Pandémie grippale - Comment Saint-Etienne assure la continuité de ses services

Dès la crise de grippe aviaire de 2006 qui avait frappé l'Ain, la ville de Saint-Etienne a pris les devants pour répondre à un risque de pandémie, avec son "plan de continuité des activités". Un plan qui se veut un véritable outil de gestion des services municipaux. "Nous avons voulu qu'il soit inscrit dans les systèmes d'information des ressources humaines en dehors des situations de crise", tient d'emblée à préciser Claire Valette, l'ancienne directrice de la santé publique de la ville qui a présidé à sa mise en oeuvre. Cette approche "proactive" a valu à la ville d'être récompensée par le prix de la gestion des risques publics de l'association Primo spécialisée dans la gestion des risques. Fermeture de lieux publics, interdiction de certaines manifestations et rassemblements, port de masques des personnels les plus exposés, etc. : ces mesures que l'on peut ranger dans la catégorie "non pharmaceutique" (les médicaments et vaccins sont d'ailleurs du seul ressort de l'Etat) visent aussi bien à assurer la continuité des services municipaux qu'à limiter les risques de propagation. Tout un travail qui peut paraître évident mais qui reste pourtant l'apanage d'une minorité de communes en France. Or les textes sont clairs. La loi de modernisation de la sécurité civile de 2004 a bien identifié le rôle du maire pour "l'information et la protection des populations". Ce qu'est venu rappeler une circulaire du 10 avril 2008. Le maire a en charge les mesures de "sauvegarde" - portage à domicile, restriction des circulations, tâches techniques ou administratives. Il doit pour ce faire établir un plan de continuité des services pour permettre à un "noyau dur" de services communaux (CCAS, service d'hygiène, état civil, police, accueil et communication, par exemple) de fonctionner. "Aujourd'hui chaque commune est responsable mais ce n'est pas encore entré dans les moeurs, on n'est pas dans la continuité des services", constate Claire Valette. Pourtant, une étude récente menée aux Etats-Unis sur la base de l'épidémie de grippe espagnole de 1918 relatée dans la revue de Virologie a montré combien la gestion municipale peut s'avérer décisive. Les résultats sont sans équivoque : sur les dix-sept villes américaines étudiées, le premier pic de mortalité était en moyenne moitié moins élevé dans les villes ayant mis en place très rapidement ce type de mesures. Alors pour assurer cette rapidité d'exécution, le plan ne doit pas être un document aussitôt rangé dans un carton mais être vivant au jour le jour. La DRH a mené un gros travail pour évaluer les compétences de chacun des 4.000 agents municipaux et connaître leur localisation précise. "En cas de mouvement dans les organigrammes, par exemple, il est important que tout suive : il ne faut pas raisonner en termes de compétences mais de mission", insiste le colonel François Driol, directeur de la sécurité civile municipale. Le postulat de base de Saint-Etienne est d'assurer le fonctionnement de ces services vitaux pendant quatre mois, le temps nécessaire à la fabrication d'un vaccin. Le personnel a été spécialement sensibilisé et formé à cet effet. Fort de l'expérience de Saint-Etienne, le CNFPT pourrait même proposer un module de formation. Le principe : en cas de pandémie, les agents municipaux sont renvoyés chez eux, ne sont rappelés que les personnels nécessaires grâce à un système d'appels automatisés. Un dispositif qui a nécessité au préalable un travail auprès des syndicats. Ce système d'alerte automatisé est par ailleurs accessible à tous les habitants de la ville inscrits. Le plan, qui table sur un taux d'absentéisme de 30% en cas de crise, prévoit de redéployer les postes des missions interrompues vers les centres névralgiques. Comment assurer les portages à domicile pour les personnes âgées par exemple ? "On sait qu'on manquerait de cuisiniers, or on va fermer les collèges, on pourrait donc travailler avec les cuisines du conseil général", explique Claire Valette.

 

Michel Tendil

 

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