Canicule de juin : près de 6.000 décès en excès en France, de tous âges et différentes régions

L'excès de mortalité observé en France lors de l'épisode de canicule de juin, inédit depuis la canicule de 2003, a touché toutes les classes d'âge à partir de 15 ans et a été particulièrement important en Île-de-France, selon des données provisoires rendues publiques ce 22 juillet par Santé publique France (SpF).

Près de 6.000 décès. À ce jour, 5.764 décès toutes causes en excès ont été constatés sur la période du 17 juin au 2 juillet, indique SpF dans son deuxième bilan sur cette période, après des premiers chiffres dévoilés début juillet. Au total, 21.674 décès ont été observés sur la période, soit 36,2% de plus qu'attendu. La hausse de décès observée est très marquée à partir du 22 juin et a atteint un pic le 26 juin. Plus de la moitié (56%) des excès de décès sont concentrés sur trois jours, du 25 au 27 juin, au niveau national. En 2003, la canicule, d'une durée de trois semaines en août, avait causé 15.000 morts. Finalement, "on constate que malgré l'épisode de juin extrêmement intense (...), le nombre de morts en excès constaté est bien inférieur" à 2003, a fait valoir ce 22 juillet le cabinet de la ministre de la Santé  lors d'un point presse. La canicule de 2003 avait toutefois duré trois semaines, contre 16 jours cette fois-ci. Guillaume Boulanger, expert de SpF, a néanmoins appelé à rester prudent dans la comparaison, "à 20 ans d'écart" avec des données à l'époque moins "robustes", le dispositif de collecte ayant été améliorée depuis, et alors que "l'offre de soins a largement évolué, la pyramide des âges également", la population française étant plus âgée.

Toutes les classes d'âge. L'excès de mortalité concerne principalement les personnes âgées mais touche "de manière inédite" toutes les classes d'âge à partir de 15 ans, précise SpF. Les personnes âgées de 75 ans et plus constituent les deux tiers des décès en excès, avec 3.719 décès toutes causes. Mais l'évènement s'est avéré aussi très meurtrier pour la tranche des 45-64 ans, avec 979 décès en excès, soit un bond de 55% par rapport à la mortalité attendue à cette période, hors évènements exceptionnels. Et la hausse est de 29,6% chez les 15-44 ans, soit 118 décès en excès.

L'Île-de-France particulièrement touchée. D'une "précocité" et une "durée inédites", la canicule de juin 2026 a affecté presque toute la population hexagonale (98,5%) dans 92 départements, à une "période encore importante d'activités scolaires et professionnelles", rappelle SpF. Toutes les régions sont concernées par un excès de mortalité, excepté la Corse, l'Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur, "dont la population a été exposée de manière moins intense à la chaleur", indique SpF. L'Île-de-France est la région la plus touchée avec 1.999 décès en excès, soit +81,2%. Les autres régions les plus concernées sont le Grand Est (+38,9% de décès toutes causes en excès), Pays de la Loire (+55,2%), et Centre-Val de Loire (+62,6%).

Hôpital / domicile. Les décès ont augmenté dans tous les types de lieux : établissement hospitalier, domicile et Ehpad. Sur les 21.674 décès observés sur la période, 46% sont survenus en établissement hospitalier, 34% à domicile et 16% en Ehpad.

Le ministère de la Santé précise dans un communiqué que les données de mortalité "proviennent des bureaux d’état-civil, transmises par l’Insee" et sont issues "d’un échantillon d’environ 5.000 communes, couvrant 84% de la mortalité nationale" (voir encadré ci-desssous). L'estimation finale de de l'excès de mortalité consolidée sur l'ensemble de l'été sera publiée par SpF à la fin de la période de surveillance estivale. Le bilan va "vraisemblablement" s'alourdir, estime SpF, car une part des décès aujourd'hui comptabilisés comme dans la normale seront finalement imputés à la chaleur.

Un bilan complexe établi en plusieurs étapes

A la suite d'un épisode de canicule, l'agence sanitaire Santé publique France (SpF) calcule plusieurs types d'estimations. Dès une semaine après la fin de la période, l'agence publie de premières données de la mortalité toutes causes confondues, basées sur la remontée des certificats électroniques de décès, qui enregistrent environ 60% de la mortalité nationale. Cette couverture est néanmoins hétérogène selon les régions et surtout selon le type de lieu de décès : elle n'enregistre que 25% de décès survenant à domicile, 45% de ceux en Ehpad et près de 80% en établissement hospitalier. Ces données doivent donc être interprétées avec prudence.

Trois semaines après la fin de chaque vague de chaleur, l'agence publie un deuxième jeu de données qui s'appuie sur un échantillon d'environ 5.000 bureaux d'état civil, qui transmettent automatiquement leurs données à l'Insee. Ce réseau couvre 84% de la mortalité nationale. A partir des données des bureaux d'état civil, SpF publie une estimation du nombre de décès toutes causes en excès pendant les épisodes de canicule en comparant la "mortalité toutes causes" observée à une "mortalité toutes causes" de référence attendue. Elle utilise pour cela un modèle statistique développé dans le cadre du projet Européen EuroMomo qui prend en compte les données historiques sur six années, la tendance générale, les fluctuations saisonnières et exclut les périodes de survenue d'évènements extrêmes comme des épidémies. Ce sont ces données qui ont été publiées ce mercredi pour la canicule de juin. Mais, encore une fois, elles doivent être interprétées avec prudence car la remontée des données par l'Insee peut prendre plusieurs semaines pour être consolidées. Elles ne permettent donc pas de connaître les décès imputables à la chaleur, mais seulement la surmortalité survenue pendant un épisode.

Le bilan consolidant l'ensemble des données disponibles est publié par SpF à la fin de la période de surveillance estivale. Celui-ci intègre impacts globaux sur la santé, estimation définitive de l'impact sur la "surmortalité toutes causes", mortalité toutes causes attribuable à la chaleur, bilan des accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur... Mais ce chiffre est généralement considéré comme sous-estimé, le lien avec la chaleur n'étant pas toujours identifiable directement. Si une personne décède à domicile quelques heures ou quelques jours après avoir été exposée toute la journée à la chaleur sur son lieu de travail, sa mort ne sera pas imputée à son activité professionnelle.

 Ce bilan, qui permet de connaître l'impact réel de la chaleur sur la santé de la population française, peut être bien plus lourd que les précédents car il identifie les décès imputables à la chaleur sur l'ensemble de l'été et non sur les seuls jours de canicule notamment. En 2025 par exemple, 1.900 décès ont été attribués à la chaleur pendant les trois épisodes de canicule et 5.700 sur la période de surveillance de SpF, du 1er juin au 30 septembre. Concernant les causes précises des décès, l'analyse demande des études plus poussées qui peuvent prendre plusieurs années.

 

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