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Développement des territoires - Ces collectivités qui courtisent la Chine

Plusieurs territoires français font les yeux doux aux investisseurs chinois, à l'instar de Châteauroux qui s'apprête à signer d'importants accords pour accueillir une cinquantaine d'entreprises avec la promesse de nombreux recrutements locaux. La Lorraine compte, elle, créer un centre d'affaires franco-chinois. A la clé : 3.000 emplois. Un peu tôt pour parler de "miracle".

"Les accords avec les entreprises chinoises intéressées vont être conclus mi-juillet 2012." Le directeur de cabinet du maire de Châteauroux est heureux d'annoncer la nouvelle, dénouement d'une longue période de négociations. La ville devrait en effet accueillir une cinquantaine d'entreprises chinoises sur la zone d'activités (ZAC) d'Ozans et la zone militaire actuellement occupée par le 517e régiment du Train qui doit quitter les lieux en 2012, dans le cadre de la réforme de la carte militaire. Spécialisées dans l'électronique et la haute technologie, ces entreprises devraient commencer à s'installer dès cette année dans cette zone qui deviendra un parc industriel franco-chinois. Elles devraient générer la création de 4.000 emplois, dont 80% recrutés localement. L'engouement de ces entreprises chinoises résulte de "la conjonction de plusieurs éléments, au premier rang desquels la présence de l'aéroport de fret international", explique Gil Avenous. Autres atouts du territoire : un foncier qui reste très accessible financièrement, une position centrale grâce aux infrastructures autoroutières et aussi, élément non négligeable, la possibilité pour ces entreprises de disposer rapidement d'un immobilier prêt à être investi tout de suite. "Nous sommes le seul site français à disposer d'une telle offre", assure Gil Avenous. Les entreprises chinoises vont aussi profiter d'autres avantages, notamment fiscaux, des exonérations de charges sociales prévues par la réforme militaire, et même des aides à la création d'entreprise. "Les premières installations pourraient commencer dès la fin de l'année 2012", prévient le directeur de cabinet du maire, qui considère que la signature de ces accords correspond à "la première grande étape d'un long processus".

Un travail de longue haleine

Cette implantation chinoise est en effet le résultat d'un long cheminement. En 2007, la région, qui gère l'aéroport, tente de développer le fret avec la Chine. Elle installe une antenne de son agence de développement à Pékin et organise des visites et contacts avec les entreprises chinoises. Durant deux ans, réunions et voyages se multiplient, donnant naissance à des contacts de plus en plus productifs. En 2009, une délégation franco-chinoise visite l'aéroport et cette fameuse zone d'activités d'Ozans. Intéressés par le site, les Chinois vont créer avec la France une société, la SFDEC (Sino-française de développement économique de Châteauroux) qui a pour objectif d'implanter des entreprises à cet endroit, rebaptisé le "Châteauroux Business District". En novembre 2010, le projet est officiellement dévoilé à l'occasion d'une conférence de presse en présence du président chinois Hu Jintao. Pour l'Indre, l'opération apparaît comme une véritable opportunité de redressement, alors que ce territoire souffre fortement du déclin de l'industrie textile et des conséquences de la réorganisation militaire. 

