Canicule : 72 départements en vigilance rouge ce 25 juin

Alors que la journée du 23 juin a été "la plus chaude jamais enregistrée en France", avec une moyenne de températures diurnes et nocturnes de 29,9°C, Météo-France a placé 72 départements en vigilance rouge ce jeudi 25 juin à la mi-journée. Dans cette France en surchauffe, la ruée sur les appareils de climatisation alimente le débat sur l'adaptation au changement climatique.

La journée de ce jeudi 25 juin sera encore "suffocante" avec 14 départements supplémentaires en rouge à la mi-journée, soit 72 au total, avant une éventuelle rétrogradation en soirée d'une dizaine d'entre eux sur la façade ouest, exposée aux orages, selon Météo-France.

La France a connu ce 24 juin sa journée la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des mesures en 1947, effaçant le record qui avait été établi la veille, a indiqué l'établissement public. L'indicateur thermique national, moyenne de températures diurnes et nocturnes dans 30 stations de référence, a atteint 30°C, selon des données provisoires établies mercredi à 17h00. Il était de 29,9°C mardi 23 juin. 

A Paris, Météo-France a enregistré 40,3°C. C'est la quatrième fois en 150 ans de mesures que la capitale dépasse la barre des 40°C, et la première fois cette année. La maximale de la journée a été enregistrée dans les communes de Palluau en Vendée et Pissos dans le Sud-Ouest, avec 43,8°C, a aussi indiqué le prévisionniste national. Cette vague de chaleur entamée mercredi 17 juin devrait se poursuivre ce week-end sur une grande partie du pays, a-t-il indiqué. Malgré l'amorce d'un rafraîchissement par l'ouest, cet air moins chaud aura du mal à gagner l'ensemble du pays et les conditions caniculaires se maintiendront sur une grande partie du territoire pendant le week-end, avec des maximales autour de 40°C à 42°C", a déclaré Benoît Thomé, directeur des relations institutionnelles chez Météo-France lors d'un point presse.

Risque d'incendies

Ces températures élevées associées à la faible humidité de l'air, persistant parfois jour et nuit, et à des vents modérés et très secs accroissent le risque de feux de forêts. Plus d'une trentaine de départements sont déjà en danger élevé sur la carte de la Météo des forêts, établie par Météo-France "et ce nombre s'élève encore jeudi, avec des départements en niveau de danger très élevé, pour la première fois cette saison", indique l'organisme.

Sous la fournaise, des infrastructures sont mises à l'épreuve : dans le Finistère, jusqu'à 120.000 foyers ont été privés d'électricité après un incident sur un transformateur près de Quimper. Dans le Sud-Ouest, un réacteur nucléaire de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) est à l'arrêt en raison du réchauffement des eaux de la Garonne qui servent à le refroidir.

Selon une étude scientifique publiée cette semaine, la canicule qui frappe la France et une partie de l'Europe est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", sans lequel il ferait actuellement 2 à 4°C plus frais. En Espagne, les journées de lundi et mardi ont été les plus chaudes enregistrées pour un mois de juin depuis 1950.

Cette canicule est comparée en France à celle de 2003, qui avait fait 15.000 morts dans le pays. En 2025, les fortes températures ont tué quelque 5.700 personnes, les trois quarts ayant plus de 75 ans, selon l'agence Santé publique France. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait état d'une quarantaine de morts par noyade depuis le 18 juin, "essentiellement des jeunes". 

Pic de passages aux urgences

Accusé d'avoir tardé à réagir lors d'une première vague de chaleur en mai, le gouvernement a renforcé la mobilisation du système de santé. Selon Santé Publique France, les services d'urgence ont enregistré en début de semaine un pic de passages liés à la canicule pour des personnes de tout âge, avec un afflux "rarement, voire jamais observé" pour un tel phénomène. Pour ne rien arranger, patients et soignants "crèvent de chaud" dans nombre de bâtiments mal isolés et non climatisés, selon les professionnels de santé. De façon générale, le monde du travail jongle entre horaires remaniés, chantiers interdits l'après-midi et pénibilité accrue.

Favorisée par les fortes chaleurs, la concentration d'ozone dans l'atmosphère a dépassé le seuil réglementaire dans le Nord et le Pas-de-Calais, placés en niveau d'alerte mercredi et jeudi avec une réduction de vitesse autorisée sur les routes.

Etablissements scolaires perturbés

Plus de 8.000 établissements scolaires (sur 60.000) sont perturbés, dont environ 1.800 fermés, selon le gouvernement. Des oraux du bac ont été reportés pour 10.000 candidats mais les épreuves du brevet sont maintenues vendredi matin.    Mardi, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a demandé à la Caisse des Dépôts et EDF de "réfléchir à des solutions". Sa collègue de la Transition écologique, Monique Barbut, a évoqué mercredi "un mur d'investissements".

