Co-construire le smart territoire

Concilier développement urbain et développement humain implique la mise en place d'une gouvernance collégiale pour coconstruire la smart city. Dans cette gouvernance, l'usager-citoyen doit être au centre, sans oublier les acteurs économiques, sociaux et académiques, autant de contributeurs possibles au projet de smart territoire. Et pour favoriser échanges, projets et débats, le projet gagnera en visibilité en s'incarnant dans des lieux dédiés à l'innovation territoriale.

Créer une gouvernance partagée

Le territoire intelligent suppose d’être orchestré par une communauté d'intelligences. Sa logique est en effet profondément "systémique", par opposition à sectorielle, et nécessite d'agir sur tous les leviers, qu'ils soient économiques, sociaux ou culturels. Cette caractéristique implique pour les élus une approche partenariale associant les acteurs institutionnels, économiques, académiques et sociaux du territoire.

Le smart territoire doit tenir compte de la répartition des compétences entre les différents niveaux de collectivité. En matière de mobilité, à titre illustratif, la commune a la compétence voirie et stationnement, l'EPCI pilote les transports urbains voire les mobilités douces quand la région assure les liaisons interurbaines. La "smart mobilité" induit donc une collaboration étroite entre ces différentes entités, a minima sur le partage des données (offre, horaires, incidents…). Une équation que l'on retrouve sur la plupart des sujets "smart", des télécoms à l'énergie en passant par le tourisme ou l'environnement.

Le smart territoire doit aussi associer les acteurs économiques, sociaux voire académiques du territoire. Des acteurs à la fois porteurs de solutions innovantes – on pense aux laboratoires de recherches et aux startups - mais aussi autant de potentiels utilisateurs et prescripteurs des nouveaux services. Le projet de smart territoire relaie du reste souvent des objectifs d'attractivité économiques qui contribuent à donner une "tonalité au projet". La préexistence d'entreprises spécialisées sur les objets connectés ou la prévalence des activités touristiques conduiront, par exemple, ici à privilégier le "smart building" et là le "smart tourisme".

Pour assurer la coordination du projet, le guide "construire son smart territoire" insiste sur la mise en place d'une gouvernance ad'hoc, portée par une structure ayant la taille critique pour mobiliser les compétences nécessaires à la réussite du projet.

 

Placer l'usager-citoyen au centre

La prise en compte des besoins de l'usager et du citoyen doit ponctuer la démarche de smart city dès l'origine du projet. Concertation, co-construction ou coproduction de projets, l'implication des citoyens peut prendre des formes variées comme l'a mis en valeur ce guide de la Banque des Territoires sur les outils numériques pour la participation citoyenne dans les collectivités territoriales. Elle passe par des réunions physiques traditionnelles mais peut aussi être "augmentée" grâce aux outils de la "Civic tech". Les initiatives des territoires montrent l'étendue des possibles, de la plateforme ou cartographie participative à la votation en passant par les dispositifs de signalement, le budget participatif et l'open data. Ecouter l'usager c'est aussi concevoir des services et des applications centrées sur l'usager en recourant à des méthodes de design et des compétences telles que des spécialistes des interfaces web et mobiles. Cela implique aussi de changer de méthode de travail, beaucoup d'applications étant conçues selon des "méthodes agiles", où un prototype est rapidement mis en service puis s'améliore par paliers successifs au gré des remontées des utilisateurs.

Parmi ces usagers, certains n'utiliseront jamais les outils numériques et d'autres ne le feront que s'ils sont accompagnés. Ce phénomène de "l'illectronisme" touche en 2020 20% des français et doit être pris en compte dans tout projet smart city. Si la formation, la création de lieux dédiés à l'inclusion numérique, constituent une partie de la réponse, le maintien d'un lien physique (téléphone, guichet, médiateurs dans les services publics…) apparait indispensable. La numérisation des services publics ne doit en aucun cas conduire certains à renoncer au service.

Mobiliser les entreprises de la smart city

La smart city est aujourd'hui un marché sur lequel se positionnent les grands groupes (énergie, aménagement, environnement, déchets…) mais aussi de nombreuses PME et jeunes startups. La Banque des territoires a répertorié ces acteurs dans un annuaire smart city régulièrement enrichi. Ces acteurs proposent un panel de "solutions" extrêmement diverses, de la plateforme de gestion globale des services (mobilité, sécurité…) de la smart city ou "hyperviseur", à destination des métropoles, à l'application mobile proposant un service spécifique, ciblant les petites collectivités.

Le choix n'est pas non plus binaire : tous les grands acteurs des services urbains travaillent avec des startups pour apporter de nouveaux services sur des problématiques spécifiques. Ceux positionnés sur les transports urbains mobilisent par exemple des startups pour améliorer le fonctionnement des transports à la demande (TAD), proposer une billettique dématérialisée ou compter les passagers dans les bus.

Si les collectivités peuvent acheter des "solutions" sur étagère en passant un marché public ou via une plateforme d'achat groupée comme l'Ugap, elles peuvent aussi se positionner en facilitateur d'initiatives privées complémentaires de services publics existants. En matière d'autopartage, par exemple, elles peuvent opter pour subventionner le "court-voiturage" domicile travail, développer des aires de stationnement ou de recharge électriques, sans investir directement dans une solution particulière.

Dans un domaine particulièrement mouvant du fait de l'accélération des technologies, les territoires peuvent aussi proposer à de jeunes startups d'utiliser leurs infrastructures et données pour à tester un prototype, valider une offre de service, voire coconstruire la solution avec les usagers. C'est le concept de "living lab" promu par de nombreuses collectivités.

 

Créer des lieux de partage de l'intelligence territoriale

Ce concept de "laboratoire" répond aussi au besoin d'incarner le smart territoire dans un lieu physique d'échange, de partage de l'intelligence territoriale. Le rapport de la Banque des territoires sur les structures d'innovation ouvertes a montré l'extrême diversité de ces "tiers-lieux". Ils peuvent être des lieux de "production" avec les fablabs, dédiés à la fabrication 3D, au bricolage informatique ou encore au travail du bois et des métaux… D'autres cumuleront des fonctions de coworking, d'accueil de télétravailleurs salariés et d'accompagnement des jeunes startups locales. D'autres encore seront centrés sur la formation à la transformation numérique et proposeront des services de médiation numériques… toutes ces fonctions étant non exclusive l'une de l'autre.

Quel que soit leur nom et leur spécificité – on trouvera à cette adresse une cartographie des lieux  -  ces espaces partagent, comme le souligne le rapport de Luc Belot sur les territoires d'intelligences, la caractéristique d'être des "co-lieux", où s'enracine et se cristallise la "collectivité intelligente". Ils permettent l'échange et l'hybridation des idées entre les acteurs locaux, qu'ils soient économiques, sociaux, académiques, associatifs ou institutionnels. Ce sont aussi des lieux d'incubation de projets concrets où innovation technologique et sociale jouent les synergies, avec pour seul horizon l'intérêt général.