TerraLorraine

Outre les avantages fiscaux et sociaux, les entreprises chinoises vont, elles, pouvoir bénéficier de l'étiquette "made in France", gage de qualité pour les consommateurs et d'une porte d'entrée sur le marché européen. Si bien que les détracteurs du projet craignent que la zone d'activités ne serve en réalité de cheval de Troie...
Si l'exemple de de Châteauroux est très prometteur en termes d'emplois, on ne peut pas encore parler de véritable engouement des investisseurs chinois pour l'Hexagone. D'après le dernier rapport de l'Agence française pour les investissements internationaux (Afii) publié en mars 2012, la France est en Europe le troisième pays d'accueil des investissements chinois. Elle accueille 13% des projets de ce pays dirigés vers l'Europe, mais se place encore très loin de l'Allemagne. Ces dernières années, les projets d'investissements ont été plutôt stables : en 2011, 23 décisions d'investissement ont été identifiées, un peu moins qu'en 2010, qui avait été une année particulièrement faste (35 décisions d'investissement), mais dans la même lignée que 2009 (22), 2008 (17) et 2007 (24). Au total, les entreprises chinoises implantées en France emploient plus de 6.000 personnes.
Récemment deux projets symboliques ont fait parler d'eux. Tout d'abord, le Chinagora d'Alfortville. Ce vaste complexe hôtelier en forme de pagode situé au confluent de la Seine et de la Marne périclitait depuis des années. Or l'an dernier, le groupe chinois d'hôtellerie de luxe Huatian a décidé de lui redonner vie. L'ensemble devrait ouvrir ses portes cet automne. A Chartres, des fonds chinois pourraient voler au secours des projets d'investissements de la municipalité, notamment la rénovation de la gare ferroviaire et la réalisation d'un centre d'expositions. Mais en dehors de Châteauroux, c'est la Lorraine qui semble pousser le plus loin cette coopération avec un projet de centre d'affaires franco-chinois de 130 hectares supposé accueillir 2.000 entreprises et 3.000 emplois dès 2014. Ce centre, TerraLorraine, situé à Illange, sur la rive de la Moselle au sud de Thionville, sera destiné à faire connaître les entreprises chinoises aux décideurs européens. Il organisera des expositions internationales chaque année et rassemblera les sièges sociaux et les services commerciaux d'industries manufacturières chinoises. Les atouts de la Moselle : un terrain de 130 hectares disponible et aménagé, une proximité avec l'Allemagne et le Luxembourg. Les travaux devraient débuter à l'automne 2012.
"On en est au début, n'en tirons pas de conséquences définitives, tempère Jacky Lintignat, directeur général de KPMG à Localtis. La France intéresse la Chine, et vice-versa, c'est plutôt bien. Mais attention, ce n'est pas un miracle, plutôt une fenêtre qui s'ouvre, il reste tout à faire." Le consultant souligne aussi le retard pris en la matière par la France, en comparaison à des pays comme l'Allemagne, l'Italie ou l'Angleterre. "Les Chinois cherchent à se diversifier, et nous, nous avons un savoir-faire, des marques, un prestige qui se vendent bien, c'est un bon point de départ mais cela ne sera pas suffisant."

Emilie Zapalski

Chine : Des collectivités françaises en perte d'influence


Depuis la fin des années 1990, les collectivités françaises ont perdu de leur influence auprès des gouvernements locaux chinois, du fait de la montée en puissance d'autres partenaires, notamment européens, plus entreprenants, constate un rapport réalisé par le cabinet Technopolis pour le ministère des Affaires étrangères. En 2011, sur 154 actions conduites par les collectivités françaises, 15 seulement ont bénéficié d'un soutien de l'Etat, pour un montant moyen de 37.000 euros, indique ce bilan de la coopération décentralisée franco-chinoise qui regrette que ce soutien soit trop limité.
Toutefois, le XIIe plan quinquennal (2011-2015) va ouvrir de nouvelles perspectives "y compris sur le plan du développement urbain chinois". "Les collectivités territoriales françaises ont un rôle à jouer en tant que pourvoyeur d'expertise et de savoir-faire. En retour, les territoires chinois sont des terrains d'expérimentation de nouvelles technologies, de nouveaux modes de développement durable", souligne le rapport. A ce titre, le cabinet regrette le report de la création d'un fonds paritaire d'aide à la coopération décentralisée franco-chinoise axé sur le développement durable, thème qui sera à l'ordre du jour d'un séminaire organisé cet automne en Ile-de-France. En attendant les Assises de la Coopération décentralisée franco-chinoise en 2015, sans doute en Alsace, de tels séminaires intermédiaires auront lieu chaque année. En 2013, le thème retenu est celui de l'innovation.
Le rapport constate par ailleurs une grande diversité dans les actions et classe celles menées par l'Aquitaine, Rhône-Alpes, les Pays-de-la-Loire, l'Auvergne, Brest et la coopération Alpes-Sichuan comme les plus pertinentes en termes d'objectifs et de portée économique.
Le rapport formule 13 recommandations pour mieux coordonner cette coopération. Il suggère de mettre en place "un réseau régional informel de la coopération décentralisée franco-chinoise dans chaque région ayant retenu la Chine comme prioritaire".
Huit régions (Alsace, Auvergne, Pays de la Loire, Rhône-Alpes, Bretagne, Languedoc-Roussillon, Basse-Normandie, Nord-Pas-de-Calais) ont une représentation en Chine, principalement à Shanghai. Les villes de Nice, Le Havre, Montpellier et Toulouse, ainsi que les départements du Val-d'Oise des Hauts-de-Seine, sont aussi présents sur place.
Michel Tendil

 

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