Ce que disent les indicateurs de valeur ajoutée des lycées sur leur performance scolaire en 2025
En dépassant la simple lecture des taux de réussite pour appréhender plus globalement les stratégies d'accompagnement et les trajectoires des élèves, les indicateurs de valeur ajoutée des lycées (Ival) publiés vendredi 3 avril 2026 tentent de mesurer autrement la performance scolaire des lycées. D'après nos 5 profils lycées, près de 30% se révèlent "performants", tandis qu'un peu plus d'un quart sont en "difficulté". La comparaison voie générale/professionnelle et secteurs public/privé accentuent sans surprise les contrastes.
© Jacques Witt/POOL/REA
Le ministère de l'Education nationale et sa direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) ont publié vendredi 3 avril 2026 les "indicateurs de valeur ajoutée des lycées (Ival) ( ainsi que les Ivac, les indicateurs des collèges - voire notre autre article du jour). L'ambition étant d'apprécier l'action d'un établissement sur la réussite de ses élèves au-delà des résultats bruts au baccalauréat. Cet outil s'appuie sur divers indicateurs destinés à tenir compte des disparités entre les établissements, qui ne sont pas confrontés aux mêmes enjeux selon les caractéristiques sociales et scolaires de leurs élèves.
La Depp examine ainsi les "taux de réussite" et les "taux de mentions au baccalauréat en 2025", mais aussi les "taux d'accès", c'est-à-dire la part des élèves entrés en seconde que les lycées accompagnent jusqu’à l'obtention du baccalauréat, quel que soit le nombre d'années (et donc de redoublement) nécessaire. Pour chaque établissement, la Depp établit ainsi une "valeur ajoutée" en calculant la différence entre les taux constatés et ceux "attendus" au regard du profil des élèves de chaque lycée.
Autrement dit, les Ival reposent sur une logique qui consiste à mesurer l'écart entre les performances observées et celles attendues au regard du profil des élèves. Cette approche permet de "neutraliser" en partie les effets de composition sociale et scolaire. Enfin telle est l'ambition de l'outil.
Le croisement de deux dimensions – la capacité à conduire les élèves de la seconde au baccalauréat (taux d'accès) et la réussite à l'examen – nous offre une grille de lecture. Chaque établissement est ainsi positionné selon qu'il fait "mieux" ou "moins bien" que prévu sur chacun de ces deux axes.
Cinq profils d'établissements
De cette double entrée émergent cinq catégories de lycées. Les établissements dits "performants" (29%) conjuguent accompagnement et réussite : ils mènent davantage d'élèves jusqu'au bac et affichent de meilleurs résultats à l'examen.
À l'opposé, les lycées "en difficulté" (27,1%) cumulent les écarts négatifs sur les deux indicateurs, traduisant des fragilités à la fois dans les parcours et dans la réussite finale.
Entre ces deux extrêmes, deux profils intermédiaires apparaissent. Les "accompagnateurs" (12,9%) privilégient la persévérance scolaire mais peinent à transformer cet accompagnement en réussite à l'examen. Les "sélectifs" (20,7%) affichent, eux, de bons résultats au bac, mais au prix d'un moindre maintien des élèves dans le parcours. Enfin, une catégorie "neutre" (10,3%) regroupe les établissements dont les performances correspondent globalement aux attentes statistiques.
Une polarisation marquée dans la voie professionnelle
Sans surprise, la répartition des profils diffère sensiblement selon les voies de formation. La voie professionnelle apparaît plus polarisée que la voie générale et technologique. Les lycées professionnels comptent ainsi 34,3% d'établissements en difficulté, contre 20,9% dans les lycées généraux et technologiques. Parallèlement, la part de lycées "performants" y est également plus élevée (33,1% contre 25,5%).
Autre enseignement : la quasi absence de profil "neutre" dans la voie professionnelle (2,8%, contre 16,8% en LGT). On pourrait traduire ce résultat par une plus forte exposition des lycées professionnels à des situations sociales tranchées.
Dans le privé, les profils "performants" et "sélectifs" surreprésentés
Le croisement des données met également en évidence des différences structurelles entre secteurs public et privé.
Dans l'enseignement privé, les profils "performants" (34,4%) et surtout "sélectifs" (35,8%) sont surreprésentés. À l'inverse, le secteur public concentre davantage d'établissements "en difficulté" (32,2%) et "accompagnateurs" (16,7%, contre 3,3% dans le privé).
Ces écarts ne doivent pas être interprétés comme un classement, mais plutôt comme le reflet de logiques différentes en termes de politiques d'accompagnement, de modalités de recrutement des élèves, d'offre de formation ou encore d'orientation.
Outil d'analyse plus que de hiérarchisation
Au total, sur les 4.081 lycées classés, près de 3 sur 10 apparaissent "performants", tandis qu'un peu plus d'un quart sont en difficulté (6,4% des établissements restent non classés faute de données exploitables). Cette typologie confirme l'intérêt des Ival comme potentiel outil d'analyse des pratiques éducatives. Elle invite à dépasser la simple lecture des taux de réussite pour appréhender plus globalement les stratégies d'accompagnement et les trajectoires des élèves.
En creux, elle rappelle aussi que la performance scolaire ne pourra jamais se mesurer grâce à un indicateur - y compris cet Ival, même s'il embarque des nuances - , car elle s'inscrit toujours dans un contexte plus vaste, territorial et social complexe.