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Gestion de l'épidémie : Jean Castex défend son "approche territoriale"

Alors que, depuis Marseille, les élus dénoncent le "deux poids deux mesures" de la gestion de la crise et les décisions prises depuis Paris, le Premier ministre défend au contraire son approche territoriale. Mettant en garde contre une "recrudescence de l'épidémie", il a annoncé jeudi 27 août le passage de 19 nouveaux départements en zone rouge dans lesquelles les préfets ont des pouvoirs renforcés. Il veut éviter tout reconfinement global ou territorial. Mais les plans sont prêts.

Singulière situation aux airs de classico que ces deux conférences de presse tenues en même temps, jeudi 27 août, d’un bout à l’autre de la France. A Paris, le Premier ministre Jean Castex dressait un point sur la situation sanitaire, à quelques jours de la rentrée, aux côtés du ministre de la Santé Olivier Véran et du ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. Exercice d’équilibriste pour Jean Castex qui s’est évertué à alerter sans affoler…   "Nous sommes depuis quelques semaines dans une phase incontestable de recrudescence de l'épidémie", a prévenu l’ancien "Monsieur déconfinement" qui ne voudrait pas se transformer en Premier ministre du "reconfinement". Même si, dit-il, les plans de reconfinement globaux ou territoriaux sont prêts. Au cas où. "La stratégie du gouvernement repose sur la mobilisation de tous les moyens pour éviter un reconfinement généralisé. Mais il est de notre devoir de nous y préparer car nous ne pouvons nous priver d'aucun outil", a scandé le Premier ministre.

"Deux poids deux mesures"

Dans la Cité phocéenne, les élus étaient réunis dans l’IHU Méditerranée Infection du célèbre professeur Didier Raoult pour présenter de "nouvelles actions communes". Mais la nouvelle édile de Marseille Michèle Rubirola en a profité pour tacler la récente décision de fermer les bars et restaurants de la ville après 23h. Décision prise, selon elle, "sans concertation" et qui touche tout le département. "Le gouvernement a décidé depuis Paris de ce qui serait bon pour notre ville, sans engager le dialogue nécessaire avec les élus, et surtout sans nous donner les moyens de faire respecter les décisions qui sont les siennes", a-t-elle accusé en présence de son ancienne concurrente dans la course à la mairie Martine Vassal, présidente LR de la métropole et du département des Bouches-du-Rhône, et de Didier Raoult. Selon elle, il y a un "deux poids deux mesures".

Depuis Paris, le Premier ministre a loué au contraire "l'approche territoriale" de la gestion de la crise, "avec des stratégies de réponses ciblées, rapides et graduées dès lors qu'est constatée une dégradation de la situation épidémiologique dans tel ou tel territoire". Il a annoncé que 19 départements (en plus de Paris et des Bouches-du-Rhône) étaient passés en zone rouge (zone de circulation active du virus), portant le total à 21*.

Il faut en priorité "casser les chaînes de transmission", a-t-il dit, annonçant qu’à Paris, le préfet allait décider, après concertation avec le maire Anne Hidalgo, de rendre obligatoire le port du masque partout, alors qu’il ne l’est à ce jour que dans certaines rues. La question se posera aussi dans les communes de la petite couronne, a-t-il précisé. La mesure sera effective à Paris dès vendredi 8h, a précisé la mairie un peu plus tard. Le Premier ministre a aussi loué la gestion de la crise en Mayenne où le taux d’incidence de la population a pu repasser de 180 à 60 cas pour 100.000 habitants en un mois, grâce aux campagnes de dépistage et aux mesures d’isolement. De manière générale, "les préfets, avec l'appui des ARS, préparent un lien étroit avec les maires et les élus, des plans d'action pour adapter leur territoire et leurs institutions à une éventuelle recrudescence de l'épidémie", a martelé Jean Castex.

840.000 tests pas semaine

Sur le terrain, la campagne de tests fonctionne aujourd’hui à plein régime (voir notre reportage à Vendôme). 840.000 tests ont été réalisés cette semaine, a indiqué Olivier Véran, alors qu’il s’était engagé à 700.000 tests. 58% des résultats sont communiqués dans les 24 heures, assure même le gouvernement. Mais l’objectif est à présent d’atteindre le million de tests par semaine. S’agissant des tests salivaires, le ministre a indiqué qu’ils devaient encore être validés sur le plan scientifique et que des essais étaient en cours. "Ce serait important, cela permettrait de développer encore notre dispositif."

La très nette augmentation du nombre de tests pourrait expliquer la recrudescence des cas de contamination (3.000 nouveaux cas par jour, 3 fois plus qu’après le déconfinement). Mais "cette montée en puissance des tests n'explique pas tout. En effet, le pourcentage de personnes positives augmente. Le taux de positivité des tests était de 1% juste après le déconfinement. Il est aujourd'hui autour, au-dessus même, de 3,7", a expliqué le Premier ministre. Le taux d'incidence est aujourd’hui de 39 personnes positives pour 100.000 dans la population, 4 fois plus qu'il y a un mois. Pour rappel toutefois, il était de 1.000 au pic de l’épidémie.

"Le nombre d’hospitalisations, précisément, commence doucement mais sûrement à augmenter : plus de 800 patients Covid sont admis à l’hôpital par semaine en ce moment, contre 500 il y a 6 semaines. Ce n'est pas une explosion, c'est une tendance", a aussi mis en garde le chef du gouvernement. Le virus est particulièrement actif chez les jeunes avec 6% de tests positifs chez les 20-30 ans (c’est ce qui a justifié la décision prise à Marseille), a-t-il insisté.

700 verbalisations par jour

La stratégie gouvernementale ne repose pas que sur les dépistages et la sensibilisation aux gestes barrières. Les préfets sont chargés d’exécuter des "plans de contrôles". 30.000 contrôles ont été effectués dans des établissements recevant du public ayant donné lieu à "1. 900 mesures de police, des mises en demeure, des demandes correctives et à 53 fermetures", a égrainé le Premier ministre. 700 verbalisations pour non-port du masque tombent chaque jour, s’est-il félicité. "C'est aux autorités locales, en fonction de ce qui est constaté, de décider de l'intensification éventuelle de ces actions."

Dans les 21 départements classés en rouge, les préfets disposent de pouvoirs renforcés. "Ils peuvent, après concertation avec les maires, généraliser le port du masque dans l'espace public (comme à Paris, ndlr), au moins dans les grandes agglomérations et dans les grandes villes des départements concernés." Dans ces secteurs, il n’est plus possible de déroger à l'interdiction des rassemblements de plus de 5.000 personnes.

A Marseille, le professeur Raoult a insisté sur la nécessité de "répondre avec calme et optimisme" à ce "second acte" car "le pessimisme tue les malades". "Il ne faut pas devenir fou, même si je sais que c'est difficile à l'heure actuelle", a-t-il lâché, d’après l’AFP. Sept personnes seulement sont actuellement en réanimation à l'hôpital marseillais de la Timone pour cause de coronavirus.

 

*Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Gard, Haute-Garonne, Gironde, Hérault, Loiret, Rhône, Sarthe, Paris, Seine-et-Marne, Yvelines, Var, Vaucluse, Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Val-d'Oise, Martinique et Guadeloupe

 

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