avec les DDTM (directions départementales des territoires et de la mer). C'est dans toutes ces pratiques, qui peuvent être compliquées, que l'on a besoin de parler plus facilement les uns avec les autres. Il y a aussi des autorisations temporaires d'occupation. Plus on se parle, mieux on se comprend et mieux on agit. 

Avec votre double casquette, chargée des territoires à la Fédération française de voile et vice-présidente du conseil régional chargée du nautisme, qu'avez-vous entrepris pour servir le développement de la voile ? 

Tous les ans, j'organise le Nautik Deyz [sic] qui rassemble les acteurs de la voile et où nous partageons autour de certaines thématiques, comme la jeunesse, l'environnement, etc. Nous échangeons toute une journée pour repartir avec des informations et des expériences inspirantes. J'ai aussi développé Nautic Lib, un dispositif de location de kayaks et de paddles pour faciliter les pratiques dans  les endroits où il n'y a pas ou peu d'offre nautique. 

Certains évènements liés à la voile rassemblent sur un temps très court des centaines de milliers de personnes. Faut-il revoir leur organisation pour répondre à des enjeux de développement durable ?

Il y a un gros travail fait avec certaines collectivités. Si je prends la Route du rhum, il y a énormément d'échanges entre les organisateurs et la région Bretagne, propriétaire du port de Saint-Malo d'où s'élance la course. Lors de la dernière édition, pour organiser au mieux l'arrivée des visiteurs sur site, nous avons travaillé notamment sur les mobilités, avec plus de trains, plus d'accès en transports en commun, pour essayer de faire en sorte que le flux de visiteurs s'étende sur toute la durée de l'évènement. Je peux aussi prendre l'exemple des Fêtes maritimes de Brest avec une parade qui n'a pas donné lieu à une surfréquentation, car il y avait beaucoup d'accès en transports en commun et un gros travail réalisé pour répartir les spectateurs un peu partout sur les bords de côte. 

 

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