À Bourg-Saint-Maurice, Jean Castex chausse ses après-skis

Aller vers "un modèle plus durable et plus résilient" : c'est l'enjeu du plan Avenir montagnes présenté par le Premier ministre, jeudi 27 mai. Ce plan de 650 millions d'euros se fixe trois priorités : accompagner la diversification de l'offre touristique, accélérer la transition écologique et dynamiser l'immobilier. Il reposera notamment sur la création d'un nouveau fonds Avenir montagnes doté de 331 millions d'euros : 300 millions d'euros de crédits d'investissement (cofinancés avec les six régions concernées) et 31 millions d'euros de crédits d'ingénierie.

C’est au pied des cimes encore très enneigées de Savoie, plus précisément à Bourg-Saint-Maurice, que le Premier ministre a présenté, jeudi 27 mai, son plan "Avenir montagnes". Dans les tuyaux depuis la fin 2019, ce plan - qui au départ devait surtout se cantonner à de l’ingénierie pour aider les collectivités de montagne à diversifier leur économie - a été rattrapé par la crise venue frapper de plein fouet les 350 stations de ski françaises, qui ont connu une saison quasiment blanche. Le plan s’est transformé depuis lors en un véritable plan d’investissement doté de 650 millions d’euros venant s’ajouter aux mesures d’urgence. Soit plus de cinq milliards d’euros déjà décaissés via des dispositifs tels que la prise en charge des coûts fixes (récemment renforcé), le fonds de solidarité, les mesures propres aux remontées mécaniques ou aux moniteurs de ski…. "Cette crise a été durement ressentie par les collectivités et l’ensemble des acteurs socio-économiques et a gravement atteint vos capacités d’investissement. Mais au-delà de ces aspects plus conjoncturels, les territoires de montagne sont aussi travaillés par des mutations plus amples, qui sont aujourd’hui avant tout liées au changement climatique (…). Longtemps élu d’un territoire de montagne je connais bien ces réalités et ces difficultés", a assuré le Premier ministre. Le gouvernement entend ainsi renouer avec les plans neige des années 60/70 tout en marquant une rupture avec le "tout-ski" qui a longtemps prévalu. Un diagnostic sur les perspectives d’enneigement en Isère dans les prochaines décennies avait alerté sur la nécessité de trouver d’autres sources de développement. L’objectif de ce plan est de "repartir" dans un esprit de "transformation, de restructuration pour, finalement, être plus fort" et pour aller vers "un modèle plus durable et plus résilient", a insisté Jean Castex. Le plan d’une quinzaine de mesures repose sur trois priorités : accompagner la diversification de l'offre touristique, accélérer la transition écologique et dynamiser l'immobilier.

Un nouveau fonds de 331 millions d'euros

Porté à la fois par le secrétaire d’État chargé du tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, et par le secrétaire d’État chargé de la ruralité, Joël Giraud, le plan verra la création d’un fonds "avenir montagnes" doté de 331 millions d’euros de "crédits nouveaux", avec une enveloppe de 300 millions d’euros, co-financés à parité avec les six régions de montagne, pour soutenir les investissements dans des projets touristiques. Le gouvernement en attend un investissement total de 900 millions d’euros, grâce à l’effet de levier (investisseurs privés, collectivités). Ces projets seront inscrits dans les CPIER (contrats de plan interrégionaux). Les 31 millions d’euros restants, financés par l’État et ses opérateurs, seront investis dans l’accompagnement à l’ingénierie des territoires qui en en ont besoin pour les aider à monter leurs projets (Joël Giraud se rendra ce vendredi dans son département des Hautes-Alpes pour en détailler le contenu). Soixante territoires pilotes seront sélectionnés par appels à manifestation d’intérêt en deux phases : l’une à l’automne, l’autre début 2022.

"Le ski restera une activité majeure", a insisté le Premier ministre (rappelant au passage que la Coupe du monde de 2023 se tiendra à Courchevel-Méribel et que les vacances scolaires seront adaptées en conséquence), mais il s’agit de "diversifier l'offre touristique et de conquérir de nouvelles clientèles", notamment jeunes et étrangères. C’est le premier axe du plan très orienté vers un "tourisme deux ou quatre saisons" (même si Joël Giraud défend une vision plus large de la diversification économique) afin de rendre les territoires de montagne moins dépendants au ski avec des périodes d’enneigement amenées à se réduire. Au-delà des subventions d'investissement, cet axe reposera en grande partie sur le "prêt tourisme" distribué par Bpifrance et garanti par la Caisse des Dépôts dans le cadre de la relance. Un point d'entrée unique, placé sous l'égide du préfet, permettra de faciliter les démarches des entreprises. Alors que la fréquentation des publics jeunes a diminué ces dernières années, le plan comporte plusieurs mesures dans cette direction : soutien aux "colos apprenantes", négociation en vue d’un tarif préférentiel pour l’accès aux colonies, jumelages entre les établissements scolaires de montagne et ceux du reste du territoire...

