Conférence nationale du handicap : le temps du bilan, plus que des grandes annonces

En cette fin de quinquennat, Emmanuel Macron a présidé ce 4 septembre 2026 sa troisième et dernière Conférence nationale du handicap. S'il a promis d'agir "jusqu'au dernier quart d'heure", le chef de l'État ne s'est pas, sans surprise, engagé sur de nouveaux chantiers d'importance. L'accessibilité étant encore un sujet, une stratégie nationale, déclinée territorialement, sera finalisée à l'automne. Le gouvernement lancera par ailleurs une concertation sur les aides humaines et le maintien à domicile, et veut également favoriser la structuration d'une "filière des technologies d'assistance". Pour le reste – école inclusive, emploi, culture et sport, médico-social et 50.000 solutions… –, l'ambition est de poursuivre et accélérer la mise en œuvre de dynamiques déjà engagées. 

Se tenant tous les trois ans depuis l'adoption en 2005 de la loi "pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées", la Conférence nationale du handicap (CNH) vise à mesurer le chemin parcouru et ce qu'il reste à accomplir et à fixer les orientations et un plan d'actions à trois ans – cela sous la houlette du président de la République. 

Les collectivités en attente de concertation et de moyens

Ce 4 septembre 2026, la septième édition de la CNH s'est tenue pour la première fois en dehors de l'enceinte de l'Élysée, au Prisme de Bobigny, un équipement sportif hérité des Jeux paralympiques de 2026. Outre le lieu, le format choisi a témoigné d'une volonté de donner la première place à des personnes en situation de handicap, dans l'animation – portée par trois personnalités, Théo Curin, Virginie Dubost et Laetitia Bernard –, le choix des invités et une mise en scène savamment inversée puisque les quelque dix ministres présents ne sont pas montés sur scène. A l'exception de la ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées Stéphanie Rist et de la ministre déléguée en charge de l'autonomie et des personnes handicapées Camille Galliard-Minier, pour les discours d'ouverture. Éducation nationale, Emploi, Transports, Culture, Sports… tous les autres ministres présents ont chacun répondu brièvement, depuis la salle, à une question qui leur était posée. Pour marquer également l'ancrage territorial d'une CNH qui a été préparée par des groupes de travail, au niveau national et en régions, la séquence a été retransmise dans les préfectures – l'Élysée revendiquant au total de l'ordre de 5.000 participants. 

Plus traditionnellement, les différentes parties prenantes – dont l'Association des maires de France, Départements de France, Régions de France, le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) et le collectif Handicaps – auront pu exprimer leur point de vue sur le bilan et les manquements de la politique du handicap, et leurs attentes. "Les départements demandent de la clarté, de la concertation et des moyens à la hauteur", a notamment mis en avant le président de l'Indre, Marc Fleuret, pour Départements de France. Un résumé qui aurait pu être celui de Sandrine Cheix pour Régions de France – laquelle a alerté l'État sur la suppression de places d'apprentissage, alors que "10% en moyenne" des apprentis seraient selon elle en situation de handicap – ou encore celui de Isabelle Assih pour l'AMF : "jour de rentrée, j'apprends par hasard la création de pôles d'appui à la scolarité", a en effet déploré la maire de Quimper. 

Scolarisation, remboursement des fauteuils… "des résultats qui comptent"

Enfin, un invariant : le discours final du président de la République, le troisième et dernier pour Emmanuel Macron, après les éditions de 2020 (voir notre article) et de 2023 (voir notre article). Le chef de l'État a vanté "des résultats qui comptent", citant en particulier la progression du nombre d'élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire (550.000 à la rentrée 2025, contre 321.000 en 2017), la baisse du chômage des personnes handicapées (qui a atteint un niveau bas de 11,5% en 2025, après 17,6% en 2017), la déconjugalisation de l'allocation pour adultes handicapés (AAH) ou encore la "prise en charge intégrale des fauteuils roulants" (dont auraient bénéficié 280.000 personnes, depuis le lancement en décembre 2025). 

