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Comment évaluer l’impact social ? D’abord en "délibérant sur ce qui fait valeur"

Publié le
par
Caroline Megglé pour Localtis
dans

Economie sociale et innovation

Associations

En quoi l’évaluation d’impact social peut-elle aider les acteurs de l'économie sociale et solidaire et, au-delà, les territoires dans lesquels ils s'inscrivent ? Quel positionnement adopter, quand évaluer, par quoi commencer ? Au terme d'une étude approfondie sur le sujet, l'Avise, la Fonda et le Labo de l'ESS ont partagé le 8 octobre leurs conclusions, proposant "sept prérequis, fondamentaux d’une démarche d’évaluation".

L’Avise, la Fonda et le Labo de l’économie sociale et solidaire (ESS) animaient le 8 octobre 2019 à Paris une rencontre sur l’évaluation de la création de valeur, tirant ainsi les enseignements d’une étude menée entre 2017 et 2019 sur la mesure d’impact social (sur le premier des trois volets de cette étude, voir notre article du 24 janvier 2018). Alors que ce thème est à la mode et suscite des interprétations différentes selon les positionnements (voir ci-dessous l'encadré à notre article du 23 septembre 2019), les trois organisations ont confirmé l’intérêt, voire la nécessité, d’une démarche d’évaluation d’impact pour les acteurs de l’ESS.

En effet, la "valeur sociale" créée dans le champ de l’ESS est "multidimensionnelle (économique, sociale, sociétale, politique et/ou environnementale)" et "profite non seulement aux parties prenantes du projet, mais vient également régénérer le territoire", peut-on lire dans la synthèse de l'étude. Il s’agit donc d’abord d’apprendre à mesurer cette valeur sociale pour mieux l'expliquer aux financeurs – y compris les collectivités - et à la société dans son ensemble. Selon Yannick Blanc, vice-président de la Fonda, l’évaluation de cet impact social permet ainsi aux acteurs sociaux de "construire la contrepartie argumentée au calcul des coûts" - des coûts rapidement calculés et mis en avant, parfois pointés du doigt.

Mobiliser les équipes et les parties prenantes du projet

"Il y a un vrai problème d’appropriation de ces questions-là, l’évaluation étant vécue comme un contrôle", a témoigné Marie-Stéphane Maradeix, déléguée générale de la Fondation Carasso. Pour cette dernière, l’intérêt de l’évaluation est autant lié à la nécessité de rendre des comptes et de démontrer sa valeur ajoutée qu’à une démarche interne d’apprentissage et d’amélioration. Après s’être prêtée à différentes méthodes d’évaluation – dont une étude sociologique et un "essai contrôlé randomisé" -, Anne Charpy, fondatrice de VoisinMalin, met ainsi en avant la connaissance fine de la valeur ajoutée spécifique de son association issue de ces travaux, utile à la fois pour réaliser les bons choix stratégiques et pour motiver les équipes.

"C’est un levier de mobilisation pour les équipes, cela donne du sens", a renchéri Camille Delpey, chef de projet Territoires zéro chômeur de longue durée à Paris 13e. Elle rappelle que l'évaluation est inhérente à la démarche d'expérimentation. "Sur quoi veut-on faire levier ?", s'est d'abord questionné le Comité local animant le dispositif. Ce dernier a décidé d'évaluer au fil de la démarche l'impact sur les personnes employées, sur les utilisateurs des activités déployées par l'entreprise à but d'emploi et sur le territoire, cela dans le cadre théorique des "chaînes de valeur" porté par la Fonda.  

Inscrire le projet dans son territoire pour "aligner les besoins et apports"

À l'issue de leurs travaux, les trois organisations mettent en avant "sept prérequis, fondamentaux d’une démarche d’évaluation". Le premier d’entre eux : la démarche d’évaluation doit être "accessible et utile" et "au service de l’entité et du collectif". "Elle inscrit le projet dans un écosystème territorial", afin "d’aligner les besoins et apports de l’ensemble des parties prenantes aux besoins et apports du territoire".

Plusieurs participants ont souligné le 8 octobre le fait que cette recherche de cohérence sur le territoire faisait souvent défaut. D'autres ont insisté sur les avantages d’une évaluation participative : mobiliser l’ensemble des parties prenantes d’un territoire autour d'un diagnostic et de la définition d’objectifs, puis tout au long du projet, enrichirait sensiblement l’exercice d’évaluation. "Evaluer une politique publique, c'est délibérer sur ce qui fait valeur", avait introduit le philosophe Patrick Viveret, auteur du rapport "Reconsidérer la richesse" de 2002.

A chaque projet son tempo, toutefois. Le troisième prérequis : "les parties prenantes bénéficiaires et contributrices sont associées au moment opportun à la démarche d’évaluation d’une entité". Par ailleurs, "la démarche d’évaluation est inhérente et partie intégrante de la stratégie et du pilotage de l’entité, dès sa création". Et "elle s’inscrit dans le temps". "Elle prend en compte l’ensemble des effets positifs et négatifs induits des actions de l’entité". Enfin, l’évaluation d’impact conçue de cette manière est une arme permettant de "renforcer le pouvoir de négociation et de faciliter la mise en œuvre d’actions créatrices de valeur".

Des ressources à la disposition des acteurs

Une fois la démarche bien posée, "le plus important est d’assurer la collecte de l’information dans le temps par le porteur de projet", a souligné Véronique Vincent, directrice de projet au département économie et cohésion sociale de la Banque des territoires - Caisse des Dépôts. Cette dernière a mis au point, avec BNP Paribas, Inco et Kimso, l’outil "Mesis" (Mesure et suivi de l’impact social). Adossé au fonds NovESS lancée en 2016, cette base de 400 indicateurs classés par thème vise notamment à "contribuer à l’harmonisation des pratiques des financeurs à impact".

Actuellement, les pratiques des financeurs comme des acteurs de l’ESS sont très diverses. Du côté des associations, une étude de l’Avise et de l’Agence Phare a permis d’identifier quatre approches différentes : l’évaluation d’impact "au ressenti", le "bricolage" à partir de quelques indicateurs clé, la mesure d’impact "appuyée sur des outils" et la "revendication de scientificité". "On observe une prépondérance des méthodes quantitatives, réputées plus efficaces notamment pour communiquer", a souligné François Cathelineau de l’Agence Phare. Il se dit quant à lui "partisan des méthodes mixtes", avec certes du quantitatif mais également une part de qualitatif permettant d’"aller au fond des choses" et d'"améliorer son projet".

Plusieurs acteurs mettent à disposition des ressources : l’Avise qui anime le centre de ressources national sur la mesure d'impact social ainsi que le réseau "Social value France", le Mouvement associatif qui appelle les association à "sortir de la matrice" sur le terrain de l’évaluation, ou encore la fondation Carasso ayant notamment sorti un guide permettant aux porteurs de projets artistiques d’évaluer leur impact social.

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