Budget des missions locales : le ministre demande plus de comptes
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a réitéré sa volonté de renforcer l'évaluation des missions locales, s’intéressant en particulier à la qualité du contrat d’engagement jeune.
© Capture vidéo Assemblée nationale/ Jean-Pierre Farandou
Il persiste et signe. Lors d'un débat à l’Assemblée nationale sur l’avenir des missions locales, organisé à l’initiative du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a de nouveau appelé à "une démarche d’efficience" du côté des missions locales. "Je me sens comptable du milliard d'euros que l'État me confie et que mon ministère alloue aux missions locales pour qu'elles fonctionnent et appliquent les politiques dédiées à la jeunesse", a déclaré le ministre, mercredi 7 janvier.
S’il a fini par reconnaître que la coupe de 13% des crédits prévue dans le projet de budget initial (lire notre article) "ne permettrait pas d’assurer la qualité du service ni le volume d’activité du réseau", il estime que des économies sont possibles et plaide pour des baisses de crédits limitées à 6%.
Les collectivités locales appelées à financer
Estimant que l’Etat fait largement sa part dans le financement, il renvoie la balle dans le camp des collectivités, devant des parlementaires dans leur majorité (à l’exception du RN) acquis à la cause des missions locales et sensibles aux problèmes d’insertion des jeunes.
"Aujourd’hui, tout le monde s’en prend à l’État. Le débat mérite d’avoir lieu, je suis là pour ça, mais force est de constater que l’État [en] devient de plus en plus souvent le financeur principal. Quelle est la ligne de fuite de cette tendance ? Jusqu’où l’État doit-il aller ?", a-t-il interrogé. En 2023, la contribution étatique représentait 74% du financement des missions locales.
Dans leur note préalable à la séance thématique, les rapporteurs - Emmanuel Maurel, Océane Godard et Christine Le Nabour - pointent cependant l’inégale capacité des missions locales "à mobiliser des financements complémentaires, notamment via le Fonds social européen ou les appels à projets régionaux". L’accès à ces fonds, qui ne représentent pas une alternative suffisamment solide, exige selon eux “une ingénierie lourde et spécialisée” dont certaines missions locales sont dépourvues.
Le contrat d’engagement jeune remis en question
En lien avec ces débats budgétaires, le ministre a annoncé vouloir créer un "tableau de bord de l’activité des missions locales". Jean-Pierre Farandou veut notamment évaluer "l’efficacité" des contrats d’engagement jeune. "Un [sortant] sur quatre en emploi durable, cela signifie que trois sur quatre n’en ont pas. Dans ma logique, on peut s’interroger sur ce résultat." Reste à "déterminer sur quels critères se fera cette évaluation".
Dans leur note, les rapporteurs soulignent les limites d’une telle approche. "Les CPO [conventions pluriannuelles d’objectifs] continuent de mesurer prioritairement la réussite à l’aune des sorties vers l’emploi, sans valoriser le travail de levée des freins sociaux ni les entrées en formation, pourtant déterminantes pour les publics les plus éloignés de l’emploi", écrivent-ils.
La contractualisation 2026-2028 dans les tuyaux
Ces déclarations interviennent alors que l’Etat et l’Union nationale des missions locales négocient la convention pluriannuelle d’objectifs pour la période 2026-2028, l’actuelle étant arrivée à échéance. Une première version de cette convention a été signée en décembre 2025 pour assurer les avances de crédits en 2026.
Mais un avenant doit être conclu d’ici à la fin du printemps pour en préciser les critères d’évaluation. La tête de réseau affiche sa vigilance. "Nous ne souhaitons pas alourdir le dispositif actuel. Nous souhaitons alléger le temps des conseillers au reporting qui a augmenté ces dernières années", précise Jean-Raymond Lépinay, membre du bureau de l’Union nationale des missions locales.