Clim' ou pas clim'?

En attendant, climatiseurs et ventilateurs s'arrachent : le groupe Carrefour dit avoir vendu, lundi, "mille fois plus" d'appareils qu'à l'ordinaire. Le taux d'équipement des foyers français a bondi d'un tiers en deux ans, passant de 18% en 2023 à 24% en 2025selon l'Ademe. Cette progression se fait malgré une image encore très dégradée : moins de deux Français sur dix jugent la climatisation respectueuse de l'environnement, selon un sondage Ipsos publié en juin.

Le sujet est devenu omniprésent en politique, de Marine Le Pen prônant un "grand plan clim" à Jean-Luc Mélenchon estimant que "climatiser partout" serait "augmenter les dégâts", en passant par l'écologiste Marine Tondelier, pour qui elle "fait partie des solutions" sans être "une solution à tout". Signe d'une modification de l'opinion sur le sujet, la ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon défend aujourd'hui une "climatisation partout où c'est nécessaire", alors que l'ex-ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher y voyait une "mal-adaptation" il y a encore un an.

Débat trop binaire, jugent les experts

Pour les spécialistes interrogés, le débat est souvent trop binaire. "La climatisation n'est ni bonne ni mauvaise en soi", affirme à l'AFP l'urbaniste Clément Gaillard. Elle constitue une "mal-adaptation" - une réponse au réchauffement qui crée de nouveaux risques - "si l'on compte exclusivement sur cet équipement pour régler le problème de la chaleur".

Ses détracteurs blâment souvent sa consommation, dont l'impact climatique diffère selon que l'électricité provient d'énergies fossiles ou bas carbone. "La clim' ne pose pas de problème aujourd'hui en France pour le climat", a jugé mi-juin sur LCI François Gemenne, coauteur de rapports du GIEC, rappelant que l'électricité française était largement décarbonée.

D'autres écueils demeurent : des fluides potentiellement polluants, même si la réglementation a réduit leur impact, et le rejet de la chaleur extraite du logement, à laquelle s'ajoute celle du compresseur. Cet air chaud ne réchauffe pas globalement l'atmosphère, mais peut aggraver localement la chaleur dans des secteurs urbains denses et mal ventilés, explique à l'AFP Vincent Viguié, économiste au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired).

Parce qu'il est difficile de modéliser ces flux d'air à l'échelle d'une agglomération, d'autant que le "réchauffement créé" varie selon les installations, rappelle le chercheur, l'ampleur du phénomène ne fait pas l'objet d'un consensus scientifique. Selon les études, l'effet va de quelques dixièmes de degré à plusieurs degrés. Des travaux américains suggèrent un impact marginal en journée, lorsque le soleil domine, mais un frein au refroidissement nocturne des villes. A Lyon, une modélisation du quartier dense de La Buire en 2025 a montré que des climatiseurs installés sur les façades pouvaient localement augmenter la température de l'air de 1,75°C et réduire leur propre efficacité énergétique.

Pourtant, face au phénomène de "nuits tropicales" (températures au-dessus de 20°C la nuit), les spécialistes concèdent que les solutions alternatives trouvent leurs limites. Selon une modélisation du Cired de 2020 portant sur une canicule extrême en région parisienne à l'horizon 2070-2100, remplacer toute la climatisation par des mesures passives (espaces verts, rénovation) laisserait les Franciliens exposés six heures par jour à une température ressentie supérieure à 32°C. Une étude du collectif Rénovons et du centre de recherche TIPEE publiée ce 24 juin estime, elle, que la rénovation énergétique permet de rester 10 degrés en dessous de la température extérieure.

Bâtiments mal conçus

Pour Clément Gaillard, la véritable "mal-adaptation" réside avant tout dans les bâtiments pensés sans prendre en compte l'évolution du climat : immeubles modernes très vitrés, à l'orientation inadaptée... Même des logements récents, mieux isolés pour l'hiver, ne sont pas toujours adaptés : avec une isolation par l'intérieur, "paradoxalement, le bâtiment va monter encore plus facilement en température", avertit-il. Les spécialistes prônent des solutions "sobres" (volets, stores, ventilateurs de plafond) non comme substituts absolus à la climatisation, mais pour en modérer l'usage. A l'échelle collective, les réseaux de froid urbain, développés notamment à Paris, peuvent aussi limiter les rejets de chaleur dans les rues. Mais ils sont quasiment inaccessibles aux particuliers.

Comme la climatisation est "énergivore", "l'idée, c'est de ne pas l'installer partout au détriment du reste, mais (seulement) quand c'est nécessaire et possible", a fait valoir ce 24 juin à l'Assemblée nationale le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, disant aborder le sujet "sans dogmatisme". Pour Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français de la performance du bâtiment (Ifpeb), "quand toute la France aura des volets et des toitures isolés, on aura une assise plus confortable pour débattre de la climatisation".

 

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