Ascenseurs valléens

Le deuxième axe du plan est d’accélérer la transition écologique, via en particulier les crédits d’ingénierie. Au sein des 31 millions d’euros, 10 millions d’euros seront plus spécifiquement consacrés aux mobilités durables, à la question du premier et du dernier kilomètre (reliant les gares aux stations), avec la construction d’ascenseurs valléens comme celui qui vient d’être inauguré en Allemond et à Oz-en-Oisans, en Isère. Bref, "toutes les alternatives possibles à la voiture" : les pôles d’échanges multimodaux, les dispositifs d’autopartage, les vélos électriques... Au sein du volet investissement, l’État consacrera aussi 10 millions d’euros sur deux ans pour protéger la biodiversité, avec la restauration de 1.000 km de chemins de randonnée pédestre. Le plan soutiendra les projets des collectivités pour "matérialiser les câbles et grillages afin d’éviter les collisions", "baliser les itinéraires", sensibiliser le public dans les zones de quiétude… Le Premier ministre a demandé à ce qu’on lui fasse des propositions "dans les prochains jours" pour qu’une partie du Plan vélo soit fléchée vers l’accès aux zones de montagne.
Une enveloppe de 8 millions d’euros du fonds "tourisme durable" du plan de relance viendra par ailleurs soutenir la transition écologique des restaurants et hôtels de montagne : circuits courts, lutte contre le gaspillage alimentaire, consommation énergétique…
En matière de promotion touristique, Atout France recevra une rallonge budgétaire de 2 millions par an (8 millions au total) pour renforcer les campagnes liées à la montagne.

Réchauffer les lits froids

Enfin, le dernier enjeu du plan consiste à "réchauffer" les fameux lits froids qui restent inoccupés une grande partie de l’année dans les résidences de tourisme. Aujourd’hui, les opérateurs (Odalys, Pierre et vacances…) n’utilisent que rarement leur droit de préemption quand un particulier vend son studio. L’idée est de céder ce droit de préemption à des foncières dédiées qui pourront acheter ces appartements, les rénover et les louer, en faire des lits chauds (occupés 20 à 30 semaines par an). Un amendement sera apporté au projet de loi "4D". "Il nous reste une concertation à finaliser avec l’Anem, l’ANMSM, la FNRT. Au-delà des questions de cessibilité, sans doute y a-t-il des améliorations à apporter", a indiqué Jean Castex. Parallèlement, la Banque des Territoires va investir 125 millions d’euros sur cinq ans dans ces foncières.

L’Association nationale des élus de montagne (Anem), présidée par la députée des Hautes-Pyrénées Jeanine Dubié, a salué jeudi une "aide salutaire" et "des mesures vitales pour la montagne". "Cette mobilisation qui s’appuie sur les élus et les territoires ne peut que susciter l’espoir à condition que les moyens d’y parvenir soient mobilisés aussi bien au plan financier que technique, que toutes les parties prenantes soient prises en compte en remédiant aux trous dans la raquette", souligne-t-elle dans un communiqué. Le plan ne doit pas non plus se limiter au "tourisme" mais doit embrasser "tous les secteurs économiques et l’ensemble des champs de la vie dans les massifs". Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, fortement mobilisé ces derniers mois, a lui aussi salué des "avancées positives", se disant prêt à apporter "200 millions d'euros supplémentaires". Un montant similaire à celui que la région Paca s'engage à mettre sur la table (100 millions d'euros pour les vallées, 100 millions pour les stations entre 2021 et 2026). "Naturellement, nous viendrons nous inscrire dans la complémentarité du plan annoncé par l'État", a déclaré Renaud Muselier, le président de la région, cité dans un communiqué. "Aujourd'hui, on a brisé une partie des peurs des montagnards", a commenté sur place Jean-Luc Boch, le maire de La Plagne et président de l'Association nationale des maires des stations de montagne, cité par l'AFP. "On espère que le modèle économique va repartir dès cet été."

 

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