Malgré ces avancées, "l'accessibilité reste aujourd'hui un frein majeur à l'autonomie", a reconnu le chef de l'État, avant d'aborder la nouvelle feuille de route de cette CNH 2026. Cette dernière comporte 16 engagements et 65 mesures, dans de multiples domaines – école, enseignement supérieur, emploi, santé, logement, participation, culture et sport, ou encore vie affective et sexuelle et parentalité. "Vous pouvez compter sur moi" et "jusqu'au dernier quart d'heure", a lancé le chef de l'État, souhaitant que la question du handicap soit "au cœur de la campagne" présidentielle. Un comité de mise en œuvre et de suivi de ces projets doit être installé fin septembre. Des engagements 2026, on retiendra en particulier : 

  • Accessibilité

Une stratégie nationale de l'accessibilité sera "élaborée avec l'ensemble des acteurs d'ici l'automne pour la période 2026-2029", a annoncé le président de la République. Il s'agit de "finaliser" cette stratégie, les groupes de travail étant déjà en place. L'objectif est en particulier de rendre accessibles la totalité des "établissements des services publics prioritaires (écoles, collèges, lycées, hôpitaux, commissariats et gendarmeries, tribunaux)" d'ici 2029, selon le dossier de presse. La "déclinaison territoriale" de cette stratégie s'appuiera notamment sur la charte de la CNH 2023 "Pour une société pleinement accessible" qui sera "actualisée et permettra aux collectivités qui souhaitent en être cosignataires de s’engager dans le cadre de cette stratégie", lit-on encore dans le dossier. Alors que plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de sanctions, qui ne seraient actuellement que trop rarement prononcées, il est indiqué que les sanctions prononcées par les préfectures à l'égard des établissements recevant du public (ERP) publics et privés seront publiées deux fois par an. 

Alors que le fonds territorial d'accessibilité avait été finalement abandonné, le gouvernement promet un "nouvel accompagnement des ERP de catégorie 5" mais ne s'engage que de façon très floue sur une éventuelle "consolidation des crédits publics consacrés à l'accessibilité dans un bassin de vie". 

En matière de mobilité, les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 sont présentés comme une opportunité de prolonger l'effort de mise en accessibilité du ferroviaire. Concernant la mobilité du quotidien, deux enjeux sont évoqués : celui de la sécurité routière relative aux "aides à la mobilité de type 3e/5e roue ainsi que pour les fauteuils tout terrain électriques" – une évolution du cadre réglementaire est en préparation – et celui de la nécessaire prise en compte de la carte mobilité inclusion stationnement (CMI-S) dans le cadre du contrôle du stationnement par lecture automatisée – une application nationale serait mise au point pour permettre aux titulaires de la carte d'enregistrer leurs véhicules. 

Il est par ailleurs une nouvelle fois promis de rendre accessibles les "250 démarches essentielles" en ligne… "Seules 12%" de ces démarches les plus utilisées sont accessibles actuellement, a déploré Jérémie Boroy, président de la CNCPH, demandant "des résultats, pas des nouveaux calendriers". Cette fois, ce sera fait fin 2026, s'engage Emmanuel Macron. 

  • École et enseignement supérieur 

"Garantir la scolarisation de chaque enfant au sein de l’école", c'est le deuxième engagement de cette CNH 2026. L'accent est mis sur la formation des enseignants et autres professionnels de l'Éducation nationale, la "place des AESH" qui sera "repensée" avec des "perspectives d’évolution professionnelle", l'amélioration du parcours des élèves avec la mise en place d'une "responsabilité territoriale partagée entre l’Éducation nationale, les MDPH [maisons départementales des personnes handicapées] et les ARS [agences régionales de santé]". 

"La cible des 3.000 pôles sera tenue à la rentrée prochaine", anticipe le chef de l'État, alors que le gouvernement revendique 1.500 pôles d'appui à la scolarité (PAS) en cette rentrée 2026. S'il n'est plus question du plan "100 IME dans les écoles", le dossier de presse évoque l'expérimentation d'un "nouveau modèle d'accompagnement médico-social" dans les écoles, présentée comme une "étape supplémentaire dans la consolidation de la scolarisation en milieu ordinaire comme principe de droit commun et dans le prolongement des pôles d’appui à la scolarité". 

