Face à la canicule, le système de santé passe en gestion de crise

Alors que la pression s'accroît sur les services d'urgence, le gouvernement a activé ce jour le niveau 3 du plan Orsan, "niveau le plus élevé de mobilisation sanitaire". Il s'agit en particulier de mobiliser des effectifs supplémentaires – étudiants en médecine, réserve sanitaire, volontaires en service civique – et de renforcer la coordination entre hôpitaux, cliniques, médecine de ville et secteur médicosocial. Alors que 60% des hôpitaux ne sont pas climatisés, 100 millions d'euros sont débloqués pour l'installation en urgence de solutions "d'appoint" de rafraîchissement – il faudra encore dix ans pour que l'ensemble des établissements soient équipés durablement. Au sein des établissements et services pour personnes âgées, la Fnadepa prévient : "Les difficultés se font sentir partout, au regard de l’intensité et de la durée de la canicule."

"La canicule ne faiblit pas dans notre pays et la pression sur notre système de santé continue de s’intensifier. C’est pourquoi, en concertation avec Stéphanie Rist, j’ai décidé d’activer le plan Orsan au niveau 3, le niveau le plus élevé de mobilisation sanitaire", a annoncé ce 25 juin 2026 le Premier ministre, Sébastien Lecornu, sur les réseaux sociaux. 

Le niveau 2, celui de la montée en puissance de ce dispositif d'organisation de la réponse sanitaire épidémique et climatique (Orsan Epi-Clim), avait été activé mardi. Selon le cabinet de la ministre de la Santé, la tension s'est depuis fortement accrue sur le système de santé avec une multiplication par quatre des passages aux urgences pour des raisons liées à la chaleur (hyponatrémie, hyperthermie, déshydratation) mais également une multiplication par quatre des appels à SOS Médecins dans les dernières 24 heures. Si la surmortalité liée à la canicule ne peut être encore évaluée avec précision, l'AP-HP a enregistré pour Paris 25 arrêts cardiaques en 24 heures, contre de l'ordre de 10 habituellement, indique l'entourage de Stéphanie Rist. 

La tension "va rester forte" dans les prochains jours

La situation est actuellement "maîtrisée", assure encore le cabinet de la ministre, avec "quelques signaux" d'alerte notamment en Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine et Grand Est. Mais la tension sur l'hôpital, et notamment les services de réanimation, "va rester forte" dans les prochains jours. En effet, si ce deuxième épisode de canicule de l'année 2026 devrait se terminer en fin de semaine, "les effets sur le corps de la chaleur peuvent mettre plusieurs jours à se déclarer". 

Pour éviter la saturation, le passage en "gestion de crise" devrait donc conduire à l'activation massive de "plans blancs" par les établissements de santé, partout où la situation l'exige – actuellement "moins d'une dizaine" auraient été enclenchés sur toute la France. Cela leur permet de mobiliser davantage de personnels, de déprogrammer et de réorganiser les services pour faire face à l'afflux de patients. Le recours à l'hospitalisation à domicile sera également intensifié pour accélérer certaines sorties d'hôpital et libérer ainsi des lits. 

Des étudiants en médecine en appui du 15 

Autre mesure : le renforcement de la régulation effectuée par les centres 15 du Samu, avec une mobilisation prochaine, par arrêté de la ministre, des étudiants en médecine. Le gouvernement compte par ailleurs sur la réserve sanitaire et les volontaires en service civique pour venir en renfort des établissements, parallèlement à une "mobilisation renforcée des cliniques privées". Les cliniques et leurs 130 services d'urgence sont "sur le pont" mais souhaitent une "répartition équitable" des financements débloqués dans le cadre de la crise, a indiqué à l'AFP le président de la Fédération de l'hospitalisation privée. 

Une forte implication de la médecine de ville est enfin attendue, ainsi qu'une coordination d'ensemble renforcée (hôpitaux-cliniques-ville-médicosocial) pour effectuer des visites à domicile, éviter certains passages aux urgences mais aussi anticiper des décompensations chez des patients suivis en psychiatrie ou pour des maladies chroniques – dégradations survenant "parfois cinq à dix jours après" l'exposition, pour les malades chroniques, selon le cabinet. 

En matière de climatisation, des "outils d'appoint de rafraîchissement" vont être déployés en urgence à l'appui d'une enveloppe nouvelle de 100 millions d'euros, selon Stéphanie Rist qui était interrogée sur France 2 le 24 juin 2026. Sur le plus long terme, au sein du plan d'investissement de 6 milliards d'euros dans les hôpitaux (voir notre article), la somme dédiée à l'adaptation au changement climatique est portée à 600 millions d'euros (soit le double du montant initialement prévu). "Dans 10 ans, 100% des hôpitaux seront adaptés au réchauffement climatique", fait valoir la ministre. Actuellement, 40% des hôpitaux sont climatisés. 

Ehpad : "La présence d’une seule pièce rafraîchie ne suffit plus"

En Ehpad, les efforts d'adaptation mis en place après la canicule de 2003 – dont l'existence d'au moins une salle climatisée, la formation du personnel, l'activation des plans bleus dès le début de la canicule – portent leurs fruits, selon le cabinet de la ministre qui fait état de premiers retours rassurants. L'inquiétude du gouvernement porte actuellement davantage sur les personnes isolées, d'où les appels répétés à la solidarité. 

"La présence d’une seule pièce rafraîchie [en établissement] ne suffit plus pour garantir le repos nocturne des personnes âgées", a toutefois alerté la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa) dans un communiqué diffusé le 23 juin. En établissement comme au domicile des personnes, "à l’exception de certains départements du Sud où les bâtiments sont climatisés en totalité, les difficultés se font sentir partout, au regard de l’intensité et de la durée de la canicule", selon la Fédération, qui a interrogé ses 1.600 adhérents et qui demande "une mobilisation renforcée de l’État et des financements d’urgence". 

 

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