Centres de données : un ratio coût/emplois qui interroge
Le sommet Choose France qui s’est tenu à Versailles le 1er juin dernier s’est soldé par des annonces de l’ordre de 93 milliards d’euros d’investissements pour 71 projets, dont un certain nombre liés aux infrastructures IA et aux data centers. Reste la question des emplois, tant en volume qu’en type de compétences recherchées.
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Le 1er juin dernier en marge du sommet Choose France, le président de la République, Emmanuel Macron, recevait le directeur général du groupe japonais Softbank, Masayoshi Son, afin de saluer un investissement massif de 45 milliards d’euros annoncé dans la région des Hauts-de-France. L’occasion de saluer un projet destiné à "accélérer le développement des infrastructures d’intelligence artificielles en France, avec l’engagement de développer et d’exploiter au moins 3 GW et jusqu’à 5 GW de capacités de centres de données dédiées à l’IA à l’échelle nationale", soulignait alors l’Élysée.
Selon un rapport sénatorial publié en février dernier, la France héberge actuellement 300 centres de données qui représentent quelques 50.000 emplois directs et indirects. Des établissements dont 70% sont aujourd’hui localisés en région Île-de-France. Lors du sommet Choose France, c’est pourtant bien une autre région, les Hauts-de-France, qui a semblé tirer son épingle du jeu dans ce domaine. Avec 45 milliards d’euros d’investissements dans les tuyaux - qui pourraient même atteindre à terme la barre des 75 milliards d’euros - Sofbank envisage ainsi la création de plusieurs data centers dans la région : à Bouchain et Dunkerque (Nord) ainsi qu’au Bosquel (Somme), dans un premier temps. En parallèle, le canadien Brookfield s’est positionné sur le site d’Escaudain (Nord) avec à la clé un investissement de 10 milliards d’euros, tandis que Bridgestone s’apprête à investir à Béthune dans "un site majeur de calcul" avec 8 milliards d’euros annoncés. Et selon AEF, des dizaines d’autres sites pouvant accueillir ce type d’infrastructures seraient toujours à l’étude dans cette région qui bénéficie pour cela d’un double atout : la présence de nombreuses friches industrielles et celle d’une centrale nucléaire (Gravelines), gage d’une puissance électrique suffisante pour exploiter ces établissements.
Une trentaine d’emplois pour 100 MW de puissance
En amont de ces annonces, le groupe de recrutement Randstad a publié une étude sur le recrutement dans les data centers. Il y constate une hausse de la demande de profils techniques et industriels qui pose déjà la question de la rareté de ces compétences très recherchées également dans d’autres domaines d’activité. Yoann Ferron, spécialiste chez Randstad du recrutement dans le domaine technologique, constate cette montée en puissance qui est selon lui un effet direct de l’adoption de plus en plus marquée par les DSI (direction des services informatiques) des entreprises de l’intelligence artificielle "qui pousse la croissance du secteur des data centers". S’agissant de l’exploitation de ces centres de données, deux types de compétences sont recherchées : celles en matière d’informatique et celles concernant la gestion des fluides ainsi que les métiers connexes tels que la sécurité. En résumé, "il y a la maintenance hardware et la maintenance de génie climatique". Sur la question du ratio entre la taille des établissements et le nombre d’emplois créés, Yoann Ferron compare volontiers les data centers aux plateformes logistiques : "Cela dépend essentiellement de la taille du data center mais en règle générale on parle d’un ratio entre puissance de consommation et nombre d’emplois entre 0,2 et 0,3, ce qui correspond pour un centre de 100 MW de puissance à une trentaine d’emplois liés à l’exploitation."
Des tensions sur les recrutements amenées à s’intensifier
La question qui vient ensuite est celle de la disponibilité des compétences recherchées. Dit autrement, ces métiers sont-ils des métiers en tension ? Pour Yoann Ferron, il faut bien distinguer les fonctions : "Le premier maillon est celui de technicien hardware, soit un niveau de qualification bac+2 ; ce sont des employés généralement chargés de renouveler les serveurs, de changer les cartes mères..." Des profils ouverts à des jeunes diplômés et qui s’apparente le plus souvent à des "jobs de lancement de carrière". D’où un important turn-over constaté qui crée des tensions sur le marché du recrutement pour ces postes spécifiques. "À l’opposé de la chaîne, explique le manager recrutement de la division technologies de Randstad, on recherche des profils d’experts du type ingénieurs systèmes et virtualisation, des experts en réseaux, en sécurité..."
Des métiers sur lesquels les tensions sont également fortes, constate Yoann Ferron. "Il s’agit de profils courtisés et qui le seront encore davantage demain ; il y a donc un enjeu important de formation aujourd’hui." "Car il n’y a pas que le secteur des data centers qui recrute ce type de profils, explique-t-il, s’agissant de compétences qui sont transposables au sein des DSI des entreprises, notamment celles qui n’externalisent pas ces fonctions." En conclusion, l’explosion du nombre de data centers en France va pousser cette rareté des profils, anticipe le spécialiste du recrutement.