  • Logement et compensation 

Le déficit de connaissance du parc de logements accessibles, aussi bien publics que privés, a été identifié comme un frein important au logement des personnes en situation de handicap. Un "répertoire national des logements sociaux accessibles" sera créé "d'ici le début de l'année prochaine", a auguré Emmanuel Macron. 

Est annoncé par ailleurs le lancement d'une "grande concertation sur les enjeux d'amélioration de la coordination et de l'intervention des aides humaines et de maintien à domicile", en parallèle d'un groupe de travail sur la compensation individuelle du handicap. L'ouverture de ces travaux a été saluée par Arnaud de Broca, président du collectif Handicaps, interrogé par l'AFP à l'issue de la CNH, qui a indiqué plus globalement regretter l'absence de nouveaux moyens financiers. 

  • Médico-social 

"Poursuivre le mouvement vers la désinstitutionnalisation" : c'est l'ambition qui est fixée par cette CNH. "Dans quatre territoires pilotes, des pactes d’engagements (collectivité, ARS) seront expérimentés à l’échelle du bassin de vie des personnes pour faciliter le quotidien dans la cité", est-il indiqué dans le dossier de presse. 

Ces transformations s'opéreront notamment dans le cadre de la poursuite de la mise en œuvre du plan "50.000 solutions", qui avait été annoncé lors de la CNH de 2023. "Plus de 27.000 solutions nouvelles ont été installées depuis le 1er janvier 2024", se targue le gouvernement, selon un décompte qui manque quelque peu de précision – plus de 13.000 solutions pour l'école, près de 2.000 sur le repérage précoce, un peu plus de 8.000 sur "l'offre enfant" et 3.500 sur "l'offre adulte"… Une carte de France des crédits notifiés et des crédits consommés dans le cadre de ce plan est également présentée : du point de vue des moyens consommés, on est encore loin de la moitié (98 millions sur 311 millions d'euros pour l'Ile-de-France, 31 millions sur 134 millions pour l'Auvergne-Rhône-Alpes, 2 millions sur 11 millions pour la Corse, etc.) En tout, le plan avait été chiffré à 1,5 milliard d'euros pour la période 2024-2030. 

  • Stratégie nationale autisme et neuro-développement 

"La stratégie nationale (2023-2027) pour les troubles du neurodéveloppement (autisme, dys, TDAH, TDI) a montré des avancées notables mais également des difficultés persistantes pour l’accès à un accompagnement et plus particulièrement pour les enfants, adolescents et jeunes adultes présentant un trouble du spectre de l’autisme complexe, associé ou non à un trouble du développement intellectuel", est-il constaté. La future "Stratégie nationale autisme et neuro-développement" 2027-2030 se concentrera donc sur ces situations complexes, y compris en lien avec les "besoins liés au vieillissement". 

  • Accès aux droits 

Les efforts se poursuivront pour simplifier le parcours des usagers des MDPH, avec notamment la mise en place d'un outil d’aide au remplissage des démarches en ligne et de "dispositifs d’appui aux parcours" pour une attention accrue aux moments de transition. 

  • Emploi 

L'accent a été mis sur le renforcement du dispositif de l'emploi accompagné, bénéficiant aux personnes les plus éloignées du marché de l'emploi, avec l'objectif d'atteindre 20.000 bénéficiaires d'ici 2028. 

Pour tenter de répondre à une demande ancienne, formulée à nouveau ce jour par le CNCPH, une réflexion sur la possibilité de lever les restrictions de l'accès des personnes handicapées à certains emplois sera portée par une mission interministérielle. 

  • Innovation 

"Mettre les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle au service de l’autonomie" : le président de la République souhaite la structuration d'une "véritable filière des technologies d'assistance". La démarche impliquera le gouvernement (ministères des Personnes handicapées et de l'Économie), la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), BpiFrance et Business France, en lien avec la "Handitech" et certains acteurs de la Silver Économie. 

 

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