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Après les déserts médicaux, les déserts sociaux ?

L'UNA - qui comprend les CCAS - publie les résultats d'un sondage réalisé auprès de directeurs de services d’aide à domicile à but non lucratif. Il en ressort qu'une nouvelle demande sur cinq n’a pu être prise en charge intégralement en 2019 et que 65% des directeurs font état de ruptures de parcours. Le manque de personnel est à l'origine de 31% des refus de prise en charge et les deux tiers des directeurs disent avoir en permanence des postes vacants.

L'UNA (Union nationale de l'aide, des soins et des services aux domiciles) – qui regroupe les organismes à but non lucratif, dont des centres communaux et intercommunaux d'action sociale – publie les résultats d'un sondage confié à la société Opinion Way pour le compte d'un observatoire regroupant aussi Aesio, la Macif et Malakoff Humanis. L'enquête a été réalisée du 29 octobre au 5 décembre 2019, auprès de 226 directeurs de services d'aide à domicile, non lucratifs. L'UNA juge les résultats "alarmants", car l'étude révèle "des situations de non prise en charge ou de rupture de parcours, donc des personnes en perte d'autonomie et leurs aidants familiaux sans solution d'accompagnement sur leur territoire".

"Des déserts de l'accompagnement à la perte d'autonomie existent déjà en France"

Plus précisément, les directeurs de structures interrogés indiquent qu'une nouvelle demande sur cinq n'a pu être prise en charge intégralement. De même, 65% des directeurs font état de ruptures de parcours (diminution ou interruption de la prestation assurée auprès de la personne âgée). Pour l'UNA, "cela signifie concrètement que des déserts de l'accompagnement à la perte d'autonomie existent déjà en France, avant même le pic de vieillissement de la population française".

Interrogés sur les raisons de cette situation, les directeurs de services d'aide à domicile évoquent en premier lieu (31%) le manque de personnel comme cause du refus de prise en charge. Les deux tiers des responsables de structures indiquent également avoir des postes vacants en permanence, même si 96% des services d'aide à domicile ont ouvert des postes en 2019.

La situation ne semble pas en voie d'amélioration, puisque 79% des directeurs estiment au contraire que la situation s'est dégradée au cours de ces trois dernières années. Leur réponse en termes de solution est sans surprise : 97% d'entre eux prônent "une revalorisation ambitieuse des grilles salariales" comme première solution pour remédier à l'actuelle perte d'attractivité de ces métiers du domicile.

Ces résultats ne surprennent pas vraiment. Ils confirment en effet d'autres études sur des thèmes voisins, comme celle récemment publiée par la Drees (direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques des ministères sociaux) sur l'entrée en formation des aides-soignants (voir notre article ci-dessous du 10 janvier 2020). Celle-ci montre notamment un recul de 42% du nombre de candidats au concours d'entrée d'aide-soignant depuis 2014.

Un plaidoyer en attendant la conférence des métiers du grand âge

Cette situation a justifié aussi la mission et le rapport de Myriam El Khomri, l'ancienne ministre du Travail, sur les métiers du grand âge (voir nos articles ci-dessous du 19 juin 2018 et du 29 octobre 2019). Cette démarche doit donner lieu à à la tenue d'une "conférence nationale des métiers du grand âge", rassemblant toutes les parties prenantes concernées. Lors de la toute récente annonce du – nouveau – coup de pouce au secteur de l'aide à domicile (voir notre article ci-dessous du 21 février 2020), Olivier Véran, le ministre des Solidarités et de la Santé, a annoncé que cette conférence nationale se tiendra "dans la foulée de la présentation du projet de loi" Grand Âge et autonomie. Ce projet de loi doit désormais être présenté à l'été 2020.

Pour l'UNA, l'explication à l'actuelle situation est simple : elle est en effet "le fruit de l'abandon de ce secteur par les pouvoirs publics, à l'image de la loi Grand Âge et autonomie, annoncée pour 2019 par le Président de la République, mais sans cesse reportée". Les résultats de l'étude ne font qu'"éclairer les conséquences de l'absence de politiques publiques d'envergure dans le champ de la perte d'autonomie". L'UNA profite donc de la présentation du sondage d'Opinion Way pour soumettre un "plaidoyer" en faveur de mesures dès 2020 – difficile de savoir si le dossier a été rédigé avant ou après les annonces d'Olivier -Véran –, ainsi "qu'une loi Grand Âge et autonomie ambitieuse, d'anticipation et financée". Ce plaidoyer pro domo comprend quatre lignes directrices : une "revalorisation ambitieuse" des grilles salariales des intervenants à domicile dès la conférence salariale du 27 février 2020, la refonte et la réévaluation de la tarification des services d'aide à domicile (Saad), la "construction de l'accompagnement à l'autonomie de demain," autrement dit une offre "nécessairement décloisonnée, inclusive et domiciliaire" et, enfin, "le financement par la solidarité nationale, clé de voûte de la réponse au (5e) risque de la dépendance".

 

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