Plan d’investissement pour la montagne : deux secrétaires d’Etat pour faire la trace

Les secrétaires d’Etat à la Ruralité et au Tourisme, Joël Giraud et Jean-Baptiste Lemoyne, ont lancé à Chamonix, jeudi 11 mars, une concertation de six semaines devant aboutir à un plan national d’investissement pour la montagne. Accolé au programme d’appui en ingénierie déjà en gestation, ce plan sera dévoilé lors d’un comité interministériel d’ici l’été.

Depuis que l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) avait discrètement annoncé son programme d’appui à la montagne en janvier 2020, des flocons sont tombés sur les cimes… Paradoxalement, alors que l’enneigement était exceptionnel cette année, les remontées mécaniques ont été mises au chômage technique pour cause de Covid, entraînant un effondrement de la fréquentation touristique cet hiver (voir notre article). Ce qui a conduit le gouvernement, en plus des aides d’urgence déployées, à reprendre le dossier en main. Et à muscler son ambition initiale. A côté de ce programme d’appui en ingénierie – dont le but est d'accompagner la diversification économique et touristique des communes de montagne -, il y aura bien un plan national d’investissement, comme le Premier ministre l’avait annoncé le 1er février lors d’une rencontre avec les acteurs de la montagne (sans que élus comprennent très bien alors si on parlait de deux programmes distincts ou du même).

Deux programmes en un

"Avec le plan d’urgence puis ce plan d’investissement, le gouvernement souhaite donner à la montagne française les moyens de rebondir et de retrouver la place qui était la sienne tout en haut du podium", a posé le secrétaire d’Etat au Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, en lançant le 11 mars à Chamonix aux côtés de son homologue à la Ruralité, Joël Giraud, une consultation de six semaines avec l’ensemble des parties prenantes. Rendez-vous fin mai donc pour les premières propositions.

Plan d’investissement et programme d’ingénierie seront dévoilés ensemble lors d’un comité interministériel au tourisme de montagne aux environs de juin. Si le programme d’ingénierie continue d’être piloté par Joël Giraud, via l’ANCT, le plan national d’investissement est davantage du ressort de Jean-Baptiste Lemoyne. "Ce sont deux chantiers conduits en même temps et qui vont se compléter", explique-t-on dans l’entourage de Joël Giraud. L’objectif est double, a explicité le Haut-Alpin jeudi : "réparer et s'assurer que tout le monde reste debout" dans les territoires de montagne après cette saison noire, tout en établissant "une feuille de route pour la montagne dans les dix prochaines années". Il s’agit de "faire du cousu-main", a-t-il dit, reprenant l’expression favorite de sa ministre de tutelle Jacqueline Gourault. 

"Lits froids"

Du côté des aides, 4 milliards d'euros sont allés vers les acteurs de la montagne depuis le début de la crise. Ces derniers vont désormais pouvoir bénéficier de la prise en charge des coûts fixes à hauteur de 10 millions d'euros sur un an pour les plus grosses structures (voir notre article). Pour l'avenir, l’un des enjeux sera la diversification de l’offre touristique, d’où la visite à Chamonix d’un musée qui a bénéficié d’une subvention de 8 millions d’euros dans le cadre du plan de relance. On retrouve là l’idée du tourisme de "quatre saisons", avec la prise en compte des stations de moyenne montagne à l’équilibre plus que fragile face au manque chronique d’enneigement. Mais l’ancien maire de l’Argentière-la-Bessée défend une vision plus large, celle de l’économie et de l’attractivité de la montagne au-delà des seules stations, en favorisant aussi l’installation d’habitants à l’année. Condition sine qua non pour maintenir les services publics. "Ce qu’il faut c’est travailler à une montagne beaucoup plus résiliente et durable. Le ski reste le modèle phare mais on ne peut pas se limiter à ça. Il faut faire remonter des pistes de réflexion, les collectivités sont de bonne volonté", assure-t-on à son cabinet. Les régions, très allantes sur le sujet, seront associées. Autre enjeu fixé par le Premier ministre : la rénovation et la modernisation de l’immobilier de loisir, avec en filigrane la question des "lits froids", cauchemar des maires de stations face aux grandes barres héritées du plan neige des années 1960 souvent à moitié vides.

Alors qu’une mission confiée au président du département du Puy-de-Dôme, Jean-Yves Gouttebel, travaille à l’avenir des stations thermales (qui sont souvent en zone de montagne) et que 50 millions d’euros sont fléchés vers le tourisme dans le cadre du plan de relance, la députée des Hautes-Pyrénées Jeanine Dubié (présidente de l’Association nationale des élus de la montagne) avait interpellé le gouvernement le 2 mars sur l’articulation de tous ces dispositifs entre eux. La tenue d’un comité interministériel devrait y apporter de la cohérence.

  • Annie Genevard nouvelle présidente de la commission permanente du CNM

La députée LR du Doubs Annie Genevard a été élue, vendredi 12 mars, présidente de la commission permanente du Conseil national de la montagne (CNM). Elle succède à Joël Giraud, ancien député des Hautes-Alpes devenu secrétaire d’Etat chargé de la Ruralité.

Annie Genevard a été notamment co-rapporteur de la loi "de modernisation, de développement et de protection des territoires de montagne" de 2016, dite "loi Montagne 2". Elle a été également présidente de l’Association nationale des élus de la montagne de 2018 jusqu’au congrès de Corte en 2020 où elle a cédé sa place à la députée PRG des Hautes-Pyrénées Jeanine Dubié.

Le CNM est une instance consultative présidée par le Premier ministre. Ses membres sont nommés pour une durée de six ans.

 

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